Développement de l'enfant

Adolescence : es-tu ombre ou lumière ?

Quand les ados portent un regard sur le quotidien qui leur est propre

Pour mieux comprendre la trajectoire des ados, nous ne pouvions nous passer de l’analyse du psychologue, expert de la question, que nous faisons intervenir régulièrement dans nos pages : Aboude Adhami. Vous le lirez, le propos n’est pas toujours heureux. Comment pourrait-il en être autrement vu le théâtre mondial dans lequel ils et elles tentent de se projeter ? L’espoir, c’est qu’il y a encore des gamins, des gamines qui ont des rêves. Qui mènent une vie bien à eux, bien à elles. Qui portent un regard sur le quotidien qui leur est propre. Toutes et tous ont des tas de petites vérités à nous révéler. 

► ACCÉLÉRATION DU TEMPS

« L’incertitude du monde, elle me pèse sur le moral. L’actualité n’est faite que de guerres. Quand j’y pense, ça me rend triste. Parfois, je me demande quelle est l’utilité de profiter de certains moments alors que c’est l’horreur partout. À tout moment, le monde peut partir en vrille. Être ado aujourd’hui, pour moi, ça ressemble à ce personnage dans La nausée de Sartre, Antoine Roquentin. C’est se sentir comme un monstre prisonnier d’une enveloppe charnelle. Et parfois, j’ai l’impression que c’est la meilleure description pour définir l’humanité d’aujourd’hui. »
Maxime, 18 ans

Écoutez bien ce qu’un ado vous dit quand il dépeint cette réalité du monde. Que s’est-il passé pour qu’on en arrive là ? On rembobine. Il y a une poignée d’années, un mouvement prend un élan. Les jeunesses marchent dans la rue pour dire aux adultes : « Vous êtes responsables des dégâts engendrés ». Quand les jeunes défilent, c’est d’abord pour nous alerter. Environnement, genre, économie. Nous les voyons s’attaquer à ces grandes causes, celles auxquelles nous, adultes, avions pour la plupart renoncé. Puis, le covid. Contrairement à ce que l’on rétorquait aux jeunes, le monde, subitement, a la capacité de s’arrêter.
Après la pause, la désillusion. La sortie de la crise sanitaire se fait dans la douleur. Santé mentale en berne. Guerres. Récessions. Les perspectives ? Elles ne sont pas enchanteresses, pas comme nous les avions espérées. Pas comme ils et elles les avaient imaginées. Le monde a réaccéléré. Toujours plus vite.
Elle est là, cette accélération du temps brutale contre laquelle Aboude Adhami nous met en garde depuis près de dix ans. Avec cette accélération naissent des pathologies nouvelles. De nouveaux besoins d’adaptation. Des troubles en tous genres se manifestent. Quoi de plus logique ? Les ados doivent répondre à cette accélération entretenue notamment par les adultes qui veulent remplir plus et toujours plus. Et pour ce faire, aller encore plus vite. « Allez, dépêche, on n’a pas le temps ». Injonction permanente qui trahit le fait que nous ne prenons plus soin du temps.
Paradoxalement, nombre d’adultes ne se lassent pas de reprocher aux ados de s’adapter à cette course. Nerveuse. Empressée. Les ados savent qu’on peut avoir une pizza en deux minutes. Ingurgitent des dizaines de vidéos en moins d’une minute. Évoluent en se concentrant sur des choses très courtes. C’est une jeunesse à l’intelligence incisive qui se déploie. C’est ce que le monde attend d’elle. Mais aussi, ce que le monde lui reproche. Les jeunes sont le miroir de cette société ambivalente que les adultes ont créée, entretenue et qu’ils ne supportent pas de regarder en face.

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► GUERRE

« J’aimerais vraiment contribuer à apaiser cette… euh… décadence, ce mal social qui s’établit. Permettre au monde de moins se prendre la tête. L’humanité a fort régressé. Ça tue littéralement la planète. Plus j’avance, moins j’ai de foi en cette collectivité qui s’autosabote. Je voudrais mettre un peu de gentillesse partout. Aller vers tout ce qui suscite un sentiment de joie. Offrir un sandwich aux gens dans la rue. Faire rire les potes. Tout ce qui fait qu’à la fin de la journée, on se dit : ‘On n’est pas si mauvais pour finir’. »
Victor
, 18 ans 

