Crèche et école
Ça y est, votre enfant quitte le confort du fondamental pour un monde un peu plus brut. Plus de matières, plus de travail, plus d’autonomie, mais dans un cadre qui reste toujours assez présent. Ce nouvel espace, il faut l’apprivoiser et le faire concorder avec un autre changement et pas des moindres : le début de l’adolescence.
Ce qui change pour votre enfant
Nouveau lieu, nouvelles têtes. Grand·e·s de primaire hier, voilà vos enfants devenus petit·e·s de secondaire. Des nouveaux dans un établissement souvent bien plus grand que leur petite école de quartier. Voilà un premier écueil à passer, celui de s’approprier ce qui sera leur quotidien du lundi au vendredi pendant six nouvelles années. Le tout avec des élèves venu·e·s d’écoles différentes, donc avec de nouvelles amitiés à faire vivre.
Une fois entre les quatre murs de la classe, voilà qu’il faut rencontrer les nouveaux enseignant·e·s. Un·e par matière, soit sept, huit ou plus nouvelles têtes contre les deux ou trois de la 6e primaire. Changer de classe, changer de prof, pour celles et ceux qui goûtent particulièrement à la stabilité, ça peut être perturbant.
Mode autonomie enclenché. Autonomie : le mot qui revient chez 100 % des interlocuteurs et interlocutrices mobilisé·e·s pour cette partie du dossier. Autonomie dans les trajet entre la maison et l’école d’un côté, autonomie dans le travail de l’autre (voir encadré) et, enfin, bien plus important aux yeux des profs, l’autonomie dans la pensée.
« En fait, on va tout doucement commencer à demander à vos enfants d’être de moins en moins scolaires, explique Arnaud, professeur d’histoire-géographie à Bruxelles. Ce que cela veut dire ? Que la compréhension de la matière va au fur et à mesure devenir plus importante que la simple récitation. Ce qu’on demande en secondaire, c’est de mobiliser les savoirs pour aller un pas plus loin. Les apprentissages de primaire servent de base pour pouvoir approfondir la matière. Il restera toujours une part de ‘par cœur’ pour des règles fixes en grammaire française ou en mathématiques, par exemple, mais pour le reste, il faudra plus. »
La version sous-titrée des propos d’Arnaud est offerte par Joséphine, 13 ans et élève en 2e secondaire : « Si on se contente de simplement ressortir son cours comme en primaire, on se plante et pas qu’un peu. On nous demande d’utiliser notre cerveau, quoi ». Simple et basique, comme dirait le rappeur français Orelsan.
Ce qui change pour vous, parents
Sortez le chronomètre. On commence par ce qui pourrait être vu comme un clin d’œil, mais qui ne l’est pas tant que ça : l’allongement potentiel de la durée des réunions parents-profs. Avec un peu de chance, si tout roule pour votre élève d’enfant, vous aurez sans doute à ne rencontrer que le titulaire de la classe. En cas de difficultés rencontrées en cours, vous voilà à passer quinze minutes avec le prof de maths, vingt minutes avec celle de français, vingt autres avec celui de néerlandais… et ainsi de suite.
À bonne distance… mais laquelle ? À plus long terme, le passage en secondaire de votre enfant induit quelques changements dans votre rôle tel que joué jusque-là. « L’entrée en secondaire est aussi marquée par le début de l’adolescence, par la puberté, explique la psychologue Alexia Lesvêque. Il y a une demande de certain·e·s jeunes à s’émanciper un peu de ce qu’on pourrait appeler ‘la tutelle scolaire’ de leurs parents. On le voit avec les devoirs qui, alors qu’ils se faisaient essentiellement dans les espaces communs en primaire, se font désormais systématiquement dans la chambre, à l’abri du bruit de la maison, mais surtout des regards. S’ils doivent continuer à être attentifs à leur enfant, les parents doivent aussi lâcher du lest, être moins dans le contrôle systématique. C’est important pour faire grandir cette relation de confiance entre ados et adultes ».
Nathalie, prof de sciences à Mons et maman de deux ados, abonde dans le sens de la psy. Elle en a même fait un vrai point d’attention qu’elle aborde avec les parents des classes où elle est titulaire. « C’est rendre service à son enfant que de prendre de la distance à ce moment-là, ça accélère le processus de maturité. Mais ça ne veut pas dire que le parent ne doit plus se soucier de rien. C’est une question d’équilibre entre les besoins de l’enfant et la nécessité pour les parents de tout de même suivre la scolarité au plus près. Dans certaines familles, ce sera une présence parentale forte, dans d’autres, la distance sera plus importante, mais l’essentiel, c’est que l’enfant se sente soutenu, écouté. Je le vois chez moi, c’est grâce à cela que mes enfants sont plus réceptifs aux coups de gueule ou aux recadrages quand il y en a ».
ZOOM
Sur la méthodologie
La méthodologie est un vrai facteur de réussite dans le supérieur. Est-ce une raison pour attendre avant de s’y intéresser ? Évidemment que non, répondent plusieurs profs, qui conseillent même de mettre en place de bonnes habitudes dès le primaire.
« Surligner les passages importants, faire des fiches de révision, classer ses cours correctement, tout cela peut commencer dès la 4e ou 5e primaire, souligne Thierry, un expérimenté prof de français du secondaire. C’est vraiment poser les bases d’une organisation personnelle qui ne garantit pas forcément la réussite, mais qui permet de ‘standardiser’ son travail. Je ne crois pas qu’il y ait une recette magique universelle, mais chaque enfant peut trouver ce qui lui simplifie la vie scolaire en utilisant des couleurs, des audios, des post-it, des fiches... »
LE CONSEIL DU LIGUEUR
Anticipez
Les habitué·e·s ne vont pas être étonné·e·s de nous voir répéter que le passage en secondaire ne se prépare pas à la va-vite, à l’heure où l’enfant passe son CEB en fin de 6e primaire. C’est l’année scolaire précédente, en 5e, qu’une bonne partie se joue. Pourquoi ? Parce que vous avez alors le temps de visiter les écoles qui vous intéressent, de prendre connaissance des règlements d’ordre intérieur, des projets pédagogiques. Mais aussi d’y regarder plus près au niveau des moyens de transports à envisager, de votre organisation familiale à adapter.
Avec les conditions sanitaires du moment, beaucoup se fait à distance. C’est moins agréable, on sent moins l’atmosphère des lieux, mais cela reste un bon moyen de mettre le pied dans cette drôle d’aventure qu’est le passage en secondaire.
À LIRE AUSSI