Grossesse
PRÊTS POUR LE JOUR J ?
L’accouchement est imminent. L’excitation est à son comble, le stress monte d’un cran. Envie et peur à la fois d’y être, enfin. Impatience de faire « en vrai » ce que votre préparation à l’accouchement vous a appris. Conscience aussi qu’un accouchement comprend toujours une part d’inconnu…
C’est clair, un accouchement n’est pas l’autre. Les pratiques diffèrent d’une maternité à l’autre. Et tous les gynécologues, toutes les sages-femmes ne sont pas interchangeables : à chacun, à chacune son style. Ceci étant dit, il y a des infos bonnes à connaître par toute future maman et tout futur papa, même si vous avez votre sage-femme privée ou que l’accouchement a lieu dans un gîte de naissance implanté au cœur d’un hôpital ou en maison de naissance. Des infos qui sont comme des balises qui vont vous guider… Alors, avant que vous ne fassiez le récit de « votre » accouchement à vous, bien réel et unique, voici quelques repères avec Graham Hutchings, gynécologue-obstétricien à la maternité Delta (CHIREC), à Bruxelles.
Un accouchement comprend le travail, la naissance du bébé et la délivrance du placenta.
Il y a contraction et contraction !
Le travail se compose de différentes phases. Le savoir permet de comprendre qu’il y a contraction et contraction (de l’utérus), et d’estimer au plus juste quand partir à la maternité.
La première phase va des premières contractions à la dilatation complète du col de l’utérus, à 10 centimètres. Elle est elle-même constituée d’une phase passive (la tête du bébé appuie contre le col et celui-ci se modifie sous l’effet des contractions) et d’une phase active (le col, déjà dilaté à 3 centimètres, continue à s’ouvrir peu à peu).
Les contractions ressenties lors de la phase passive n’ont rien à voir avec celles qui se produiront après. Cette phase passive, d’une durée variable selon les femmes, peut être longue, très longue (surtout pour une primipare), avec des contractions qui viennent, passent, reviennent et qui sont parfois douloureuses. « La future maman qui sait cela et est en confiance peut largement vivre cette phase passive à la maison, explique Graham Hutchings. Si elle a besoin d’être rassurée, rien ne l’empêche de téléphoner aux sages-femmes de la maternité pour demander un avis ou de s’y présenter pour être examinée. » Il n’est pas rare qu’après 24 ou 48 heures de contractions, des femmes se précipitent à la maternité, sûres que c’est le « bon » moment… alors qu’elles sont juste à 2 centimètres. Retour à la maison, peut-être un peu déçues, peut-être avec la peur de ne jamais arriver à ces fameux 10 centimètres.
L’accueil à la maternité
Arrivée à la maternité. Et prise en charge par l’équipe des sages-femmes, sous la supervision du gynécologue. Un anesthésiste et un pédiatre peuvent être appelés si besoin. Une sage-femme interroge la future maman sur ce qui s’est passé jusque-là, l’examine pour savoir où en est l’évolution du travail, identifie les facteurs de risque éventuels. Si les parents viennent avec un projet de naissance, il est lu ensemble. Ce document donne une idée de leur accouchement idéal. « Mais il se doit d’être réaliste, pour éviter les déceptions », prévient le gynécologue. Par exemple, sur la question « péridurale ou pas ? », le choix de la maman peut être clair sur papier, mais la réalité va peut-être en décider autrement. Et faut-il souligner qu’on refuse une césarienne quand on sait que son médecin ne pratique cet acte chirurgical que pour des raisons médicales ?
Un accouchement peut durer très longtemps, surtout si c’est votre premier enfant. Votre maître atout, alors : la patience !
Souvent, un monitoring est installé pour surveiller le rythme cardiaque du bébé ainsi que les contractions utérines. La future maman peut demander un lavement si elle stresse à l’idée d’aller à la selle au moment où elle devra pousser. Un cathéter intraveineux est placé dans son bras au cas où il faudrait lui administrer des médicaments de façon sûre et rapide.
Et, last but not least, « il faut de la patience ». La future maman est invitée à alterner les moments d’activité – être debout, marcher, bouger afin de faire bouger son bassin, ce qui permettra à la tête du bébé de s’engager plus facilement vers la sortie – et les moments de repos. Le futur papa (ou toute autre personne de son choix) est là pour la soutenir : « S’ils ont préparé ensemble l’accouchement, ils vivent ensemble ces moments, ils en profitent ensemble. » Le travail se poursuit, cela peut prendre du temps. Une sage-femme vient régulièrement évaluer son évolution.
Juste avant la naissance…
La première phase du travail se termine par un moment de transition (quand la dilatation du col est entre 8 et 10 centimètres). Au cours de celui-ci, la femme sent un changement en elle : les contractions deviennent plus fortes, les douleurs plus intenses. Le soutien du papa, de la sage-femme lui permettra de supporter au mieux ce cap.
Lorsque la dilatation du col est complète (et donc, de 10 centimètres), deux pratiques existent : soit la future maman attend un moment pour que la tête du bébé descende un peu dans le vagin, soit elle se met directement à pousser en même temps que les contractions. Nous voilà dans la seconde phase du travail, appelée aussi phase d’expulsion. Elle peut être plus ou moins longue – en moyenne, 50 minutes pour un premier bébé, 18 minutes pour un deuxième. Le gynécologue est présent. Si tout l’accouchement se déroule avec une sage-femme, une deuxième sage-femme l’assiste.
