Développement de l'enfant

Reflux chez le bébé : « Je voulais revenir à notre vie d’avant »

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Il est souvent vécu comme un enfer par les parents : le reflux, le vrai, diagnostiqué. Le RGO, le reflux gastro-œsophagien, fait pleurer le bébé sans discontinuer. Ce n’est pas un caprice, il souffre et on ne sait pas comment faire pour le soulager.

Un bébé qui pleure, une maman qui l’allaite. Quoi de plus banal ? Sauf pour Sarah, qui sait que, dans quelques minutes, son petit Marcel va se remettre à pleurer. Non pas parce qu’il aura faim de nouveau, mais parce qu’il aura mal. À moins de ne pas le coucher.
« Marcel pleurait tout le temps parce qu’il souffrait. Il devait être en position debout. Il était donc tout le temps en écharpe avec moi. Impossible de le mettre dans le parc ou dans son landau. La nuit, il était sur moi. Je restais en position assise les jambes étendues. Ça lui faisait du bien d’être sur mon ventre. Moi, je ne dormais pas. J’étais épuisée. C’était horrible. »
Des pleurs d’inconfort, l’impossibilité de rester couché, un bébé qui se tord et qui étire son cou, voire qui rejette le bibi quand on lui donne, une voix rauque, des mastications à vide, une perte de poids, une toux anormalement longue quand il est couché… des signes d’alarme que le petit Marcel cumulait. Il souffrait de reflux gastro-œsophagien (RGO).
« LE RGO, c’est quand l’acide qui se trouve dans l’estomac ou les aliments (ici, en l’occurrence, du lait) peuvent remonter de manière anormalement facile dans l’œsophage, explique David Tuerlinckx, chef de service pédiatrique au CHU Namur. C’est lié à une immaturité du clapet, une sorte de petit muscle qui permet de ‘fermer’ l’estomac quand celui-ci travaille la digestion et se contracte pour se vider. Le problème chez le nouveau-né, et c’est général, c’est que ce petit clapet n’est pas encore bien formé et il peut avoir un degré variable de reflux. »
Qu’un bébé régurgite est donc tout à fait normal. C’est même mécanique. C’est d’ailleurs la première question à se poser selon les pédiatres interviewés : avant de parler de reflux, peut-être s’agit-il de simples régurgitations ? « Les régurgitations sont physiologiques et normales, explique Philippe Lannoo, pédiatre à Thuin. Le bébé ne boit que du liquide dans les premières semaines et se retrouve majoritairement dans des positions couchées. Cela remonte donc assez facilement avec ce clapet qui n’est pas encore bien imperméable. Le RGO, en revanche, est plus acide et ça peut provoquer des problèmes d’alimentation ou respiratoires. Mais beaucoup de régurgitations sont tout à fait banales : si le bébé continue de s’alimenter normalement, n’a pas d’infections répétées et qu’il grossit, il ne faut pas s’inquiéter. »

Impact sur la vie de famille

Chez Sarah et Marius, l’inquiétude grandit. Le grand frère, né deux ans plus tôt, avait bien montré les signes décrits par Philippe Lannoo. Cette fois-ci, ce ne sont plus de simples régurgitations. Les pleurs d’inconfort de Marcel, c’est tout le temps.
« Je n’arrivais pas à prendre de temps avec Achille, explique Sarah. Il était donc beaucoup avec Marius, son papa. D’un côté, ça a permis de renforcer leur relation, c’est le point positif. D’un autre côté, c’était difficile pour Achille, car il se retrouvait avec un petit frère qui pleurait tout le temps et qui monopolisait sa maman. »
Difficile de tisser un lien fraternel dans ce cas. « Au début, il le tapait tout le temps. Il parlait plus fort. À un moment, on s’est étonné. Pourquoi crie-t-il tout le temps ? C’est ma sœur qui m’a dit un jour : ‘Je crois que c’est parce que Marcel pleure tellement’ ».

En cas de fort reflux, une des premières pistes à explorer est celle du lait

D’où l’importance de diagnostiquer et traiter le reflux. « Le traitement dépend de l’âge et de la gravité des symptômes, explique le pédiatre. Dans la majorité des cas, on commence par de l’hygiène, c’est-à-dire, faire en sorte que l’enfant mange plus souvent, mais de plus petites quantités pour éviter de remplir l’estomac de manière trop importante. On peut aussi attendre un petit peu avant de le recoucher pour qu’il ait le temps d’éliminer le trop-plein d’air et le mettre en position redressée, à 30°, dans son lit ».
Des gestes que Sarah n’a eu de cesse de faire, sans que son bébé ne s’apaise. Avec beaucoup d’honnêteté, la maman explique que, pour elle aussi, cela a été difficile au début de créer un lien avec son fils. « Je n’en pouvais plus. J’étais épuisée. Au point que je ne voulais plus qu’il existe. Je me disais que je voulais revenir à la vie d’avant ».
« C’est dans ce genre de situation que l’on voit l’importance de bien communiquer avec le médecin, réagit David Tuerlinckx. Pour l’enfant dont le reflux est pathologique, cela peut devenir très lourd. On s’en rend compte en consultation. On teste alors différentes pistes de solutions et on voit à chaque fois laquelle fonctionne après dix jours. En l’absence de résultat, on change. »

