Loisirs et culture
Chaque année, au cours des tables de jeux que nous organisons pour les besoins de cette sélection, nous faisons le constat : le jeu rassemble. Au-delà de toutes différences. Le festival Jeu t’aime qui œuvre dans ce sens partout en Wallonie et à Bruxelles met particulièrement l’accent sur ce grand melting-pot.
Dans une société de plus en plus divisée, il existe une arme magique : le jeu. Inclusif, au-delà du handicap, du genre, de la condition sociale. Bien conscient de cela, Yapaka chapeaute depuis quinze ans un festival ludique qui va dans ce sens.
Créé d’abord à Bruxelles, le festival s’étend à Liège, Charleroi, Mouscron, Namur, Tournai… puis dans de plus petites villes, souvent à l’initiative de ludothèques. Dans ce magma qui « mesure la réussite des évènements aux sourires récoltés », selon Olivier Grégoire de Ludeo, le centre de ressources ludiques de la Cocof, nous nous intéressons au tournoi mis en place par Let’s play together, ludothèque associative nomade, l’asbl À qui de jouer et Ludeo.
L’improbable social
Le principe ? Organiser une compétition autour de quatre jeux primés par le label Ludo. À savoir : Bug it (Djeco), Courtisans (Catch up Games), Jungo et Trio (Cocktail Games). Au préalable, des équipes de quatre se sont constituées. Elles ont la possibilité de s’entraîner en amont. Pour garantir une équité parfaite, les organisateurs et organisatrices se déplacent partout dans la région bruxelloise pour expliquer les jeux. Les prêter, voire les offrir. Une manière de mettre en avant le dynamisme des ludothèques.
« La lecture des règles reste une difficulté, un frein. C’est notre métier d’expliquer et ça détend énormément les familles quand elles n’ont pas cette charge. C’est aussi l’occasion de sortir le jeu de son système commercial. D’y injecter une vision circulaire. Les intérêts changent, la durée émotionnelle d’un jeu n’est pas éternelle. Pourquoi ne pas emprunter et favoriser un échange ? », expliquent d’une seule voix nos intervenant·es.
Le jour J, soit ce 30 novembre, tout le monde arrivera en connaissant les règles et bien décidé à porter haut les couleurs de son équipe. Débutera alors la partie, mais il y aura un « twist », comme on dit dans le monde du jeu, puisqu’on ne jouera qu’avec des partenaires de jeux différents, afin de bien mélanger tout le monde. Le tout est alors animé et arbitré de main de maître par l’asbl À qui de jouer.
« Notre volonté, c’est de faire en sorte qu’il se passe un maximum de rencontres tant issues du monde associatif que des familles ou autres. L’enjeu est de susciter l’improbable rencontre sociale », explique alors Sabrina Messahel de Let’s play together. Mélanger les familles, le plus de familles, pas juste celles souvent aux trajectoires de vie plus confortables, qui ont des habitudes de jeux, voilà un bel objectif.
Triomphes éclatants ou frustrations excessives
Pierre angulaire de cette rencontre ? L’idée que c’est bien beau de gagner, mais que le plaisir de la compétition est ailleurs. Une façon d’apprendre à accepter de perdre. « Il me tient à cœur que les joueurs et joueuses retiennent d’abord l’importance du plaisir du jeu. C’est pourquoi tout le monde repart avec des lots. Faisons de la compétition pour nous marrer », rejoue Olivier Grégoire.
Cette idée est primordiale pour les comparses qui évoquent un autre projet emballant pour un bon nombre d’acteurs et d’actrices du monde du jeu. Celui de deux journées destinées à des ludopédagogues, mais aussi à des enseignant·es, à des éducateurs ou éducatrices.
Ces ateliers se font autour d’une thématique forte. Ils s’attaquent cette année à la délicate problématique de la défaite dans les jeux, présente dans les discussions tant du côté des professionnel·les que des parents. Comment canaliser les triomphes éclatants et les frustrations excessives de nos petit·es ? Quelle dose faut-il de compétition acharnée et de saine émulation ? Et que faire de toutes ces séances de jeux : des leviers d’apprentissage, d’émancipation ou de socialisation ? Ce sont des questions que nous avons également à cœur d’explorer et qui démontrent une fois de plus l’importance du jeu dans l’éducation, qu’elle soit familiale ou sociétale.
Un premier enseignement à tirer ? Continuons à jouer.
ZOOM
À vous de jouer
- L’asbl À qui de jouer, qui anime et organise le tournoi le jour J
- Let’s play together qui coordonne et programme les Rencontres Jeu T’aime
- La page Facebook des Rencontres Jeu T’aime
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