Loisirs et culture
L’année n’est pas finie, mais cet album au dos toilé publié par les éditions du Rouergue est sans doute ma pépite 2026. Le genre de livre qui nous emporte et qu’on ne lâche pas avant de l’avoir fini. Et tant pis pour le reste !
C’est un livre qu’on croirait écrit par une enfant tellement les réparties de Timi et Titouan, les deux frères, sonnent juste aux oreilles des jeunes lecteurs et lectrices. Mais il y a aussi énormément de profondeur et de finesse dans ce texte écrit par l’autrice française Myren Duval, expatriée au Népal, qui partage sa vie entre l’enseignement et l’écriture. Revenons à Titouan, le grand, et à Timi, le petit. L’histoire commence la nuit, Titouan vient chercher Timi dans son lit pour l’emmener voir leur maman. Commence alors un road-trip sur les traces de leur mère disparue.
Terre-à-terre ou perché
Le duo se fait la malle de nuit, en douce, il faudra dormir dans l’abri en attendant que le premier bus arrive. On sent Timi apeuré à l’idée de voyager à deux. Il partage ses craintes. Ont-ils le droit de voyager sans adulte pour les accompagner ? Les questions s’enchainent. Titouan prend sur lui et essaye de donner le change comme il peut.
Le roman graphique alterne les planches de bande dessinée où l’on suit la progression des frérots et une narration dans laquelle on rentre en connexion tantôt avec les pensées de Timi, tantôt avec celles de Titouan. Timi, 4 ans et demi, est en plein dans la pensée magique. Des aiguilles de montre qui n’aiment pas bouger, des baskets qui parlent, les fantômes et loups garous qui peuplent la nuit, le petit frère embarque le lecteur ou la lectrice dans un récit fantastique. Quant à Titouan, il philosophe à propos de ce petit frère décalé. « Si Timi était un pays, je ne saurais pas dans quelle catégorie le classer. Développé ? Émergent ? Moins avancé ? Émergent sans doute . Timi nous fait nous envoler dans un pays imaginaire et Titouan nous ramène dans des pensées terre-à-terre.
Quand les rôles s’inversent
Au fil du récit, on cerne de mieux en mieux la situation familiale des frangins. Une situation inversée où le grand frère devient la figure paternelle. Et aussi un peu la mère, puisqu'on comprend au fil des pages que la maman est morte. On prend alors la mesure de tout le déni déployé par Timi. Face à la tombe maternelle, il doit se rendre à l’évidence et Titouan se fait tendre. Quand le duo tente un rapprochement avec le père, c’est Titouan qui est triste et Timi qui fait diversion pour le dérider.
À la fin de l’histoire, Timi se fait plus grave. « Si papa ne veut pas de nous et que maman n’est plus là, ça veut dire qu’on n’a pas de famille ». Et le grand frère de répondre : « Timi, deux personnes, c’est une famille. On est une famille ». On serait tenté de dérouler toute l’histoire tant la tendresse et l’humanité égrainent les pages.
Une délicieuse lecture à trois
J’ai eu le plaisir de découvrir cette pépite entourée de mes deux enfants, Paul, 12 ans et Félicie, 10 ans. Sa lecture nous a valu de bons fous rires comme quand Timi comprend bœuf pour vache et se demande qui est Gricole en réponse à son frère qui cherche la coopérative agricole. Une lecture qui donne à voir un modèle familial différent, qui interroge les rôles et places dans une famille où les parents sont absents. Bref, beaucoup de matière à discussion et à réflexion. Chapeau aussi à l’illustratrice Emma Constant qui donne vie et couleurs aux deux personnages de l’histoire, sans oublier tout le monde fantastique de Timi rendu en images.
Le mot de la fin revient à Félicie : « C’est à la fois un livre triste et marrant. Timi fait beaucoup rire avec ses remarques décalées et c’est touchant de voir comment Titouan s’occupe de son petit frère même s’il l’énerve ».
- Tant pis pour les fantômes, Myren Duval et Emma Constant (Éditions du Rouergue)
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