Loisirs et culture

Octobre 1975 : la violence en question

En 1975, le film Rollerball apparaît dans els pages ciné du Ligueur

L’ARCHIVE DU LIGUEUR

Nous avons déjà évoqué dans cette rubrique l’accueil critique réservé à Mad Max, à sa sortie en 1979, dans les pages du Ligueur. Le célèbre film, avec Mel Gibson en tête d’affiche, y était plutôt bien considéré. Quatre ans plus tôt, un autre long métrage nourri de scènes assez violentes s’était offert une présence remarquée dans les colonnes de votre magazine. Et cela à deux reprises. Une première fois dans la rubrique « Le sport et la vie ». Une seconde dans le « Gros plan » des pages cinéma.
C’est que le film de Norman Jewison, mettant en scène notamment James Caan, est une vision pessimiste de l’évolution de notre société, mais aussi du sport-spectacle. L’action se situe dans un futur (comprenez 2018) où les pays ont disparu. Désormais, c’est un cartel économique planétaire qui gère les affaires du monde réparties en six départements (alimentation, communications, énergie, logement, luxe et transports). Dans cette société, sous le couvert d’un esprit collectif, le capitalisme s’échine à mettre tout le monde dans le même moule pour préserver son emprise.
Dans cette dystopie, un sport, le Rollerball, sert de ciment, d’outil pour la préservation des équilibres. Un sport dont les règles deviennent de plus en plus vectrices de violence et qui est, selon l’analyse du chroniqueur sportif Jean Corhumel, un mélange de « hockey sur glace, moto-cross, judo, karaté, roller catch ». Nous passerons sur le fond de l’histoire pour nous concentrer sur cette violence filmée qui semble susciter chez les deux plumes du Ligueur (la deuxième étant Henri Sonet) des avis mitigés.
Jean Corhumel dans le même texte expose deux points de vue assez opposés. En se plaçant dans un contexte sociétal global, déjà très violent, il semble regretter un tel film « qui apporte dans le concert d’hystérie qu’on nous inflige une note dont on se serait bien passé ». En revanche, quand il prend un point de vue sportif, il y trouve « le mérite de nous inciter à quelques réflexions salutaires, compte tenu des excès que nous constatons sur les stades et autour d’eux ».
Henri Sonet, lui, s’interroge sur les intentions du réalisateur. Vraie dénonciation ? Simple occasion de faire un film à grand spectacle ? La question n’est pas tranchée, mais le cinéphile note que « les scènes de Rollerball ne sont pas plus dangereuses à voir que la course de chars dans Ben-Hur ». Il ajoute trouver ces scènes « bien moins dangereuses que les séquences malsaines de flagellation qui font courir les foules à Histoire d’O ».
Avec le recul et malgré quelsues scènes qui ont mal vieilli, Rollerball conserve une certaine pertinence, notamment dans la perspective des dangers qui menacent la société (monopoles, oligarchie, course à l’audience et au pouvoir). Ce film fera l’objet d’un remake en 2002 dont le Ligueur n’a pas parlé. Et pour cause, ce long métrage avec Jean Reno à l’affiche a été un bide tant critique que commercial. Un des seuls trophées récoltés par cette reprise sera une nomination au prix de la pire actrice dans un second rôle.