Société
Il y a vingt-six ans, Philippe et sa famille ont ouvert la porte de leur foyer à Sveta, âgée de 10 ans. Depuis, les échanges entre les deux familles se sont multipliés et leurs destins sont désormais à jamais liés.
Tout commence par un message de l’association Les enfants de Tchernobyl relayé par l’école du village de Moustier-sur-Sambre. Court, il invite les familles à ouvrir la porte de leur foyer. Ce message, Philippe Depireux n’en a pas conservé la trace, mais il aurait pu être formulé comme ceci : « Devenez famille d’accueil et protégez le capital santé d’un enfant tout en vivant une expérience familiale enthousiasmante ». Philippe et son épouse Anne y sont sensibles. Pourquoi ne pas accueillir ? Leurs enfants ont 8 et 10 ans, il faudrait pour bien faire un enfant dans cette tranche d’âge.
Le courant passe vite
Septembre 1999, Svetlana, 10 ans, vient pour la première fois en Belgique et séjourne tout le mois de septembre dans la famille Depireux. Comme on peut s’y attendre, la petite arrive est un peu effarouchée à l’idée de passer un mois dans un pays à 1 800 kilomètres de sa ville natale de Minsk. Heureusement, le courant passe vite entre elle et sa famille d’accueil. « Elle s’est montrée fort affectueuse, en particulier avec ma femme », se souvient Philippe.
Sveta téléphone de temps en temps chez elle. Sa grande sœur Olga parle français, ce qui rend l’échange avec elle et sa maman possible. Dès la première année, la famille se montre très reconnaissante de l’accueil réservé à Sveta. L’année suivante, c’est la famille Depireux qui est invitée à séjourner à Minsk. Invitation que la famille belge accepte avec plaisir.
Août 2000, la famille Depireux embarque dans un train qui relie Liège à Cologne. Elle enchaine ensuite avec un train-couchette qui les mène jusqu’à Minsk pour un premier séjour de deux semaines en guise de vacances d’été. « On a traversé l’Allemagne et la Pologne. Le voyage a duré 32 heures, c’était quelque chose ». Arrivée en Biélorussie, la famille Depireux est accueillie un peu comme le messie.
« On ressentait beaucoup d’intérêt de leur part pour en savoir plus sur notre mode de vie. Quand on échangeait sur nos vies, on se rendait compte qu’elles étaient assez similaires au-delà de la dimension politique qui était très différente. Toute la famille et les amis voulaient nous inviter chez eux. Ils nous ont reçu avec une générosité extrême, ils voulaient nous associer à tout, mariage, anniversaire, et nous montrer un maximum des lieux qui faisaient leur fierté », se souvient Philippe.
Une envie réciproque
Pendant huit ans, chaque été jusqu’à sa majorité, Sveta passe un mois chez les Depireux. Une année sur deux, la famille jemeppoise se rend en Biélorussie. Des deux côtés, un réseau se tricote. Les séjours se transforment en véritables tournées. « Quand on a répondu à l’appel de l’association, on ne s’est jamais imaginé l’impact et le retentissement que cet accueil aurait sur nos vies. C’est assez incroyable : à partir d’une simple proposition d’accueil, on ouvre notre porte, une petite étincelle se crée et nos vies en sont à jamais marquées », constate Philippe.
Ce qui fait la solidité de ce lien ? L’envie réciproque d’accueillir, la disponibilité et l’énergie investies pour le faire. Tout ça entretient le lien. D’un côté comme de l’autre, on s’appelle pour les anniversaires et aux fêtes. Rien n’est calculé, tout est spontané. Au fil des années, la multiplication des moyens de communication facilite aussi l’entretien des relations. Si les appels téléphoniques étaient l’unique moyen au début, l’arrivée de Skype, puis de Messenger et WhatsApp, change la donne.
Il y a trois ans, Sveta est devenue maman. Une nouvelle réalité qui a rendu incompatible tout séjour en Belgique depuis quatre ans. « Mais sa sœur était encore chez nous il y a quelques semaines avec ses enfants, elle vient deux fois par an ». Depuis le covid, le trajet vers la Biélorussie s’est corsé. Les délais pour les demandes de visa se font aussi plus longs. Il n’y a plus de bus ou d’avion pour y aller et, par la route, il faut parfois attendre plusieurs heures aux douanes. « Nos amis nous déconseillent de faire le voyage, il semblerait que ce soit moins sécure vis-à-vis des étrangers ».
Et si cela n’empêche pas la famille biélorusse de venir en Belgique, côté Depireux, « on n’attend qu’une chose, que ce soit plus accessible pour y retourner ».
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