Vie pratique

L’attente des presque grands-parents

L’annonce de l’arrivée de bébé et la naissance, c'est une sacrée attente pour les futurs grands-parents

Entre l’annonce de l’arrivée de bébé et la naissance, les futurs grands-parents sont aussi dans l’attente. C’est un saut de génération à l’horizon. Un rôle à s’imaginer ou à réinventer. Gros plan sur cette période de transition.

Une échographie cachée dans une petite boîte enrubannée. Une paire de chaussettes minuscules refilée sans commentaire, mais avec un petit sourire entendu. Un pyjama riquiqui offert sous le sapin de Noël. Voilà ce à quoi ils et elles ont été confronté·es récemment. Pour certains et certaines, la grand-parentalité est devenue une réalité ces dernières semaines, ces derniers mois. Pour d’autres, c’est une perspective attendue mais encore un peu floue. Nous avons voulu prendre le pouls de ces grands-parents, tout frais ou en devenir. Saisir ce moment particulier entre l’annonce et la naissance. Comment a-t-il été vécu ?
Sans surprise, il y a autant d’expériences différentes que de grands-pères ou de grands-mères. Chacun, chacune vient avec son expérience familiale, ses propres points de repère. Reynold approche de la soixantaine, sa grand-parentalité, il y a été confronté il y a deux ans. L’annonce de la naissance, il s’en rappelle très bien : « C’était au restaurant. Nina, ma fille, m’offre un petit cadeau format CD. Je l’ouvre et là, je tombe sur un bouquin pour enfants de la série Les Monsieur Madame intitulé Mon Papi. Je n’ai pas capté du tout. Je lui ai expliqué que j’étais son papa, pas son papi. Là-dessus, elle me répond que c’est bien le bon livre. Là, j’ai dû encore réfléchir quelques secondes avant de réaliser la chose ». 

Toujours jeune

Reynold l’avoue, dans sa tête, il a toujours 20 ans. Il ne se voyait pas comme un papy. Ainsi, peu après la naissance, il se baladait avec son troisième enfant, âgé de 17 ans. Quelqu’un lui dit : « C’est chouette de se balader avec son grand-père ». Ré (c’est son surnom) ne fait ni une, ni deux. Il se rase bouc et moustache. « Cela m’a rajeuni de dix ans. Je ne cherche pas le jeunisme, mais je trouve que l’image que je donnais ne correspondait pas à mon âge ».  Reste à trouver sa place de grand-père, avec une question : « Comment définir le rôle d’un grand-père quand on est encore jeune et actif ? ».
Reynold constate : « Par rapport à mon petit-fils, je ne ressens pas la même ‘obligation’ que quand j’étais parent. Pour moi, l’important, ce sont les moments que je crée, que je vais créer avec lui ». Des instants choisis et à savourer une fois qu’ils se présentent, car il y a la distance. Le petit habite à Liège et le grand-père toujours vert à Belœil. Une fameuse trotte.    
La distance. Dominique et Véronique la vivent pleinement dans leur jeune grand-parentalité. Leurs fils et belle-fille habitent l’île de la Réunion. Le petit Victor est né il y a tout juste deux mois. Quand on joint le couple, il est sur place. C’est la première fois qu’il voit l’enfant en vrai. « Lorsqu’ils nous ont annoncé la nouvelle l’année dernière, ça a été une de mes premières préoccupations. Savoir quand on allait pouvoir le rencontrer. Comment on allait gérer cette distance ».
La technologie a facilité les choses. « Pendant la grossesse, ils nous tenaient au courant régulièrement, envoyaient des photos, des vidéos. L’éloignement finalement n’était pas trop source d’inquiétude ». Reste qu’après l’accouchement, il a fallu encore patienter deux mois. « Et là, c’est vraiment la grande joie, explique Véronique. On a trois semaines pour se remplir de souvenirs et mieux revenir après ».
Après l’annonce de la grossesse, Véronique ne s’est pas posé trop de questions. « C’était dans l’ordre des choses de devenir grand-mère. Je me disais que ça arriverait quand ça devait arriver ». Dominique, lui, était un peu plus en attente. « Être grand-parent, je m’y étais préparé et je le vis maintenant. Cela faisait déjà deux ou trois ans que je me disais : ‘Quand vont-ils nous annoncer quelque chose ?’. J’ai quand même déjà 63 ans. J’avais envie de partager des choses sur la longueur avec mes petits-enfants ».

Des rôles à inventer

Une des satisfactions de Dominique, c’est de voir son fils dans son rôle de père : « C’est un chouette papa, c’est émouvant à voir ». Ce changement de rôle, Catherine vient aussi de le vivre, il y a quinze jours. « C’est mon bébé qui devient maman. Parce que oui, même si elle a 24 ans, ça reste mon bébé ». Question distance, on est loin des préoccupations de Dominique et Véronique puisque, pour l’instant, la fille de Catherine vit sous le toit familial. « Lorsqu’ils nous ont annoncé la nouvelle, ils n’avaient pas encore acheté leur maison. Je ne m’y attendais pas. D’autant que c’est la cadette ».
Cette proximité a été riche pour les futures mère et grand-mère. « Dès le départ, je lui ai dit : ‘Voilà, si tu veux des conseils, je peux t’en donner maintenant, tu peux aussi les chercher ailleurs, mais je suis là pour toi’. Résultat, elle s’est beaucoup confiée, a posé beaucoup de questions. Je lui ai raconté mes grossesses, la sienne notamment. C’était gai de partager ça ».
À l’heure de devenir grand-mère, Catherine a donc vu son rôle de mère prendre une autre dimension. « Cela, je ne l’ai pas vécu avec ma maman. Elle ne m’a pas parlé des douleurs, etc., c’était une autre génération. Là, j’ai vécu la grossesse avec eux. En tant que mère. Sans me projeter en tant que grand-mère ».
Au moment où nous l’interrogeons, Erwin n’est pas encore grand-père. Mais c’est pour bientôt. Il sait depuis l’été dernier. Mais il a dû garder le secret, lui qui avait envie de crier sur tous les toits : « Youpi, youpi, je vais être grand-père ! ». C’est que pour le papa d’Estelle, l’expérience était vivement attendue. « Je n’ai pas vraiment connu mes grands-pères. C’est ça qui est assez excitant pour moi, inventer un rôle, trouver mes propres repères. C’est génial. Pour la fameuse question du nom de grand-parent, j’ai opté pour papy-lazuli ». Erwin a ainsi recyclé un pseudo qu’il utilise dans ses incursions artistiques pour marquer cette volonté de créer une relation inédite, inventive, sans vraies références familiales.
Au détour d’une phrase, Erwin exprime aussi un autre ressenti. « J’ai l’impression que ça t’enracine encore plus profondément que quand tu deviens père », explique le futur grand-père qui se réjouit de voir sa fille vivre l’expérience de la parentalité malgré « les temps compliqués traversés » qui pourraient en dissuader beaucoup d’être papa ou maman. « Cela m’excite vachement tout ça. Je vais refaire des pâtés sur le sable ».