Santé et bien-être
Les acteurs de terrain se mobilisent pour informer à l'école les jeunes à propos des règles. C'est aussi l'occasion d'aborder d'autres thématiques associées.
► Qu’est-ce que la précarité menstruelle et la sécurité menstruelle ?
Quelques clarifications avec l’asbl BruZelle, qui lutte contre la précarité et les tabous autour des règles et contribue activement, depuis sa création en 2016, à rendre ces problématiques plus visibles.
La précarité menstruelle recouvre trois réalités, qui peuvent coexister : le manque d’accès à des produits menstruels faute de moyens financiers, le manque d’accès à l’information sur la santé et la sécurité menstruelle, qui peut amener à se mettre en danger, et le manque d’accès à des endroits où se changer en toute sécurité : des toilettes qui ferment, équipées d’eau, de savon et de papier... En découle un risque pour la santé, et une charge mentale accrue.
- Selon une enquête menée en 2021 en FWB par Synergie Wallonie à la demande de Christie Morreale, ministre wallonne de la Santé et de l’Égalité des chances, 11% des répondantes de 12 à 18 ans rencontrent des difficultés financières pour se procurer des protections.
La sécurité menstruelle, c’est pouvoir trouver un produit menstruel quand on en a besoin, qu’on soit ou non en situation de précarité. « L’école est un milieu bienveillant qui doit pouvoir mettre ce genre de produits à la disposition de ses élèves et de son personnel, estime Veronica Martinez, fondatrice et directrice de l’association. On peut oublier son matériel à la maison, le cycle peut être irrégulier... Il y a aussi beaucoup de chances pour que les ménarches, les premières règles, arrivent à l’école ».
► Pour des toilettes propres et adaptées
Le manque d’accès à des toilettes propres et adaptées peut contribuer à l’insécurité, voire à la précarité menstruelle. Or les toilettes d’école n’ont pas très bonne réputation. Portes sans verrou, éviers bouchés, éclairage et chauffage défectueux, saleté, absence de papier toilette et de savon… « La situation dans beaucoup d’écoles était assez catastrophique », explique Sigrid Vannuffel, du programme Ne tournons pas autour du pot !, créé en 2015 par le Fonds BYX et l’asbl Question Santé pour améliorer le bien-être et la santé des élèves à travers l’amélioration des sanitaires.
Chaque année scolaire, le programme offre un accompagnement méthodologique et une enveloppe budgétaire à des écoles fondamentales et secondaires, et Sigrid Vannuffel constate que la question des règles revient de plus en plus souvent.
« Des écoles souhaitent utiliser une partie du budget pour installer un distributeur de produits périodiques, ce qui rentre tout à fait dans la philosophie du programme. Mais c’est important de réfléchir aussi à tout ce qui gravite autour, c’est-à-dire à des sanitaires confortables et sécurisants, entretenus régulièrement ». Et d’ajouter que laisser les enfants se rendre aux toilettes quand ils en ont besoin est également essentiel dans ce contexte.
« S’ils ne sont pas vandalisés, c’est vous les gagnant·es »
« Des toilettes accueillantes, on a envie d’en prendre soin. C’est un cercle vertueux », souligne-t-elle encore, en insistant sur l’importance de sensibiliser et d’impliquer activement les élèves. Car une crainte qui revient souvent chez les écoles est celle du vandalisme. Nous avons posé la question à WBE et à la Ville de Bruxelles : aucune dégradation des distributeurs ne leur a été signalée jusqu’ici dans le cadre de leurs projets-pilotes. La clé, pour Veronica Martinez, de l’asbl BruZelle, serait la responsabilisation : « On leur dit : ‘Puisque des produits menstruels vont être mis à disposition dans vos toilettes, si ça marche et qu’ils ne sont pas vandalisés, c’est vous les gagnant·es’ ».
► « J’peux pas, j’ai mes règles »
Comment parler des règles à l’école sans évoquer les douleurs et autres symptômes physiques et psychologiques désagréables dont souffrent certaines élèves, parfois au point de manquer l’école ou certains cours ? On sait aujourd’hui que les règles douloureuses ne doivent pas être prises à la légère. Elles peuvent notamment être le signe de l’endométriose, une maladie gynécologique inflammatoire encore mal dépistée, alors qu’elle toucherait une personne menstruée sur dix.
« On se rend compte qu’il y a, en moyenne, entre sept et dix ans d’errance avant d’avoir un diagnostic d’endométriose, confirme Margot Foubert de Sofélia, la fédération militante des centres de planning familial solidaires, à l’initiative de la campagne de sensibilisation Sang rougir. C’est donc super important de pouvoir en parler dès le plus jeune âge, pour que les personnes puissent être prises en charge le plus tôt possible. »
Et d’insister sur l’importance de sensibiliser également le corps enseignant ou médical, qui pourrait avoir tendance à banaliser les douleurs.
L’endométriose, parlons-en
Des règles qui font mal, ce n’est pas normal ! C’est le slogan d’une campagne initiée par la Province de Liège, en collaboration avec les principaux centres hospitaliers liégeois, et dont l’édition de 2022 s’adressait directement aux jeunes. Ses affiches, placées dans les toilettes des écoles, encourageaient les élèves concernées à consulter leur médecin. À retrouver sur provincedeliege.be/endometriose/campagnejeunes
► D'autres infos sur l’endométriose avec toimonendo.com
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