Développement de l'enfant
Qu’il frappe, casse, abime ou crie, le jeune enfant multiplie les tentatives pour attirer l’attention de ses parents sur lui. Et ça fonctionne. Voici quelques pistes pour l’apaiser.
Le jour de sa naissance, il était aux anges. Sur la photo qui immortalise la rencontre avec son petit frère, il a un sourire jusqu’aux oreilles. De bon augure… mais la lune de miel aura été de courte durée. Quelques jours à peine pour que ce petit frère devienne trop accaparant au goût du grand. Toujours fourré dans les bras de maman. Souvent pendu à son sein.
À la maison, Marcel, 2 ans et demi, commence à montrer un visage beaucoup moins angélique. « On prend le goûter calmement et, tout à coup, il envoie son bol de fruits par terre. On lit un livre, il le déchire. Il n’y a pas de signaux avant-coureurs. C’est très déstabilisant ».
Quand elle va le chercher à l’école, Amélie se promet de tenir bon, de ne surtout pas céder à l’énervement, ce n’est qu’un enfant. Mais, à peine arrivé à la maison, c’est la bérézina et sa patience est à bout. Éclatant de façon impromptue, ces comportements violents désarçonnent les parents. Ils ont l’impression d’avoir affaire à un tout autre enfant.
Ces dernières semaines, Marcel a musclé l’affaire. Son père l’a surpris en train de rayer la carrosserie de la nouvelle voiture familiale avec une pierre. Le même jour, il a frappé sa grand-mère et dessiné sur les murs. Marcel s’est aussi mis à pincer son frère. Autant de comportements inacceptables.
Discuter, isoler, menacer, les parents ont tout essayé. « On se sent complètement dépassé ». À bout d’arguments, ils ont craqué. Une tape sur la main ou une fessée. Seulement, Marcel semble tout à fait indifférent. « C’est comme si ça glissait sur lui. »
La naissance rebat les cartes
Dans un précédent article consacré à la jalousie des aîné·es (Mes parents m’ont fait un enfant dans le dos), Pauline Delannoy, psychologue à l’UMons, expliquait : « La naissance d’un nouvel enfant vient bousculer l’équilibre familial. Lorsqu’un équilibre est chamboulé, la famille entre en crise ». Une crise dans le sens où la naissance rebat les cartes et change les places de la fratrie.
Ainsi, Marcel passe du statut de cadet à l’enfant du milieu. La bonne nouvelle, c’est que la crise ne va pas durer indéfiniment. Il s’agit d’une période transitoire durant laquelle chacun·e doit trouver ses marques et s’ajuster à sa nouvelle place. C’est toujours bon de se le rappeler (la question se pose aussi lors du départ de la maison des enfants) .
En attendant, comment faire face aux comportements violents de Marcel ? Comment éviter l’escalade ? Quels sont les mots qui sonnent juste aux oreilles d’un enfant de 3 ans ? Deux psychologues nous aident à dégager quelques pistes.
Mettre des mots
Commençons par l’info la plus importante : l’enfant n’a pas d’intention violente ou méchante. Il teste. Qu’il frappe, casse ou abime, peu importe la stratégie, Marcel manifeste son mécontentement. Lui qui était le petit dernier chouchouté, bébé lui vole la vedette. Les parents ont beau lui dire qu’ils l’aiment comme avant, il voit bien que ce n’est plus pareil. Il craint d’être moins aimé et fait tout pour ne pas se faire oublier.
« Punition et récompense appartiennent au même registre et les études ont démontré qu’elles peuvent renforcer le comportement problématique et ne sont donc pas efficaces »
Mireille Pauluis, psychologue, utilise un exemple parlant pour comprendre ce que Marcel ressent. « Imaginez, vous rentrez un soir et votre compagnon/votre compagne vous annonce qu’il/elle aime une autre femme/un autre homme. Il/elle vous rassure en vous disant qu’il/elle vous aime toujours, mais que, dorénavant, vous vivrez avec lui/elle et sa maîtresse/son amant. Comment réagiriez-vous ? ».
Notre experte trouve intéressant de se mettre dans la peau de l’enfant avec ses possibilités du moment. « La première chose à faire, puisqu’il n’a pas les mots, c’est de décoder la situation pour lui. Par exemple, ‘Je vois que tu es fâché, tu pensais que tu pourrais jouer avec lui, lui donner à manger, mais il est encore trop petit’ », conseille Mireille Pauluis.