Cette phase d’expulsion est fatigante : « La maman a besoin d’être en confiance, elle a besoin de savoir que tous les bébés sortent, que c’est normal que cela prenne du temps… et que c’est normal qu’elle se mette à penser que son bébé ne sortira jamais », rassure Graham Hutchings. C’est millimètre par millimètre qu’il avance… « La maman ne doit pas trop s’inquiéter si la sage-femme lui lance des "Plus fort", des "Faites ceci", des "Faites cela" : ce n’est pas qu’elle fait mal les choses, mais on veut juste optimiser ses efforts expulsifs. »
D’une manière générale, différents moyens existent pour atténuer la douleur (ballon de kiné, bain détente…). Si celle-ci devient difficilement supportable et que la maman en fait la demande, une péridurale est mise en place par un anesthésiste.
Pour rendre les conditions de la naissance optimales – et que ce soit tout bénéfice pour le bébé et la maman –, l’expulsion peut être facilitée par l’utilisation de forceps ou d’une ventouse. Pour un premier bébé, il y a de 10 à 15 % de chances qu’on y ait recours. Ces instruments peuvent aussi être employés en urgence, quand la situation devient une source de stress pour le bébé.
Parfois, une épisiotomie (ou incision dans le bas du vagin) est pratiquée quand la sage-femme ou le gynécologue le juge nécessaire.
… et juste après
À peine né, le bébé est déposé sur la peau nue de sa maman, entre ses seins. C’est normal qu’il crie tout de suite : il remplit ses poumons avec de l’air. Dans la majorité des cas, on attend quelques instants avant de couper le cordon, le temps qu’il reçoive un petit peu de sang du placenta. On ne le pèse pas et ne le mesure pas non plus immédiatement. Le contact peau à peau, en priorité ! Pendant les deux premières heures qui suivent sa naissance, le bébé est très alerte. Les yeux bien ouverts, il échange avec sa maman, son papa. Il s’habitue à son nouvel environnement. Il va vite montrer aussi des signes qu’il veut téter.
Dans les minutes qui suivent la naissance, le placenta se décolle de l’utérus et est expulsé spontanément.
Quand l’accouchement est provoqué…
Les lignes que vous venez de lire parlent d’un accouchement spontané et par voie naturelle. À tout moment, pour une raison médicale, une césarienne peut être pratiquée en urgence. Parfois, l’accouchement est programmé et provoqué, avec à la clé une naissance par voie naturelle ou une césarienne si nécessaire. Parmi les raisons qui poussent à provoquer l’accouchement : un dépassement de terme, un bébé trop grand ou trop petit… L’administration d’un médicament va préparer le col de l’utérus et faire démarrer le travail. En cas d’échec du déclenchement, de stagnation de la dilatation du col ou de souffrance du bébé, une césarienne sera pratiquée.
À chacun, à chacune de vous, maintenant, d’écrire le récit de « votre » accouchement. Un souvenir fort pour la vie…
BON À SE RAPPELER
- Un accouchement est une aventure imprévisible. « Un peu comme un voyage où la maman serait la passagère dans une voiture conduite par quelqu’un d’autre », résume joliment le docteur Hutchings. Vous pouvez exprimer ce que, idéalement, vous souhaitez et ne souhaitez pas, mais certaines choses vous échapperont. Ce qui compte alors, c’est qu’elles fassent sens pour vous : « Une épisiotomie peut être vécue comme une violence, mais si, avant l’accouchement, on explique à la maman qu’il est possible qu’on en fasse une et si, quand on la pratique, on explique pourquoi on la fait, le vécu sera différent. »
- Un état précieux : vous sentir en confiance, « parce que vous avez eu une bonne préparation, parce que votre conjoint est avec vous, parce que vous avez choisi où vous alliez accoucher et avec qui… ».
- Un accouchement peut durer très longtemps, surtout si c’est votre premier enfant. Votre maître atout, alors : la patience !
- Les nouvelles mamans devraient arrêter de penser qu’elles ont eu l’accouchement qu’elles méritent ! « La maman est évidemment impliquée, il y a des choses qu’elle peut faire avant et pendant le travail pour optimiser son accouchement, mais s’il y a des complications, ce n’est pas de sa faute ! »
- Enfin, rappelez-vous qu’aucune question n’est idiote. « Si une patiente pose une question, c’est parce qu’elle a besoin d’une réponse claire et que, jusque-là, elle n’en avait pas ! » Et si vous vous renseignez sur Internet, faites-le avec précaution : « Je dis toujours que Docteur Google n’a pas son diplôme de médecine ! » Et validez les infos trouvées avec les professionnels qui vous suivent pour qu’ils puissent les appliquer à votre situation singulière.
POUR ALLER + LOIN
La Plateforme citoyenne pour une naissance respectée est un collectif qui rassemble des usagères, des professionnels de la santé, des associations (dont la Ligue des familles), des féministes… Elle défend « le droit des femmes à choisir les circonstances de leur accouchement dans l’intérêt des nouveau-nés, des mères et de leur partenaire ». Pour cela, elle informe, sensibilise, fait du plaidoyer.
Ses revendications ? Une information systématique et complète sur l’accouchement ; une transparence des pratiques hospitalières et extra-hospitalières ; une prévention des interventions médicales non justifiées ; un renforcement des compétences et de la complémentarité des différents professionnels de la naissance.
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