Développement de l'enfant

Une animation « puberté » comme si on y était…

Au cœur d'une animation « puberté » à destination des élèves de 6e primaire

Les animations « puberté » à destination des élèves de 6e primaire battent leur plein. Trois animatrices Évras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) présentent l’envers du décor.

Qui n’a jamais rêvé d’épier son enfant pendant sa journée d’école ? A fortiori quand il s’y déroule une animation autour de la puberté. Comment se comportent les élèves ? Sont-ils et elles bien informé·es ? Quelles questions sont posées ? Nous aurions aimé prendre le pouls dans une classe, mais les animations Évras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) requièrent une intimité et une confidentialité incompatibles avec la présence d’un·e journaliste. Maud Varrasse, Tamara Engels du planning familial La passerelle de Mouscron et Élise Bernard du CPF du Midi à Anderlecht, animatrices Évras, présentent l’envers du décor.

Comment se déroulent ces animations « puberté » en 6e primaire ? Utilisez-vous des supports ? Dites-nous tout !
Élise Bernard :
« Nous planifions l’animation en deux séances. Lors de la première, on présente le planning familial, ses services, l’Évras, puis on introduit le thème de la puberté à l’aide d’une petite vidéo réalisée par la Fédération des centres pluralistes de planning familial (FCPPF). Les élèves y réagissent à chaud et ont la possibilité d’écrire leurs questions de façon anonyme sur une feuille pour ne pas stigmatiser celles et ceux qui en posent. On analyse ensuite les questions en équipe pour les regrouper. La deuxième séance est consacrée à répondre à ces questions. En général, on sépare le groupe en deux, parfois par affinité, mais on choisit le plus souvent la non-mixité, car ils et elles préfèrent se retrouver entre élèves du même genre à cet âge-là. On définit un cadre de confiance avec quelques règles comme parler en ‘je’, le respect de soi et des autres, la confidentialité. Les enseignant·es ne sont pas présent·es lors de cette séance pour que les élèves soient plus à l’aise. »
Maud Varrasse : « De notre côté, nous organisons la séance en un bloc d’une heure quarante et utilisons deux supports : des planches anatomiques avec les termes exacts des différentes parties du corps et des changements liés à la puberté, ainsi qu’un photo langage réalisé à partir des illustrations du Guide du zizi sexuel avec Titeuf pour apporter une touche ludique. » 

Les élèves sont curieux, curieuses ou sur la réserve ?
Tamara Engels :
« Souvent, ils et elles sont gêné·es. La puberté a trait à l’intimité, aux changements actuels ou à venir dans leur corps. Les groupes classe sont très hétérogènes, avec des élèves qui sont déjà pleinement entré·es dans la puberté et d’autres qui ne savent pas trop de quoi il en retourne. Notre rôle est de les rassurer, de normaliser les changements à l’aide d’explications scientifiques. »
É. B. : « Il peut y avoir de l’excitation à l’idée de parler de ce qui se passe en dessous de la ceinture, certain·es élèves pouffent ou partent en fou rire, d’autres regardent le bout de leurs chaussures. Ces écarts émotionnels justifient aussi notre cadre d’animation qui permet à tout un chacun·e de se sentir respecté·e. »

Les élèves sont bien informé·es ou dans le besoin d’avoir une info fiable ?
É. B. :
« Il y a encore un grand tabou autour de la santé sexuelle. L’Évras a fait beaucoup parler d’elle et a suscité énormément de tensions au point que certain·es élèves nous disent qu’ils ou elles ont peur, sont encore petit·es pour qu’on leur parle de santé sexuelle. On les rassure, on ne vient pas devancer leurs questions ou imposer un sujet, mais fournir une information fiable. »
M. V. : « Le niveau d’information est très variable d’un·e élève à l’autre selon l’ouverture de la famille à parler de certains sujets, le fait d’avoir des grands frères, des grandes sœurs ou les ressources disponibles à la maison. Les sources se multiplient, mais ce n’est pas pour autant que les élèves sont mieux informé·es. C’est surtout à propos de leur anatomie que le besoin d’infos fiables est le plus criant. Beaucoup d’infos erronées circulent, les élèves n’ont pas le réflexe de recouper leurs sources ou faire preuve d’esprit critique, c’est aussi notre rôle de les éveiller à ces enjeux. »
T. E. : « Lors de ma dernière animation, une élève m’a expliqué avoir reçu un kit pour ses premières règles. Elle était bien équipée, mais ne savait pas trop comment utiliser les protections menstruelles. »

