Développement de l'enfant
Éveiller les enfants à la musique dès le plus jeune âge, c’est créer des moments précieux entre parents et bébés, mais aussi ouvrir au monde et à la citoyenneté. On décrypte ça à travers le travail des Jeunesses Musicales.
L’idée de cet article est venue en voyant un petit bout en lange se trémousser sur de la musique sous le regard amusé de sa famille. C’est qu’il avait le rythme dans la peau, ce petiot. D’où cette question : dans quelle mesure la musique est-elle importante pour les tout-petits ? Et puis, comment mettre en connexion des enfants de 0 à 3 ans avec le monde des sons et de la musique ?
Pour explorer le sujet, on a rendu visite à Yannicke Wauthier, directrice des Jeunesses Musicales à Namur. Ce rapport entre les tout-petits et l’univers musical la touche particulièrement. « C’est un peu par là que je suis rentrée aux Jeunesse Musicales. J’étais allée avec ma fille de 15 mois à des animations organisées par les JM de Wavre. Et j’étais vraiment rentrée dedans. J’ai proposé ce type d’ateliers, ici, à Namur. C’est comme ça que je suis arrivée aux Jeunesses Musicales. Moi qui avait fait des études de droit et débuté sur un boulot dans les assurances ! ».
C’était au début des années 2000. Pour mener à bien son projet, Yannicke potasse, se plonge dans la littérature sur le sujet. « Une de mes grandes sources d’inspiration, c’était Nicole Malenfant, une Canadienne. Ils étaient terriblement en avance, là-bas ». Assez rapidement le succès est au rendez-vous. Le bouche à oreille fonctionne. « On ne doit pas faire de promotion autour des ateliers, ça se remplit tout seul ».
Parmi les parents qui viennent à ces séances, des pédopsychiatres. « Au début, je leur demandais leur avis. Pour conforter l’approche. Les retours étaient positifs. En résumé, pour ces spécialistes, la démarche rentrait dans la stimulation nécessaire des enfants ». En cela, la musique se révèle un excellent medium.
« L’ouïe, c’est un sens qui se développe déjà in utero, dans le ventre maternel. Ensuite, cet apprentissage vient interagir avec les autres sens. Ainsi, le bébé qui voit le visage de sa maman est envahi par un sentiment de plaisir. Mais entendre en plus sa voix va multiplier cette sensation. La reconnaissance des sons est importante à cultiver. Dans ce contexte, la musique s’offre comme un excellent vecteur de communication avant que la parole ne se développe. Et quand je dis musique, je dois élargir cela aux sons en général. »
Un instant partagé
Leurs animations pour bambins et bambines, les Jeunesses Musicales les organisent pour les familles et pour la crèche. Lorsque les séances se déroulent en mode familial, le rôle du parent est essentiel. « Un adulte, généralement un des deux parents, accompagne l’enfant. C’est important d’avoir ce lien. Cela met l’enfant en confiance. La participation du papa ou de la maman doit aussi être active, il ne s’agit pas seulement de regarder. D’ailleurs, au fil des séances, ce moment devient généralement aussi important pour l’adulte que pour l’enfant. Il y a une bulle qui se crée. C’est un moment où on s’arrête avec l’enfant ».
Au-delà de cet instant partagé, il y a aussi un élément de socialisation plus large. Pour beaucoup d’enfants, ces ateliers sont leur première expérience de groupe, singulièrement pour ceux qui ne vont pas à la crèche. « Une maman est venue ainsi à plein d’ateliers quand sa fille était toute petite. Elle avait décidé de ne pas la mettre à la crèche, c’était son choix. Mais elle développait sa socialisation par les animations musicales ».
Exposer les enfants aux musiques du monde participe à la formation de ces futur·es petits et petites citoyen·nes
Qu’est-ce qui fait la particularité des ateliers pour les tout-petits ? Outre la présence des parents, ils se démarquent par leur déroulé très structuré. « L’important pour les tout-petits, c’est d’avoir des rituels. Un de début. Un de fin. Le schéma est chaque fois identique, même si le contenu change. Encore une fois, il s’agit de rassurer, tout en amenant facilement les enfants à devenir acteurs de ce qu’ils vivent ».