Y aller crescendo

Première piste à explorer, le lait. « Il existe différents types de laits anti-reflux. Certains fonctionnent mieux que d’autres. Des études ont comparé le lait anti-reflux avec du lait normal. On constate que sur le nombre de régurgitations, mais surtout sur les pleurs, il y a déjà un effet ». Ce lait, un peu plus épais, permet de réduire les remontées. « Jusqu’à 70% du traitement est ainsi lié au lait », note le pédiatre.
Mais pas toujours facile de trouver le bon lait. Pour Margaux et Joachim, cela a été le parcours du combattant avant de trouver la formule qui apaiserait leur petit Élie. C’était leur premier enfant et pour eux aussi, le début de la parentalité a rimé avec nuit sans sommeil et culpabilité de ne pas pouvoir tranquilliser leur bébé.
« Il avait les symptômes du reflux : gorge rouge, perte de poids, il mastiquait tout le temps… Le pédiatre était parti sur l’hypothèse d’une allergie au lait de vache. Du coup, on est passé à un lait où ces protéines supposées responsables étaient moins présentes. On a aussi essayé du lait plus épais, mais cela le faisait souffrir encore plus, car il remontait quand même. Certains laits, il ne les buvait même pas. Les pédiatres nous disaient d’attendre trois semaines pour voir les effets, mais on n’a jamais attendu tout cela. Il pleurait, souffrait trop », raconte Margaux.
Les parents restent alors dans l’expectative de savoir s’il s’agit d’une allergie, d’un RGO ou d’autre chose encore. « C’est finalement à 3 mois que l’on a trouvé un lait qui passait : du lait de riz. À partir de là, ça s’est calmé ».
Chez Sarah et Marius, il a fallu passer à l’étape suivante pour le petit Marcel, celle des médicaments. « On nous a conseillé l’oméprazole, mais on n’aimait pas trop ce genre de médicament. On ne voulait pas donner cette molécule si jeune ». Les parents essayent d’abord l’homéopathie. Sans effet. Ils se résolvent alors au traitement médicamenteux. « En quinze jours, la situation s’est améliorée. Marcel avait 4 mois ».
« L’antiacide est prescrit surtout sur base des pleurs et de l’inconfort pour les bébés inconsolables, réagit David Tuerlinckx qui met tout de même en garde contre la surprescription de ces médicaments. On ne prescrit pas ce médicament pour de simples régurgitations, même si elles sont nombreuses, mais dans les cas où il y a vraiment une acidité. »
À 10 mois, Marcel est aujourd’hui en pleine forme et la famille a retrouvé rythme de vie plus normal et équilibre. « Quand on est parent, on a cette capacité à ‘oublier’ ces moments difficiles, tellement il y a d’autres points positifs ! », conclut Sarah.

EN PRATIQUE

Dans les cas les plus graves

Dans les situations les plus extrêmes, il reste la possibilité d’un examen plus poussé. « Il arrive qu’on hospitalise le nourrisson pendant 24 à 48 heures. Cela permet d’objectiver. Les pleurs chez un nourrisson peuvent être dus à du reflux, mais également à une allergie au lait, une constipation… Cette observation permet aux parents de se poser un petit peu. Et il peut y avoir le passage d’un·e psychologue. Dans de rares cas, on peut également faire une pH-métrie du bébé. On introduit une sonde qui calcule le nombre de remontées ainsi que leur acidité. Mais ce n’est pas courant car plus invasif ».

MAIS AUSSI...

Le rôle de l’ostéopathe

Tous les parents que nous avons interviewés sont passés par la case ostéopathe avec leur bébé. Pour ceux dont le reflux n’était pas pathologique, cela a grandement aidé. Une approche pluridisciplinaire saluée par le pédiatre David Tuerlinckx, à condition de se tourner vers celles et ceux qui ont une bonne formation. Par exemple, Delphine Meyer, ostéopathe spécialisée en pédiatrie et formée à l’ULB.
« On vient poser nos mains, on masse de tel ou tel côté pour voir comment le bébé réagit. On mobilise également doucement la colonne vertébrale. Cela permet de relâcher les tensions. À la fin de la séance, le bébé qui est arrivé avec les muscles très toniques, très fermes, doit avoir une consistance ‘brioche’. C’est un bébé qui a son dos, son ventre mous. Il est relâché. »
L’ostéopathe ne remet donc rien en place contrairement aux idées reçues, mais peut faciliter le transit en relâchant les tensions.