Société

Quête familiale dans une Ukraine en guerre

Le documentaire sonore Trouver Sergueï est un petit bijou

Le documentaire sonore Trouver Sergueï est un petit bijou qui alterne récit journalistique, souvenirs de famille, musiques des années 90 et fragments sonores contemporains d’une Ukraine en guerre.

Sur le fil d’ArteRadio, ce post : « Aliénor a grandi avec Sergueï et l’a vu partir sans plus jamais redonner de nouvelles. Alors, vingt ans après les silences, elle a pris son micro et est partie à la recherche de ce qu’il restait de leur enfance commune ». Plus que le texte, la photo qui accompagne la publication attire le regard. On y voit deux enfants assis côte à côte portant une couronne dorée de galette des Rois. Espiègle, le garçon tire la langue. La petite fille, elle, tire la tête. Cette photo sent la fin des années 90, elle surprend par son allure ultra-authentique, aux antipodes des clichés léchés qui circulent sur les réseaux sociaux.
Aliénor Carrière, journaliste française, partage dans ce documentaire sonore son histoire de famille. Une histoire somme toute assez banale d’une famille du nord de la France qui a ouvert sa porte en 1995 à un petit garçon ukrainien. Grâce à l’association Soleil pour Tchernobyl, Sergueï multiplie les séjours en France et devient partie intégrante de la famille Carrière, composée d’une fratrie de trois enfants, deux jumeaux de 11 ans et Aliénor, 5 ans. La petite dernière adopte le nouveau venu comme un frère.
Les années passent, Sergueï devient adolescent et sa majorité tire un trait sur les séjours français. Du jour au lendemain, il disparait. Les parents accusent le coup, mais Aliénor ne se résout pas à son départ. Elle a besoin de comprendre pourquoi il ne donne plus de nouvelles. Alors, malgré les années, malgré la guerre, elle part en Ukraine. La suite ? Elle est à écouter sur ArteRadio.

3 QUESTIONS À…

Aliénor Carrière, journaliste et autrice de « Trouver Sergueï »

Vous êtes partie en 2024 à la recherche de ce frère disparu. Pourquoi était-ce si important pour vous de le retrouver ?
« Je venais de perdre mon père, j’étais un peu en manque de famille, mais j’avais surtout besoin de comprendre pourquoi il n’avait pas répondu à notre dernière lettre. Le journalisme m’a offert la possibilité d’aller sur place et de résoudre cette énigme. »

Qu’est-ce que ces retrouvailles ont permis ?
« Ces retrouvailles m’ont apaisée. Elles m’ont permis de confirmer qu’on avait été importants pour lui. Il avait tenté à trois reprises de nous écrire, mais il avait omis le code postal et le courrier lui était revenu. Ce n’était qu’une erreur postale. Il ne nous avait pas oubliés, bien au contraire. Il se souvenait de tout. Je ne m’étais pas trompée, notre lien était réel et riche, pour lui comme pour moi. »

Y a-t-il une suite prévue à ce documentaire ?
« J’ai obtenu la bourse Albert Londres pour ce podcast prévu en deux parties. La suite est en train de s’écrire, mais je ne peux pas la sortir pour le moment pour la sécurité de Sergueï. Tout ce que je peux dire, c’est que nos échanges m’amènent à voir la guerre en Ukraine sous un autre prisme. »

40 ANS APRÈS

Tchernobyl : « le Ligueur » replonge dans ses archives

Thérèse Jeunejean, journaliste au Ligueur à l’époque, a conservé précieusement les coupures d’articles qu’elle a écrits en 1993, 1998, 1999, 2000 et 2002 à propos de la catastrophe de Tchernobyl.

26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose accidentellement. Pendant quatre ans, le gouvernement minimise les effets de la catastrophe. Mais les impacts sont bien réels : baisse d’immunité, augmentation des naissances précoces, malformations, anémies, leucémies, problèmes de thyroïde... Ce n’est qu’en 1990 qu’un appel à la solidarité est lancé à l’adresse des peuples de la planète. La Belgique y répond, une dizaine d’associations s’activent pour faire venir des enfants et leur permettre de « se refaire une santé ».
Novembre 1993, sous la plume de Thérèse Jeunejean, la première de couverture titre Enfants de Tchernobyl : les accueillir, c’est aussi créer des liens. La journaliste met le focus sur l’association namuroise qui organise l’accueil de plusieurs dizaines d’enfants ukrainiens et biélorusses dans la région grâce à la solidarité de familles d’accueil. D’année en année, les mêmes enfants retournent auprès des mêmes familles pour un séjour d’un mois. « On ne sort pas indemne d’une histoire d’amour avec un enfant venu d’ailleurs », témoigne une maman. Des liens forts se tissent. Liens qui subsistent encore, comme en témoigne Philippe Depireux : « Nous sommes toujours en contact avec Sveta et sa famille. Nous nous voyons chaque année et nous considérons comme une véritable famille ».
À plusieurs reprises, Thérèse Jeunejean se rendra sur place. Elle tendra le micro aux membres de la société civile, aux scientifiques, aux journalistes, aux citoyen·nes qui relatent les conséquences incommensurables de l’explosion et ses retentissements dans leur quotidien.

Archive du Ligueur sur la catastrophe de Tchernobyl
les magnifiques échanges entre la famille Dupireux et une famille biélorusse touchée par Tchernobyl

Société

« Quand on a répondu à l’appel de l’association, on ne s’est jamais imaginé l’impact que cet accueil aurait sur nos vies »