Autre particularité, les activités sont répétées, mais très courtes. Pour maintenir l’attention. « Le fait que ce soit court génère parfois de la frustration. Ainsi, lorsqu’il s’agit de (déjà) ranger les maracas avec lesquelles on vient de jouer, il faut parfois un peu négocier. Mais, au fur et à mesure, les enfants prennent conscience que, de toute façon, il y aura une autre activité derrière. Ils sont mis en mouvement par la dynamique générale ».
Une musique citoyenne
Derrière ces ateliers, Yannicke Wauthier y met une forte dimension sociale. Pour elle, cela participe à la formation de ces futur·es petits et petites citoyen·nes. En les exposant à des musiques venues d’ailleurs, par exemple, on leur offre une fenêtre sur le monde, indispensable pour mieux comprendre la société multiculturelle dans laquelle ils et elles seront plongé·es.
« À cet âge-là, les enfants sont encore terriblement ouverts. On les expose à des musiques orientales, à du rockabilly. On leur apprend à reconnaître les sons, les rythmes. Tout ce travail permettra peut-être par la suite que moins de portes soient fermées sur certaines cultures, parce qu’il y aura eu cette reconnaissance. »
Très bien, mais sur le terrain, est-ce que vingt ans de ces animations ont permis de confirmer cette hypothèse. Sans surprise, Yannicke Wauthier répond par l’affirmative et déborde sur la tranche d’âge des 3-6 ans. « Très clairement, dans les écoles où nous avons organisé des activités dès la 1re maternelle, on se rend compte que l’écoute des élèves de primaires est plus ouverte. On voit la différence, lorsqu’on entame les animations dans les établissements où nous n’arrivons, par exemple, qu’en 4e primaire. L’ouverture, de notre expérience sur le terrain, s’entretient en confrontant les enfants à des choses très différentes, et cela dès le plus jeune âge ».
Ouvrir à la musique chez soi
« Lancez-vous ! ». Voilà ce que suggère Yannicke Wauthier lorsqu’on lui demande quel est le conseil à donner aux parents qui veulent prolonger ou initier l’ouverture musicale à la maison. « Il faut osez ! J’entends souvent dire, ‘Oui, mais moi je chante faux’. Et alors ? C’est mieux de chanter avec son enfant que de ne pas chanter du tout ? Non, il faut oser faire du rythme, initier des moments musique. Et pour ça, on prend le temps de s’installer, de poser les jalons d’un cadre favorable à l’écoute et au partage ».
Sur ces moments de musique, Yannicke Wauthier précise un point. « Il faut les choisir sans les subir », avoir la conscience que l’on va partager un petit moment ensemble. « Pourquoi pas une chansonnette qui correspond à des moments précis de la journée ? Fermer les yeux sur une chanson en essayant de mettre des noms sur les sons qu’on entend ? Il est aussi intéressant d’exposer les enfants à des styles qu’ils ou elles ont moins l’habitude d’entendre, pour sortir des clichés de la musique pour enfants. On peut ainsi les confronter au ska, au jazz, à la musique classique. Leurs réactions sont parfois surprenantes ».
Cette ouverture à la musique peut aussi passer par la fabrication de petits instruments de percussion sommaires, par la répétition de comptines, par un petit instant de danse partagé. « Cela peut même s’imaginer avec les enfants qui ne marchent pas encore. Le papa ou la maman peut marquer le rythme avec son enfant dans ses bras, l’enfant le sent, il intériorise ».
Yannick Wauthier insiste : « L’idée, encore une fois, n’est pas d’en faire des musiciens. Mais bien de les éveiller à quelque chose ».
INSPIRATIONS
À lire, à regarder, à voir, à écouter
- Livre. Yannicke Wauthier cite Nicole Malenfant dans ses sources d’inspiration. Elle conseille l’ouvrage L’éveil du bébé aux sons et à la musique (Fuzeau). « Il n’est pas tout récent, mais pose bien les bases ». Le livre est accompagné d’un CD qui comprend des comptines et chansons originales adaptées aux besoins des enfants de 0 à 2 ans.
- Disques & co. Un répertoire de comptines ? En voici un paru sur le label Enfants et musique, 75 comptines et jeux de doigts. Des petites chansons très courtes pour accompagner le bambin tout au long de la journée. Un vrai classique, simple et efficace, qui a déjà bercé deux générations.
- Vidéos. Durant le confinement, les Jeunesses Musicales ont réalisé une série de petits tutos d’éveil musical dont certains sont à destination de tout-petits. On les trouve en tapant « Les JM à la maison » dans le moteur de recherche de Facebook.
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