Les mots des parents vont aider à contenir les pulsions de l’enfant. Le fait d’expliquer ce qu’on croit qu’il se passe à l’intérieur de lui constitue un soutien important pour l’enfant. Pour l’aider, on peut aussi lui montrer les photos de quand il était petit. L’idée : qu’il comprenne que lui aussi a été comme ça et que, comme lui, le bébé finira par grandir et aura moins besoin des parents.
Autoriser la crise
Autre point d’attention : ne surtout pas chercher à éviter la crise, c’est contre-productif, remarque Florence Hermans, psychologue. Plutôt que de mettre de l’énergie à chercher à l’éviter à tout prix, mieux vaut l’orienter en proposant des pistes acceptables. Pourquoi pas crier ou taper dans un coussin ou se défouler dans le jardin ? C’est toujours mieux que dézinguer les murs du salon à coup de marqueurs !
Le fait d’autoriser la crise permet de ne pas entrer dans un jeu d’escalade et fait redescendre la tension. Ça ne veut pas dire accepter tout comportement pour autant. Le non doit être ferme, clair et définitif. Quand c’est non, c’est non. « Marcel cherche à attirer l’attention. Comme beaucoup d’enfants, il confond attention positive et attention négative. Ce qui a pour effet de renforcer ses comportements négatifs », poursuit Florence Hermans.
Autre piste suggérée par Mireille Pauluis : créer un coin « attrape colère ». On peut le construire avec lui en choisissant les éléments qui lui font du bien, comme un gros coussin, une couverture douce ou son doudou. Cet espace permet d’être contenant pour l’enfant. À cet âge, c’est important de maintenir le contact visuel avec l’enfant, puisqu’il a peur de ne plus être aimé. Plus tard, vers 4-5 ans, il pourra aller se calmer seul dans sa chambre.
Beaucoup de parents recourent à la récompense ou à la punition. Est-ce une bonne stratégie ? « Toutes deux appartiennent au même registre et les études ont démontré qu’une punition ou une récompense peuvent renforcer le comportement problématique et ne sont donc pas efficaces », constate Florence Hermans. Ce qui ne veut pas dire pour autant que le parent ne peut pas prendre des mesures.
« On peut exprimer à l’enfant qu’on est fâché de son comportement, que, puisqu’il n’utilise pas les marqueurs à bon escient, on les retire. Même chose pour les livres, quand il sollicite une histoire, on peut lui expliquer qu’on est temporairement fâché et que, pour le moment, on n’a plus envie de lui lire des histoires puisqu’il les déchire. »
Avec des phrases simples, c’est une manière d’exposer l’enfant aux conséquences de ses actes, de lui montrer que des actions sont prises en réaction à ses comportements, de garantir le cadre.
ZOOM
Les livres à la rescousse des émotions
À 2-3 ans, l’enfant est encore petit pour reconnaitre et nommer ses émotions. Son vocabulaire ne lui permet pas toujours de mettre des mots sur ce qu’il ressent et traverse. Dans ce cas, le livre peut être un précieux allié pour mettre des mots sur une réalité et la dédramatiser.
Clotilde se souvient très bien de la période du « terrible two » de son fils. Entre 2 et 3 ans, Diego n’était que dans l’opposition. Quelle que soit la question, c’était non. Le garçon refusait de s’habiller, de manger, de brosser ses dents, il rentrait aussi dans des colères terribles.
« Le livre Grosse colère avec le personnage de Robert qui envoie tout valser dans sa chambre nous a permis de relativiser ce que l’on vivait, se souvient la maman. Quand je voyais qu’il commençait à s’énerver et moi aussi, je disais que Robert était là, c’était une façon pour moi de prendre un peu distance ».
Avec le temps, la maman a enrichi sa bibliothèque d’autres albums pour aider son fiston avec ses émotions, dont le célèbre La couleur des émotions d’Anna Llenas. Un album simple où chaque page est dédiée à une émotion de base, comme la joie, la tristesse, la sérénité, la colère ou la peur. « Ce n’est pas magique, les crises ont continué, mais je me sentais moins seule et plus outillée pour les affronter », se rappelle Clotilde.
Que mettre dans sa bibliothèque ?
- Grosse colère, Mireille Allancé (l’école des loisirs)
- Le livre en colère, Cédric Ramadier et Vincent Bourgeau (l’école des loisirs)
- La petite reine, Émile Jadoul et Catherine Pineur (l’école des loisirs)
- Gros boudeur, Émile Jadoul (Pastel)
- La chose, Béatrice Fontanel et Alexandra Huard (Sarbacane)
- Et après, il y aura, Jeanne Ashbé (l’école des loisirs)
- Le petit frère, Claude Ponti (l’école des loisirs)
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