Loisirs et culture

[ Sélection jeux 2025 ] Rassembleuses et constructives, vous détestez la compétition

Des jeux où on perd et on gagne ensemble

Une catégorie se forge progressivement une place de choix dans le cœur des familles jouettes : les jeux coopératifs. Souvent perçus par les accros de la gagne et les compétiteurs/compétitrices né·es comme des jeux rébarbatifs, voici la preuve qu’ils offrent ce qu’il y a de mieux sur le marché.

Comme l’an passé avec Bomb Busters et The Gang, les jeux « coop » sont parmi les plus haletants cette année. Avant-Après (Oldchap Edition) fait partie des sorties que l’on attendait avec impatience. Dessiné par le célèbre illustrateur et influenceur jeu Martin Vidberg, il mêle à la fois jeu coopératif et jeu d’enquête. Il a rassemblé pas mal de monde autour de lui. Son principe ? Deux illustrations représentent une même scène avec deux circonstances différentes. Que s’est-il passé entre les deux ? À vous d’enquêter.
Jennifer et Yannick, parents d’Ophélise, 7 ans, y ont joué avec Anaëlle, maman d’Alice, 11 ans. « Le jeu s’entame par un dialogue à bâtons rompus. Chaque équipe donne un maximum de détails sur la scène qu’elle a sous les yeux. Tout pousse à communiquer et à collaborer pour glaner un maximum d’indices », nous dit-on d’un côté. De l’autre, on ajoute : « C’est ultra satisfaisant de résoudre les énigmes en collectant et mutualisant un maximum d’indices, d’infos. On se plonge dans une ambiance d’escape game ». Élémentaire, mon cher Vidberg.
À partir de 10 ans

Jeu de société Avant-Après

Quittons l’univers impitoyable de l’enquête pour un autre nettement plus zen. Haïku (Multivers) est certainement le jeu le plus poétique et élégant de toute cette sélection. Ici, vous allez devoir révéler de superbes estampes au moyen de haïkus, vous savez, ces petits poèmes nés au pays du soleil levant. Vous gagnez ou perdez tou·tes ensemble. Tout est fin et magnifiquement édité.
Hasard des rencontres, il se trouve que c’est Faye, poétesse, qui y a joué avec d’autres enfants que les siens, Félicie, 9 ans, et Romy, 13 ans. « Je fais beaucoup d’animations dans les classes et ce très beau jeu me donne une idée. Dans un premier temps, je vais faire jouer les élèves par équipe avec les éléments pour composer les haïkus, puis je leur proposerai de créer leurs propres bouts de phrases. Ce que devrait faire chaque famille d’ailleurs. Et ça garantit une rejouabilité infinie. En tout cas, quel jeu, mais quel jeu ! ». Est-ce un haïku, ça ?
À partir de 8 ans

Jeu de société Haïku

Restons dans le domaine des mots avec L’île des mots dits (Matagot). Ce titre coche une case importante pour nous : il peut se jouer à une dizaine de joueurs et joueuses. Au préalable, vous désignez votre guide. C’est le ou la seul·e qui connaît le contenu des hexagones qui composent l’île que vous avez sous les yeux. Grâce à trois mots imposés, placés à des endroits précis de l’île, ce ou cette guide va tenter d’amener son équipe à faire les bons choix. Alors, au gré de tâtonnements, vous explorez et ramassez tous les trésors avant de trouver la sortie ensemble.
Sillonnons cette Île des mots dits avec Sophie, qui a guidé une troupe de huit enfants âgés de 7 à 17 ans. « Le jeu fait penser illico à Codenames. On se sent l’âme d’une exploratrice. Tout le long de la partie, on se rattrape ensemble, on s’aide, on réfléchit. Une même partie avec d’autres joueurs n’a rien à voir avec la précédente. Parfois, on a des coups de bol. Parfois, alors qu’on est à deux doigts de gagner, hop, on tombe sur la mauvaise carte. J’ai lu qu’il y en a cent différentes. Qu’il y a des niveaux de difficulté progressifs. Il existe même un mode compétitif que j’ai très envie d’essayer ».
À partir de 10 ans