Dictature. Brutalité. Violence. Argent roi. Propos choquants. Parole antinomique. Dans cette société, les plus sensibles tombent. Ils et elles se mutilent. Parfois certain·es se suicident. Inquiétant, 47% des jeunes ont des pensées suicidaires. On ne les aide pas assez. On se coupe de cette jeunesse qui saisit intensément les pulsations du monde. Le mot « guerre » revient dans toutes les bouches. Sans exception. En quelques mois, nous sommes passés du débat autour de la question du génocide à Gaza, du silence au Soudan, à celle de l’entrée de l’Iran dans le conflit avec Israël.
La guerre. Encore la guerre. Aux portes. Au plus loin. C’est un petit mot pour décrire ce qui se passe. Ukraine. Gaza. À chaque fois, cette même haine irrationnelle des origines. Sont-ce seulement des guerres ? Le référentiel a changé. Qui tue ? Les soldats iraniens, russes, ukrainiens, israéliens, sur le champ de bataille ? Non, ce sont d’abord des drones. On tue de loin. Comme dans les jeux vidéo. Oui, c’est le même jeu. Une guerre des boutons. Leurs fictions rejoignent la réalité du massacre qu’on leur donne à voir le soir au JT à la télé. Rarement des images d’humains. Des missiles. Des bombardements. De l’effondrement.
Et quand elle voit ça, à quoi est-elle particulièrement sensible, la jeunesse ? D’abord, au fait que la démocratie est piétinée. Quand nos anciens parlaient de cordon sanitaire contre les extrêmes, c’était d’abord contre ça qu’ils nous mettaient en garde. Les jeunes ne sont pas dupes. Ils grandissent donc avec cette terrible problématique : comment vivre dans une humanité qui ne se projette plus ?

ados d'aujourd'hui

► LUMIÈRE

« Quand j’étais petite, je me voyais vivre dans une grande maison, à plusieurs. Faire un métier cool et créatif. Célébrer. Aimer plein de monde. Aujourd’hui, je souhaite juste un monde vivable pour y vivre en sécurité. »
Kaitlyn
, 16 ans

« Bah, oui, j’ai changé de paradigme du bonheur, moi aussi. J’ai envie d’avoir des enfants, d’être en ménage. Tout en me demandant si c’est le bon moment. Ai-je envie de faire vivre la même chose à mes enfants ? Pourquoi imposer tout ce chaos à ma descendance ? »
Maxime, 18 ans

Sans souffrir d'une réelle dépression, nombre de jeunes tiennent des propos nourris d’une anxiété assumée, de mouvements de résignation conscients. Mais également d’une vision morose qui - on l’espère - ne va pas s’empirer. Le pessimisme est plutôt de mise face à ce monde qui a subi un véritable coup d’accélérateur.
S’adapter à ce monde est difficile. Certains, certaines y parviennent, bien sûr. Et, heureusement, ils et elles sont nombreux, nombreuses. Mais pour celles et ceux qui souffrent le plus ? Quel soutien ? Quelle aide ? Les structures d’accueil suffoquent. L’urgence dans certains centres est un mot bien en dessous de la réalité. Les éducateurs et éducatrices spécialisé·es sont à genoux. Les juges alertent sur l’absurdité de certaines situations. Une jeune maltraitée qu’on renvoie chez elle, faute de place, par exemple.
Pour rassurer ces adolescent·es, évoquons ce vieux précepte qui veut qu’il n’y ait pas d’ombre sans lumière, et inversement. La libération de soi consiste, bien souvent, à libérer le mal pour le canaliser et lui donner la place qu’il mérite. À l’inverse, plus on nie notre côté obscur, plus il risque de prendre de la place. Les ados ont bien conscience de cette ombre. L’enjeu consiste à y injecter de la lumière. Pour éviter que cette force obscure ne prenne le dessus, elle qui peut amener des jeunes à déraper. En filmant des rixes. En harcelant collectivement.
On doit préparer les jeunes à ces deux facettes. Les inviter à pouvoir contenir l’ombre et chercher la lumière. Difficile dans un monde sans loi, sans corps, sans appartenance. Dans un monde bousillé, il y a à reconstruire et à se poser courageusement la question : que fait-on de l’ombre quand elle émerge ? Qu’est-ce que votre enfant peut inventer pour la contenir ? Quelle stratégie éducative mettre en place ?

► INTELLIGENCE

« Ch’sais pas comment dire. C’est un peu la barbarie en ce moment. Rien que là où on vit dans le quartier, là-bas (il montre des immeubles que l’on voit depuis le canal d’Anderlecht). Je fais le calcul. Comment on va pouvoir vivre ? Payer le loyer, s’habiller, manger, se faire des petits kiffs. Si je deviens, ch’sais pas, genre je travaille dans l’électricité, comment je vis ? (Ses potes interviennent) ‘En faisant du business’. Ouais. C’est ça, il faut faire voyou, quoi (rires). »
Souleyman
, 15 ans

« Depuis que je suis ado, je vis dans l’hyper monde. Il faut être hyper travailleuse. Hyper informée sur tous les réseaux, tout savoir. Il faut être hyper populaire. Hyper engagée. Hyper consciente des pièges, genre IA et compagnie. Et j’en ai souvent… hyper marre. »
Charlize, 13 ans

