Loisirs et culture

[ Sélection jeux 2025 ] On sait qui vous êtes, familles jouettes

La sélection jeux 2025 du Ligueur, présentation et contexte

Ce que vous avez sous les yeux est le résultat d’heures et d’heures de jeu au milieu de familles. Plein de familles. Du Brussel Games Festival (BGF pour les intimes) au salon Spiel à Essen en passant par Lolipop à Chimay, le B3 à Liège, et encore une école nivelloise ou la Roseraie à Uccle. Traquer le rire. Déceler la mécanique imparable. Épingler ce qui fait mouche. Repérer ce qui va vous rassembler autour des meilleurs jeux du moment et, surtout, comprendre qui vous êtes, vous, familles jouettes. Oui, notre métier n’est pas facile, on vous le concède.

On sait qui vous êtes, familles jouettes. Depuis des mois, des années, on part à votre rencontre. On vous rassemble autour de tables de jeux. Dans les ludothèques, les salons, les festivals, les magasins indépendants, les bars à jeux… Vous et vos enfants trépignez à l’arrivée d’une boîte de jeu neuve. Vous l’ouvrez donc. Ensemble. L’œil pétillant de gourmandise. Et c’est parti pour des aventures toujours plus démentes.

Un marché saturé

C’est encore ce qu’il s’est passé cette année. Ces petits moments ludiques ont un véritable pouvoir magique. Ils suscitent concentration, cohésion, suspens, joie, rires, effusions, râles. Frustration, aussi, parfois chez les plus compétiteurs ou compétitrices. De plus en plus, d’ailleurs. Et pour nous, scribouillard·es de l’ombre, chroniqueurs et chroniqueuses ludiques, voir à chaque fois cette magie opérer reste un moment fort.
Tout cela est d’autant plus gratifiant pour les éditeurs, éditrices, créateurs, créatrices et toute la charmante petite constellation du monde du jeu, que l’industrie pour laquelle ils et elles œuvrent — le ludo monde — est gravement menacée.
Récapitulons. Autour de 2020, l’univers du jeu a une santé pétaradante. Les familles sont confinées. Elles ont du temps, puisque tout autour d’elles est arrêté. Il faut s’occuper. Si possible, hors écran. Ouf ! Plateaux, cartes, dés, petits pions et autres vont alors jouer les artisans d’une échappatoire plus que souhaitée.
Puis, la crise se dissipe petit à petit, notre société retrouve peu à peu sa vitalité. Nos tribus jouettes ne perdent rien de leurs habitudes ludiques. Mieux encore, certaines développent une véritable passion du jeu. En quête du titre qui leur procurera les sensations propres aux Aventuriers du rail, à 7 Wonders ou à Caylus pour les plus geekos (qu’on salue au passage).
Bien conscient de cela, et plutôt que de consolider ses acquis et miser sur des sorties imparables, le marché du jeu prend le parti de multiplier les titres. Il ne devient pas glouton, mais bien vorace. Cette année, pas moins de 6 000 jeux voient le jour. « La quantité prime sur la qualité, déplore une chargée de communication d’un gros distributeur du Royaume. Je ne comprends pas pourquoi on s’entête à sortir des suites, des versions kids, des déclinaisons en tous genres d’un jeu qui a fonctionné. Aujourd’hui, un éditeur va multiplier les sorties, espérant publier LE titre qui lui assurera un avenir solide. On travaille moins la régularité et le bon travail de fond ».
Conséquences de cela ? Le marché est saturé. Impossible de suivre l’actualité du monde du jeu sans avoir le sentiment d’être englouti·e par un océan de productions. À cela s’ajoute le fait que si les familles ont jusque-là rempli leurs ludothèques à ras bord, elles sont aussi de plus en plus nombreuses dans une démarche décroissante — qu’on ne peut qu’encourager. Marc Sybile du magasin Lolipop à Chimay le répète à l’envi : « Je préfère que les parents passent du temps avec leurs enfants, plutôt qu’ils achètent des jeux et des jouets à profusion ».
Conséquence, l’industrie patine. On mise sur des petits jeux. Les joueurs et joueuses les moins bien loti·es se rabattent sur les ludothèques ou sur le marché de seconde main, dense et quasi inépuisable. Première victime ? Le monde indépendant. Vendeurs, vendeuses, éditeurs, éditrices… tous les artisans et toutes les artisanes qui vivaient principalement de l’idée de faire jouer un maximum de personnes de façon fine et intelligente tirent la langue. Ils et elles font face à des géants commerciaux qui engloutissent tout sur leur passage. Dans ce contexte, la créativité est de mise. Les solutions ? Elles se trouvent dans le collectif et la force du rassemblement.

