Santé et bien-être

« Ma fille de 4 ans n’arrête pas d’avoir sa main dans sa culotte »

la découverte de son corps, du plaisir qui en découle, d’une certaine forme d’apaisement est ce qu’il y a de plus naturel au monde

« Ma fille de 4 ans n’arrête pas d’avoir sa main dans sa culotte. En public. Et quand elle la plonge ensuite dans le bol apéro, ça fait un peu grincer les invités. Malgré nos demandes répétées, elle continue. Comment lui apprendre la pudeur ? »
Frédéric

La main dans la culotte. Se tirer le zboubi, titiller sa zézette, jouer à touche-pipi... Autant de comportements que l’on envisage depuis notre prisme d’êtres sexué·es. Alors que notre tour d’horizon d’expertes nous confirme que, chez nos enfants, ce type de geste est tout aussi anecdotique que se gratter sous les bras ou se curer le nez. Ce qui peut être toujours aussi déroutant pour vos convives à l’heure de l’apéritif, on l’entend. Voyons comme aborder tout cela.

►Tripotage en bonne et due forme avant 3 ans ?

Nous avons discuté de tout cela avec le centre Infor Famille, qui aborde ce type de questions avec des enfants lors d’animations Évras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle). Au passage, rappelons qu’elles sont le dispositif à l’école le plus adéquat pour permettre aux enfants, dès la maternelle, de dissocier ce qui se fait dans l’intimité de ce qui se fait en public. Le tout appuyé par des réponses de professionnel·les qui permettent d’apporter des informations à tous les enfants, sans distinction.
Avant toute chose, dites et redites à vos chérubins et chérubines qu’il n’y a rien de mal à se mettre la main dans la culotte, à se caresser et à s’explorer. Seulement, il y a des lieux et des moments pour cela. Le maître mot ? L’intimité. « Te tripoter/chipoter/caresser (employez la mention qui convient), c’est TON intimité. Tu sais ce que ça veut dire ? Qu’on ne la partage pas avec tout le monde ».
Cette discussion, c’est aussi l’occasion de rappeler que la découverte de son corps, du plaisir qui en découle, d’une certaine forme d’apaisement est ce qu’il y a de plus naturel au monde. Votre rôle ne consiste qu’à réorienter tout cela. Pas à le juguler.
Expliquez donc que le faire dans sa chambre, son lit, son bain, seul∙e sur le canapé devant un bon petit Pat’Patrouille, à l’abri des regards : pas de problème. Moins sur la table de la cuisine, dans la salle à manger ou, pire encore, à l’heure de l’apéro au beau milieu des copains et copines de papa-maman.

► Est-ce que l’on s’inquiète ou pas ?

La préoccupation des parents tourne autour de cette inquiétude à savoir si son enfant est « normal » ou pas. Ou s’il est habité par une forme de perversion. Rappelons donc en compagnie de la psychologue Annie Vanderen que « tout ce chipotage permet à l’enfant de s’approprier sa propre sexualité de façon tout ce qu’il y a de plus spontanée. Elle est particulièrement vive de 3 à 6 ans et vite chassée par une certaine forme de pudeur et l’acquisition des normes sociales ».
Car si cette saine exploration du corps est somme toute constructive, celles de la sensibilité d’autrui – tout comme une certaine forme sanitaire, encore plus lorsqu’un bol de chips est en jeu – et de sa propre intimité sont essentielles. S’inquiéter ? Non, nous répondent les protagonistes interrogées. Intervenir, oui. Attention, toutefois, aux remarques teintées de morales prudes. Du type « C’est sale ce que tu fais ». Parlons plutôt d’espace intime. Rappelons au passage que ce qui vaut pour l’enfant vaut pour l’adulte. Pour qu’un enfant respecte les limites, il faut soi-même les appliquer.
Si, plus tard, cet auto-tripotage en règle est compulsif, répété, systématique et que l’éducation à l’intimité n’est pas assimilée, il peut être salutaire de se demander si ces actes ne sont pas la conséquence d’un malaise plus profond. Après discussion, ne pas hésiter à se faire accompagner le cas échéant.

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