Loisirs et culture

[ Sélection jeux 2025 ] Ce que le jeu a de vertueux

Outre ses vertus pédagogiques, le jeu est aussi un moyen d'abord enjeux sociétaux et dérives commerciales

Le jeu développe plein de compétences chez les petit·es et les grand·es. Il complète, l’air de rien, pas mal d’apprentissages scolaires. Ses vertus ne s’arrêtent pas là. Il permet d’aborder certains enjeux sociétaux et de réinterroger des modèles économiques que l’on pense indéboulonnables. Révo-ludi-tion.

On prête plein de bonnes choses au jeu. Nous-mêmes, au Ligueur, n’avons de cesse de répéter ce que les psys et les ludopédagogues soulignent depuis des décennies : le jeu fait grandir. Son appel à la logique, à la déduction, à l’observation, à la stratégie et autres n’apporte que de bons ressorts aux enfants et aux ados. Mais, aujourd’hui, nous nous intéressons à d’autres aspects. Pour commencer, voyons ce que le jeu apporte de bon à la citoyenneté.

Évoquer les enjeux de façon ludique

Le potentiel du jeu pour sensibiliser à divers aspects sociétaux. Game Spirit, avec à sa tête Geoffroy, en est parfaitement conscient. Au sein de cette pépinière ludique, les créations sur mesure permettent de confronter le grand public à des problématiques de façon jouette.
« Nous répondons à des appels d’offres ou des demandes préalalables et voyons comment on peut vulgariser les enjeux par le jeu. Sur l’environnement, par exemple. Nous avons créé un jeu dont l’objectif est de sensibiliser à la qualité de l’air en présentant les différentes sources de pollution et leurs impacts. »
Culture, vivre ensemble, apprentissages… Le fondateur de Game Spirit nous fait le tour de ses créations jouettes en expliquant très simplement comment il fait, d’une problématique sociétale, un jeu potentiel. L’équipe de Game Spirit répond aussi de façon ludique aux besoins de formations.
L’entreprise propose ainsi, à partir de mécaniques joueuses, d’animer des séances pour transformer les apprentissages en un moment joueur et engageant. Sur la mobilité en ville ou sur l’hygiène en milieu hospitalier, par exemple. Ou sur des enjeux de harcèlement ou de vivre ensemble dans des écoles. Le tout, toujours, avec les valeurs de respect, de plaisir et de collaboration. « On peut tout apprendre, on peut tout faire en s’amusant », déroule le fondateur avec un œil pétillant.
Les vertus du jeu ne s’arrêtent pas là. Un autre aspect nous intéresse fortement. Souvent moqué, parfois pris en considération, mais trop rarement imité : l’idée de repenser le modèle économique.

Un autre monde est possible

En cela, les éditions Opla, situées à Lyon, ont donné, il y a quelques mois, un coup de pied dans la fourmilière. Éditeur éthique, la maison développe, conçoit et distribue ses jeux d’une manière totalement écoconsciente. Dans un secteur où seul 1% des jeux vendus en France l’est… Impossible de trouver le chiffre belge, mais gageons qu’il est sûrement dans ces eaux-là. Essuyant un revers économique difficile à assumer, Opla a décidé de montrer l’envers du décor à travers une ingénieuse campagne qui tend à expliquer la nécessité de soutenir pareille démarche.
Deux volets importent : celui environnemental d’abord, en limitant l’empreinte carbone et en utilisant du matériel respectueux de l’environnement, mais aussi celui qui soutient l’emploi local en rétribuant les partenaires au prix juste. Nous en avons discuté avec l’une de leurs autrices, la très inspirée Agnès Largeaud, qui a créé l’un des meilleurs jeux coopératifs de l’année : Osmosis, sorte de Codenames élégant qui met en scène un habile jeu d’association d’idées avec des mots ou des images. L’idée est presque métaphorique : on gagne si, et uniquement si, on est en parfaite osmose entre joueurs et joueuses.
S’inscrire dans une telle démarche économique et proposer de bons jeux est essentiel pour l’autrice qui étaye : « Il y a des choses intéressantes qui sont défendues. Par exemple, l’idée de distribuer dans un rayon qui ne dépasse pas la taille du pays, soit 800 kilomètres. Puisqu’on part de Lyon, on passe donc par la Belgique et par la Suisse. C’est important pour moi de participer à ce type de projet, qui peut être perçu comme radical ou insensé dans le monde du jeu, alors qu’il repose d’abord sur une éthique ».
Différentes formes d’éveil se passent donc dans et autour du jeu. En acheter un est un acte de consommation. Qui, comme tout acte, doit être réfléchi. Soutenir ces maisons d’édition qui mènent un combat contre les superproductions et les modèles économiques qui ne les favorisent pas, c’est leur permettre de reprendre du souffle. 
S’amuser tout en participant à l’amélioration du monde, en repensant les modèles, on signe tout de suite, non ?

Agnès Largeaud et sa création, le jeu Osmosis