jeu de société éléments classiques

2025, un excellent cru

Contexte mis à part, tout ce que l’on vient de dire n’entrave en rien les bonnes surprises, les bonnes sorties. Car, disons-le haut et fort : 2025 est une année exceptionnelle. Nous le clamions avec la même ardeur l’an passé, 2024 ayant vu naître des titres qui feront date. Notamment avec des trouvailles dans les petits jeux de cartes.
Cette année est un grand cru pour des raisons différentes, notamment cette tendance absolument jubilatoire des jeux à deux. Les lecteurs et lectrices qui suivent tout le long de l’année nos chroniques ludiques savent combien nous avons été fascinés par les inventions des jeux d’affrontements. 2025 a vu naître des hits qui marqueront sans doute la grande histoire ludique : Toy Battle et Mythicals, des pépites de chez Repos Production ; Agent Avenue, avec lequel Iello a mis la barre haut.
Mais d’autres catégories, toujours autant familiales, ont vu accoucher des titres imparables. Côté coopératif, des choses de l’espace comme Mieze Katze ou nos coups de cœur présents dans cette sélection. Jeux d’enquête, de plis, retour en force du jeu de dés, format maxi réduit ou boîtes XXL pour des parties de cinq heures… 2025 est riche, fabuleuse, hétéroclite.

Faites grandir votre famille dans le jeu

La sélection 2025 n'a pas d’autre ambition que celle de vous inciter à continuer à vivre tout cela. Que le jeu rentre dans vos habitudes. Qu’il accompagne vos tables de petit déjeuner le week-end. Qu’il supplée au maximum aux écrans. Qu’il vous fasse digérer les maux du monde. Qu’il fasse grandir vos enfants dans la joie et l’amusement. Qu’il permette de consolider des acquis, de la logique, de la tactique. Autour du jeu, vous fédérez, vous transmettez, vous vous déchargez du poids du quotidien pour être dans le plaisir pur.
« C'est le seul moment où l’on ne se s’engueule pas », plaisante un papa. Viennent en écho les paroles de cette maman hyper détendue autour d’une table, observant de loin sa meute tergiverser sur un point de règle du jeu : « Quand on joue, c’est le moment où je me laisse complètement porter. Pas de charge. Rien à décider. Je laisse les enfants et leur père tout prendre en main… et à la fin, c’est quand même moi qui gagne ».
Ce que vous avez entre les mains, ce n’est pas un catalogue. Mais bien le fruit de recherches incessantes, compulsives, pourrions-nous même dire, d’abord de l’équipe rédactionnelle, puis d’un travail de concertation avec celles et ceux qui œuvrent quotidiennement pour vous amuser, vous permettre de vous évader et bien plus encore.
Le jeu, ce n’est pas qu’un simple passe-temps. C’est un produit culturel, parfois de l’art, parfois des bouts d’univers. On prend très au sérieux le fait de vous divertir. C’est tout ce que l’on vous souhaite au sortir de ces pages. D’être toujours plus curieux, curieuses, de pousser les portes de votre magasin de jeu indépendant préféré et de dire : « Tiens, j’ai lu ça dans la sélection du Ligueur, ça a l’air super, tu peux nous en dire plus ? ».
Et, qui sait, ce bête jeu deviendra peut-être votre incontournable familial. Voyagera avec vous en vacances, au resto ou pendant vos randonnées. Passera l’épreuve du temps. Peut-être qu’un jour, vos propres enfants le feront jouer à leur tour à leurs enfants en leur disant : « Tu vois ce jeu, c’est toute mon enfance ». On espère secrètement qu’il est là, caché dans cette sélection.

L'intégralité des jeux de la sélection 2025 est à retrouver ici