Société
L’ARCHIVE DU LIGUEUR
Dans la série « C’était pas forcément mieux avant », nous sommes tombés sur un article du Ligueur rédigé en 1975 par Antoine Denis. Au beau milieu des seventies, celui-ci aborde avec énergie et prolixité les sujets politiques. Il analyse, décrypte, commente. Pour rappel, ces années-là, d’un point de vue socio-économique, ne sont pas glorieuses. L’inflation connaît un pic, le chômage amorce une tendance à la hausse vertigineuse. Bref, c’est la crise.
Le 2 mai, Antoine Denis en profite pour expliquer le rôle des syndicats, la défense des travailleurs et travailleuses, les mécanismes de la mobilisation, etc. Dans le petit texte qui introduit l’article, l’auteur pose ce cadre général : « Dans toutes les périodes de crise que traversent les sociétés, on constate l’apparition d’un moment de rupture de l’équilibre. On pourrait appeler cet épisode ‘l’instant du balancement’ : la société menace de basculer d’un côté ou de l’autre. Il suffit d’une chiquenaude pour faire la décision. D’un côté, les illusions du régime ‘fort’, le système maintenu dans l’État par la terreur. De l’autre côté, le bouleversement des structures économiques : un ordre social et économique nouveau s’instaure, le pouvoir change de titulaire – avec les risques que ce changement implique : dogmatisme et (là aussi) période de terreur potentielle ».
Avouez que, lues aujourd’hui, ces lignes offrent une résonance particulière. Dans son texte, Antoine Denis se concentre surtout sur la situation belge, détaillant le pouvoir que peuvent exercer les syndicats sur les voies qu’emprunte une société en crise et donc en possible transformation. Via les manifestations. Via les grèves.
À l’époque, la Ligue des familles use d’un ton énergique pour défendre les intérêts des familles et notamment leur portefeuille. C’est qu’on vous le disait plus haut, les prix ont flambé dans la foulée de la crise pétrolière. À un point tel que le gouvernement a décidé de bloquer les prix. Une mesure pour laquelle l’association parentale s’est battue, mais qu’elle estime insuffisante. D’autant que d’autres décisions politiques, qui risquent de bousculer les familles, semblent sourdre du côté du gouvernement social-chrétien-libéral : la remise en cause de la liaison des salaires à l’index et des adaptations au niveau des allocations familiales.
Tiens. Tiens. Cela vous dit quelque chose ? « Hors de question de faire la moindre concession en cette matière, s’indigne la Ligue des familles. Les familles – en particulier les familles modestes et les familles nombreuses – sont déjà les plus durement touchées par l’inflation ».
On ne peut s’empêcher de voir dans l’enchaînement de cette actualité de mai 1975 de nombreuses analogies avec ce que nous traversons pour l’instant. On ne peut aussi s’empêcher de faire le lien avec la rubrique « verte » de Monsieur Jardinier publiée à la même époque dans le Ligueur. Elle évoque le retour des petits soins printaniers à apporter à son jardin utilitaire pour « assurer une production abondante de légumes frais et sains ». En politique comme en jardinage, la vie est un éternel recommencement, fait de cycles et de recettes bien éprouvées. « Bon courage ! », conclut Monsieur Jardinier. « Comment tout cela se traduira-t-il sur le plan politique ? », semble ajouter ajoute Antoine Denis.
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