Développement de l'enfant
Si les parents doivent parfois affronter pressions et stress dans leur vie quotidienne, les enfants les absorbent souvent comme des éponges. S’y ajoutent parfois quantité d’autres raisons de se tracasser. Voici un outil sans prétention pour aider à reprendre confiance en soi et foi en l’avenir.
Angoisses ou échecs scolaires, harcèlements, éco-anxiété, séparations parentales conflictuelles, insécurité économique et fins de mois difficiles pour certain·es font régulièrement l’actualité. Sans compter les échos d’une guerre en Europe. Ajoutez-y grisaille et pluie, nos jeunes ont de quoi avoir le moral dans les chaussettes certains jours.
« Maman ne va pas bien. Je vois bien que c’est dur pour elle. Elle a perdu son travail et elle ne trouve rien pour l’instant, raconte Déborah*, 11 ans. Souvent elle s’énerve. On n’ose rien dire. Je l’aide à la maison, on essaie de rester calmes avec mes frères, mais on espère qu’elle va retrouver du travail. »
Valentin*, 8 ans, vit mal ses débuts dans le foot : « Je suis nul, répète-t-il en se confiant à nous. L’entraîneur est gentil, mais je vois bien que les autres sont meilleurs que moi. Mes parents m’encouragent, j’aime jouer, mais j’ai peur que mon équipe perde à cause de moi ».
« Tom* a eu son premier chagrin d’amour. À 10 ans, le pauvre. Il s’est senti triste, mais surtout nul et moche. Il s’est replié sur lui-même. Plus rien n’allait. Et moi, je me sentais impuissante », nous raconte la maman qui vient le rechercher à la fête d’anniversaire où nous avons discrètement récolté ces témoignages.
Des témoignages qui font écho à pas mal d’autres lus dans la presse parentale ou généraliste. Autant de réalités qui peuvent miner et que Virginie Spits, coach de formation et en entreprise, a voulu soulager en imaginant un outil ludique et pédagogique qui pourrait redonner confiance en soi à ces enfants en perte de repères.
Cultiver la bienveillance
« Ce que les enfants vivent dans une cour de récré, par exemple, peut être extrêmement brutal, explique Virginie Spits. Sans en arriver nécessairement à des phénomènes de harcèlement, il y a plein de stimulations émotionnelles que les enfants vivent et qu’ils ont du mal à gérer du haut de leurs 9, 10, 11 ans. »
La conceptrice se souvient même de sa propre enfance : « Ma formation en coaching m’a fait avancer. Si j’avais eu accès à ces outils en étant plus jeune, j’aurais fait des choix de vie complètement différents parce que j’aurais gagné en confiance, j’aurais osé prendre plus de risques, quitte à échouer, mais l’échec peut représenter une possibilité d’apprendre pour passer à autre chose ».
« Plus tôt l’enfant se lance, mieux il adopte des attitudes positives pour sa santé mentale, pour sa vision du monde »
La jeune maman explique que « c’est en accompagnant ma fille dans les défis qu’elle rencontrait au quotidien que j’ai imaginé ce journal qui booste la confiance en soi des 8-12 ans. Bien qu’étant coach, comme maman, j’avais parfois du mal à trouver des solutions à lui proposer, des solutions qui lui conviennent. Je ne voulais pas les lui imposer, mais l’aider à créer sa propre boîte à outils et à devenir autonome. J’ai eu envie ensuite de mettre ces petites techniques de coaching, mais aussi de pleine conscience, à la portée d’autres enfants, pour qu’ils puissent appréhender leur quotidien de manière plus constructive et optimiste. À cette époque, on était en plein confinement. Les enfants étaient particulièrement impactés. Si le confinement n’est pas à proprement parler à l’origine de Mon aventure Feel Good, il a été une raison de plus de finaliser ce livre qui est devenu mon projet de l’année ».
L’ouvrage se présente comme un journal de bord, voire un journal intime. Virginie Spits le qualifie pour sa part de journal de gratitude. Chaque page correspond à une journée. L’enfant répond à des questions ouvertes, est invité à cocher un ou plusieurs plaisirs vécus, ainsi que l’émoticône qui se rapproche de son état émotionnel. L’autrice suggère ainsi quelques petits (ou grands) bonheurs de la vie, qui correspondent ou pas au vécu du lecteur ou de la lectrice.
