Crèche et école

Évras : entre retour au calme et vigilance

Évras : entre retour au calme et vigilance

L’Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Évras), un long fleuve tranquille ? Pas exactement. En soixante ans d’existence, le dispositif n’a cessé de faire débat avec des épisodes parfois très agités. On pense à celui de 2023, où s’est signé l’Accord de Coopération entre la FWB, la COCOF et la Région wallonne. Une initiative qui permet de généraliser l’Évras aux référentiels scolaires du tronc commun en 6e primaire et en 4e secondaire. Soit deux heures par an qui ont incité quelques organismes conservateurs à créer une panique morale. Des associations ont agité de véritables peurs auprès de certains parents, multipliant rumeurs, fausses informations et théories complotistes.

Les actes ont été au-delà de la simple opinion exprimée, puisque des écoles ont été incendiées ou vandalisées. Des recours ont été introduits pour empêcher l’accord de coopération. Ce à quoi la Cour constitutionnelle a conclu que l’Évras incarnait un enseignement neutre, où les informations étaient communiquées de manière objective, critique et pluraliste, sans but d’endoctrinement. Les choses se sont calmées. En discutant avec les responsables de centres de planning familial et différents échevin·es de l’Enseignement, on constate que tout est rentré dans l’ordre. Comprenez que les parents réticents ne sont plus sur leurs gardes et que les animations se déroulent dans leur immense majorité sans heurts.

En dépit de quelques tentatives de judiciarisation par l’une ou l’autre ASBL conservatrice, le Service Général de l’Inspection (SGI) de l’enseignement souligne aussi que tout se déroule bien après un coup de sonde auprès de plus de 1500 établissements. Les directions et opérateurs réaffirmant même la nécessité et le bénéfice de ces animations auprès des élèves.

Une immunité relative

Le Centre d’Action Laïque vient de sortir sa nouvelle note d’études sur l’Évras qui confirme ce retour au calme. Son auteur, Lionel Rubin, chargé des matières d’enseignement et d’extrémismes au CAL, y approfondit le lien entre la polémique Évras de 2023, ses résidus judiciaires actuels et le mouvement plus global de campagne anti-genre : « À ce stade, tout est rentré dans l’ordre en FWB. Il y a d’abord eu un énorme travail de pédagogie auprès des parents, mais aussi depuis 2 ans, des dizaines de milliers de familles ont désormais été confrontées à l’Évras, et les parents se sont rendu compte que c’était une prévention avant tout. On sait aussi que les politiques et les cabinets sont conscients des enjeux. En dézoomant, on comprend désormais que la polémique de 2023 s’inscrit dans un mouvement plus vaste qui s’attaque à tout ce qui a un lien avec les droits sexuels et reproductifs. Ce n’est pas neuf, mais on pensait y être immunisé en Belgique parce qu’on a eu une législation en avance sur certains de ces sujets début 2000. Mais la lame de fond réactionnaire nous rattrape. Il faut donc rester prudent et vigilant ».

Dans son rapport sur les campagnes anti-genre en Belgique, David Paternotte qui codirige la Structure de recherche interdisciplinaire sur le genre (STRIGES) et l'Institut de Sociologie (IS) à l’ULB, cartographie les différents mouvements qui prennent de plus en plus de place médiatiquement alors que notre pays a longtemps fait exception au niveau européen. « Les développements des dernières années font apparaître de nouveaux acteurs et de nouveaux enjeux », souligne-t-il.

Tout cela nous donne l’occasion de rappeler que nous déminons les questions liées à l’Évras dans un dossier consultable gratuitement en ligne sur leligueur.be

On vous encourage à vous y plonger. À relire nos articles qui traitent de la santé sexuelle, des violences sexuelles intrafamiliales, ou même d’infantisme. Pour chacun de ces sujets, les expert·es sont unanimes et nous le répètent : l’Évras est LE dispositif qui met tous les enfants du royaume à un même niveau d’information.