Quelles sont les questions qui sont le plus posées ?
M. V. :
« Quels sont les changements qu’on va avoir avec la puberté ? Est-ce qu’on est obligé·e ? Pourquoi notre corps change ? Les filles ont leurs règles, mais les garçons, qu’est-ce qu’ils ont ? Comment on fait les bébés ? »
É. B. : « Les filles ont besoin d’informations au niveau des règles, il subsiste encore un tabou autour de celles-ci qui peuvent encore être perçues comme quelque chose de sale. On constate aussi une certaine méconnaissance au niveau anatomique avec des questions du type : ‘Les filles ont un, deux ou trois trous ?’. Les filles questionnent sur la grossesse et l’accouchement. Il y a toujours aussi des questions d’ordre relationnel : si quelqu’un veut être en couple avec moi, est-ce que je suis obligé·e ? Comment faire si mon ami·e trahit ma confiance ? »

De votre côté, quels sont les messages essentiels à transmettre ?
É. B. :
« Nous avons à cœur que tou·tes les élèves soient rassuré·es à propos des changements qu’ils ou elles vivent ou qui les attendent. Le message, c’est aussi de dire : ‘Si vous avez une question, une gêne, une douleur, autorisez-vous à en parler avec un adulte de confiance. Ne restez pas seul·e avec votre problème’. On met toujours un point d’honneur à parler du consentement. C’est une notion essentielle pour qu’ils et elles s’approprient ce droit de tout un chacun à dire oui ou à dire non. On essaye aussi de déstigmatiser l’Évras, on sait que certains parents grincent des dents à l’idée des animations, que d’autres retirent leur enfant de l’école quand ils savent qu’elles ont lieu. Nous sensibilisons les élèves à l’importance de disposer d’un espace d’échanges et de discussions autour de ces sujets. »
M. V. : « Nous présentons toujours le planning et ses services pour que les élèves s’autorisent à en pousser la porte en cas de question ou de problème. Nous avons aussi à cœur de transmettre des messages de non-jugement et d’égalité, d’ouvrir les élèves à d’autres réalités que celles qu’ils et elles connaissent.

EN SAVOIR +

Depuis septembre 2023, les écoles sont tenues d’organiser au moins une animation Évras de deux heures en 6e primaire. Le site evras.be est la plateforme à destination des professionnel·les, les parents peuvent retrouver toute l’information sur parent.evras.be

EN PRATIQUE

Et à la maison, comment en parler ?

Votre enfant a entre 10 et 12 ans et la puberté pointe le bout de son nez. Vous ne savez pas comment aborder le sujet ou il/elle se dérobe aux tentatives amorcées ? Voici trois pistes suggérées par les professionnelles consultées.

Rebondir plutôt que programmer. Une chanson, un livre, un film… lorsqu’une occasion se présente, saisissez-la. Ce côté spontané rend le sujet léger plutôt que d’en faire un rendez-vous programmé qui aura des allures de quelque chose de sérieux.
► Se montrer ouvert·e. Ce qui compte, c’est d’instaurer un climat de confiance. Que votre enfant sente qu’il ou elle peut vous poser ses questions, exprimer une inquiétude, partager une émotion à ce propos au même titre que pour un autre sujet. Rassurez-vous, les animations Évras sont aussi là pour que tout ne repose pas sur vos épaules.
► Accepter. L’enfant se dérobe ? Rien ne sert de se braquer. Laissez votre porte ouverte et indiquez-lui que vous êtes disponible quand il ou elle en aura envie ou besoin. Vous pouvez aussi laisser trainer un livre en guise d’invitation moins frontale. Autre option : parler de vous. Le fait d’évoquer votre propre puberté de façon décomplexée permet d’aborder certains sujets sans que l’enfant se sente visé·e. Vous créez ainsi l’espace de discussion sans que ça tourne autour de lui ou elle.
► Se ressourcer. Inutile d’être expert·e en la matière. Il existe de plus en plus de livres à explorer à deux ou dédiés aux parents, voici ceux recommandés par nos interlocutrices :