Jeu de société L'île des mots dits

On reste chez Matagot, qui, après l’île à explorer, nous conduit au sommet d’une montagne avec The Peak Team. Dans cette sorte d’Aventuriers du rail en version coop, vous allez devoir affronter le jeu en réalisant des missions qui vont vous mener du col d’une montagne jusqu’aux berges de sa rivière.
L’équipe alpine d’Alban, Mirco et Louisa, 8 ans, en ressort rincée. « Whaou. C’est très immersif. Le thème est vachement présent. On éprouve très vite au fil des missions une sensation d’alpinisme. On en sort épuisé·es, mais c’est très drôle. Et qu’est-ce qu’on râle ! En gros, on utilise des cartes pour atteindre différentes destinations sur le plateau. Le truc en plus : les cartes qu’on a en main sont celles qu’on va fournir à ses coéquipiers et coéquipières. Et ça ne se passe jamais bien ! Plus on avance, plus on a de pions répartis sur tout le plateau. On ne sait jamais sur quoi on va tomber, ni comment utiliser au mieux les cartes pour aider les autres. Il y a plusieurs niveaux, le jeu évolue et nous veut du mal. À conseiller aux amateurs et amatrices de randos… et de jeux plus forts que nous à combattre ». Quelle idée aussi de défier la montagne !
À partir de 10 ans

Jeu de société The Peak Team

De la montagne à la ville, il n’y a qu’un pas à franchir avec City Tour (Blue Orange). Ce jeu de placement de tuiles vous paraîtra peut-être hyper facile à première vue, mais vous étonnera en y jouant. Conducteur ou conductrice de bus, vous devrez réaliser des missions visant à transporter des touristes dans Paper City. Pour cela, vous choisirez à chaque tour la meilleure de vos deux tuiles tirées à l’aveugle pour mettre votre bus sur le bon chemin.
Ce sont Sidonie, 10 ans, son père et sa grand-mère qui ont été les pilotes du joli petit bus 3D de City Tour. Verdict : examen de conduite parfaitement réussi. « C’est le genre de jeu familial par excellence : hyper rapide à comprendre, joli graphiquement et avec une mécanique de jeu simple et efficace. Ça paraît facile au début, mais, hop, un virage ou une ligne droite qu’on place mal et ça met le bus en difficulté. Il faut penser à avancer, mais aussi à la situation dans laquelle on met ses coéquipiers et coéquipières. On a aussi beaucoup aimé le côté évolutif des missions. On réussit, bim, on enchaîne et ça se complique avec des contraintes bien amenées ». Allez, prochain arrêt, la ludothèque familiale.
À partir de 7 ans

ZOOM

Take Time, coup de cœur absolu

Tous les ans, un jeu se démarque et nous apparaît comme une évidence. Si nous avons adoré Cardia, un excellent jeu, Take Time (Libellud) plane au-dessus. Parce qu’il n’est pas simplement juste et équilibré. Il fait partie de ces jeux - comme Bomb Busters l’an passé - qui peuvent potentiellement transformer notre perception. La première fois que nous y avons joué, trois heures se sont écoulées sans les voir passer. Qu’un jeu qui se nomme Take Time modifie la perception que l’on a du temps ? Pas mal.
Beaucoup de familles l’ont testé. Arielle, par exemple, avec ses deux enfants de 8 et 10 ans, nous dit : « C’est une sorte de The Mind, plus riche, avec différents défis ». Sarah, qui y a passé des heures avec neveux et nièces, de 8 à 14 ans, rejoue la partie. « Y jouer à quatre, c’est la meilleure combinaison. On établit une stratégie avant de regarder ses cartes. Une fois révélée, on ne se parle pas. Nous avons quatre cartes en main et devons les placer à tour de rôle autour du plateau, avec à chaque mission des contraintes différentes. On rate. On rit. On se charrie et on reprend. Puis, quand on réussit, on a le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’important. Ce n’est pas excellent. C’est ouf ». Seul hic de Marie, qui y a joué avec épouse et enfants de 8 et 9 ans : « On doit lui consacrer du temps. On y joue entre potes pendant la soirée ou avec les enfants dans l’après-midi. Pas le soir avant de se coucher quand on n’a plus de cerveau ». En un mot : prenez le temps de découvrir Take Time.
À partir de 7 ans

Jeu de société Take Time