« Certains de ces plaisirs sont venus très naturellement, précise Virginie Spits, d’autres ont été sélectionnés avec beaucoup de soin pour être à portée des enfants. Ils reposent sur des petites scènes de vie anodines, comme caresser son chat. Ce sont des propositions auxquelles l’enfant n’a peut-être jamais pensé, mais qui vont lui permettre de s’identifier ou d’en imaginer d’autres. »
Haro sur mon saboteur
Outre le journal de gratitude quotidien, un thème est abordé à la fin de chaque semaine, comme la confiance en soi, le regard des autres, le harcèlement, les peurs, etc., ce qui permet ensuite d’approfondir le thème. Et parmi ces thèmes, le fameux saboteur, personnage fort de cette histoire ludique où trois amis vont à une fête foraine. Face à chaque attraction, comme les montagnes russes, ils affrontent leurs peurs, leurs limites et surtout le diabolique Mister Saboteur !
« Il incarne cette part de soi-même que chacun a développée parfois depuis l’enfance, explique Virginie Spits, et souvent par réflexe de survie, de protection. Il représente ces freins en nous, ces dépréciations qui soulignent nos incapacités à surmonter un obstacle. En prendre conscience permet de trouver un équilibre entre la part de prudence et la part de risque. L’objectif est d’apprendre à reconnaître la voix du saboteur en nous. »
Le livre-agenda compte huit semaines et son utilisation demande une certaine constance. « Il faut huit semaines pour ancrer durablement une pratique de pleine conscience, explique la coach. Cela est scientifiquement prouvé. Cela ne nécessite pas, par contre, une pratique longue. En l’occurrence, dans le livre, l’expérience de se poser, de penser à ses bons moments de la journée peut se limiter à cinq minutes par jour. Et plus tôt l’enfant se lance, mieux il adopte des attitudes positives pour sa santé mentale, pour sa vision du monde ».
Feel good, vous avez dit feel good
Virginie Spits invite à cultiver la pensée positive, à condition qu’elle soit constructive, et plus encore la gratitude. La pensée positive comme injonction au bonheur a ses limites. À ses yeux, il ne s’agit pas de verser dans l’injonction au positivisme à tout prix et de nier le négatif. Ne pas voir la réalité, ne pas tenir compte du contexte actuel, des maux du monde, enfermer son enfant dans une bulle serait contreproductif. Il ne s’agit donc pas de nier les émotions difficiles, mais de les reconnaître, de les nommer, ne fût-ce que pour soi-même.
« Ce n’est pas du feel good au biberon ! Ce n’est pas du gavage à la pensée positive. Ce n’est pas la panacée et le livre ne remplacera jamais une prise en charge thérapeutique dans une situation critique. Par contre, plus on pratique la gratitude, plus elle devient automatique, intériorisée. Et les bénéfices sont pluriels. Cultiver la gratitude, la bienveillance, la pleine conscience, se détacher du regard des autres, veiller à avoir un point de vue positif sur la vie apporte confiance en soi et permet d’être moins stressé, ce qui aide à l’école. Manifester sa reconnaissance aux autres rend également plus empathique. C’est tout bénéfice pour les relations sociales, scolaires plus particulièrement. On connaît l’importance du groupe pour un enfant, pouvoir être partie prenante d’un groupe sans se sentir esclave de celui-ci. »
En famille aussi
Au-delà de l’école, la démarche a aussi son intérêt dans la vie familiale. « La famille est aussi un groupe social. Quand quelqu’un ne se sent pas bien dans la famille, l’enfant le ressent ». Le livre conçu par Virginie Spits invite à une utilisation avec les parents. Une manière de créer un temps de pleine conscience à travers un rituel familial.
« Le livre peut être utilisé seul·e en suivant les questions posées sur la journée écoulée. Mais il peut aussi être parcouru avec un parent si l’enfant en a envie. C’est une aide pour partager les bons moments de la journée ou, à l’inverse, les difficultés, voir comment elles ont été vécues ou surmontées. Mon aventure Feel Good donne une opportunité de dialogue dans la famille. Continuer à dialoguer est pour moi un des plus grands défis dans la famille quand l’un ne se sent pas bien, mais sans imposer nos solutions. Cela nous arrive assez naturellement, car nous sommes impliqués émotionnellement par ce que vivent nos enfants, mais notre solution n’est pas nécessairement la leur. »
L’un des atouts du livre est aussi de favoriser l’autonomie de l’enfant. « Mais il faut que le parent soit enclin à faire de la place à son enfant par rapport à cette démarche. »
Mon aventure feel good, de Virginie Spits, illustré par Jessica Blondiau, paru aux Éditions Infimes.
*prénoms modifiés
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