Vie pratique
L’ARCHIVE DU MOIS
Événement en ce début septembre 1994. Un drôle de personnage, dont le visage semble avoir fusionné un troll des Fagnes et un extraterrestre de Roswell, déboule dans le paysage médiatique belge. Son nom ? Bla-Bla. C’est la vedette de la rentrée télévisuelle de la RTBF. Du moins pour les enfants. Car cette marionnette a été chargée d’animer les débuts de soirée pour les plus petit·es sur Télé21. Pour ces premiers numéros, l’émission diffusera notamment des épisodes de Oui-Oui, le monde irrésistible de Richard Scary, les Bizardos ou encore le Cinquième mousquetaire. Bla-Bla étant un maître de cérémonie tellement vivant « qu’il nous ferait presque oublier qu’il est une marionnette ».
Des photos de Bla-Bla, il y en aura encore dans le Ligueur. C’est que cet animateur pas comme les autres va assurer seize années de bons et loyaux services pour la grande joie des « lardons ». Ceux-ci (les enfants) seront salués chaque soir pour évoquer une journée qui, invariablement, n’aura pas été « ordinaire ». Cette endurance permet, encore aujourd’hui, à Bla-Bla de figurer parmi les personnages emblématiques de la RTBF. Il a foncièrement marqué une génération. Cette célébrité lui permettra même de décrocher un disque d’or.
Un Bla-Bla engagé
Un des faits d’armes de Bla-Bla sera d’avoir stimulé le sens critique des jeunes téléspectateurs et téléspectatrices face à la publicité. Chaque émission se clôture en effet par une petite chanson dont les paroles sont « Je bouche mes yeux, je cache mes oreilles et je r’garde pas... la pub… Eeeerk ! ». Cet hymne final est révélateur du côté engagé de ce personnage atypique qui n’hésitait pas à aborder des thématiques sensibles (comme l’immigration, la protection de l’environnement).
Autre ingrédient du succès, l’apparition de personnages récurrents qui n’avaient pas leur langue en poche comme Monsieur Virgule (incarné par le jongleur de mots Bruno Coppens) et Louis Toupti, un lutin vert qui était l’invité du vendredi et auquel Jean-Louis Sbille donnait ses traits. Ah, on l’aime bien au Ligueur celui-là, parce qu’il faisait découvrir des tas de livres pour enfants.
Jean-Louis Sbille, justement, était interrogé en 2019 pour les 25 ans de l’émission. Il soulignait ainsi le côté « militant » de Bla-Bla : « Je me souviens d’une émission sur les sans-papiers. À l’époque, une famille russe vivant en Belgique était menacée d’expulsion. Elle était très bien intégrée, mais elle était sans-papiers. Un groupe de soutien s’est formé à Gembloux. On a eu vent de cette histoire et on a eu l’idée d’inviter la petite fille de cette famille russe dans l’émission. Elle a joué son propre rôle. Elle était assise sur le banc devant la ‘blamatique’, Bla-Bla la voit et discute avec elle. Il lui répond que nous ne sommes pas d’accord qu’elle soit renvoyée dans son pays et invite les lardons à envoyer une lettre pour le signaler ».
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