L’adolescence ? Elle est hyper intelligente. Hyper informée. Hyper connectée. Les jeunes sont plein de connaissances. Ils et elles vibrent avec le monde, grandissent avec une technologie admise, assimilée et prise en compte. Face à cette même technologie, les adultes rament. Reprochent le plus souvent à leurs ados d’y être accros, de mal utiliser les outils. Alors qu’eux-mêmes passent le plus clair de leur temps sur les réseaux sociaux ou sur les sites d’achat en ligne…
S’ajoute à cela une nouvelle donne, ce nouvel allié ambigu : l’IA, l’intelligence artificielle. L’IA a réponse à tout. Elle s’impose au point d’éclipser les autres ressources potentielles de savoir. On ne se réfère plus à son aïeul, à sa grand-mère ou à sa mère. On interroge l’IA. Pour nous, parents, adultes, profs, en peu de temps, il est devenu impossible de tracer l’info. De remonter la source. Nous sommes décontenancés. « Ce propos, d’où vient-il ? ».
Cette évolution technologique, cette numérisation dynamique du savoir s’ajoute aux crises à répétitions que doit gérer cette adolescence, une adolescence nouvelle. Autre que celle qu’on a connue. Si elle semble s’accommoder de l’intelligence artificielle, elle entend aussi, dans un semblant de paradoxe, revenir au collectif. Le vrai. Ils et elles savent que leur salut passera par là. Même si nous, adultes, ne l’encourageons pas toujours. Car il peut nous faire peur, ce collectif. Les bandes nous font peur. Les groupes nous font peur. Il y a toujours cette crainte que la force grégaire ne conduise à la délinquance à force de se construire « contre ». Contre l’adulte notamment. Mais le groupe a tant de pouvoirs positifs à l’adolescence. Il nourrit les ados et, parfois même, les régénère. Dans un hôpital psy, quand les jeunes sont interné·es, ce qui les guérit, ce n'est pas la structure. C’est le lien. Plus vite il est fait, plus nos ados en ressortent fort·es, sain·es et intelligent·es. Plus efficace que l’intelligence artificielle, l’intelligence collective conserve tout son potentiel.

► COLLECTIF

« Ça m’arrive de passer des journées seules sur mon ordi ou mon smartphone à voir passer plein de vidéos, des infos et finir en gros bad (déprime, ndlr). Alors, tout le monde me prend la tête. Je ne supporte plus personne. J’ai remarqué que dans ces moments-là, je sors de chez moi, je vais voir les copines du volley. On papote, on bitch (dit du mal de…, ndlr), on se tape des barres. Et tout ce qui me polluait la tête disparaît. Les copines, ça vaut tous les psys du monde. »
Charlize
, 13 ans

« Aux ados qui me lisent ? Mais, clair, je leur dirais de pas se prendre la tête. Monter une équipe. Des gars sûrs comme les miens et rester soudés. »
Souleyman
, 15 ans

« Si j’avais un super pouvoir, ce serait de rester indifférent à la pression. Mes parents, les adultes, la société ont un drôle de rapport à la pression. Ce qu’on entreprend dans les études, dans le sport… on subit du stress de toute part. Comme si tout se décidait pour toujours. L’avenir ne se joue pas à 15, 16 ou 18 ans. On peut rater. On peut recommencer. Tout reprendre à 25, 40, 50 ans. Il n’est jamais trop tard pour changer de vie. Et ça, ce sont les moments avec les potes, les rires qui me font me rendre compte que je réfléchis parfois trop et qu’il y a moyen de moins se prendre la tête. Ce serait un super pouvoir d’arriver à ça. Même si je préférerais bien sûr me transformer en Super Saiyan (personnage imbattable tiré du manga Dragon Ball Z, ndlr). » 
Maxime
, 18 ans

L’enjeu, donc, ce sont les lueurs, la lumière. Comment en injecter ? Dans le collectif. Ce vers quoi se tourne naturellement cette jeunesse. Là, réside l’espoir. Nous devons apprendre de nos jeunes. Apprendre à nous rassembler.
Ce n’est pas juste une formule théorique. Ça se travaille très concrètement. Il existe un lieu de tous les rassemblements pour cela, au carrefour de tous les enjeux sociétaux : l’école. Tout peut se faire par l’école. Quand il y a une classe de vingt ados, c’est un groupe. Un groupe de vingt et une personnes en incluant le ou la prof. Avec sa dynamique qui lui est propre. Avec son identité. Cet ensemble se fixe des objectifs et cherche à les atteindre. Par exemple, « Nous sommes la 4eB et, à la fin de l’année, nous allons présenter une pièce à l’ensemble de l’école ». « Nous sommes la 6e4 et nous savons qu’à la fin de l’année, nous obtiendrons 100% de réussite au CEB ». « Nous sommes les sunflowers et nous allons mettre en place des actions pour emmener des réfugié·es dans un parc d’attractions », etc. Ce que vous voulez…
Tout groupe se dote d’une identité, d’un Graal à atteindre. Pour ce faire, il met donc en place une dynamique et la travaille… Le potentiel d’un groupe est énorme, encore faut-il le comprendre, le cultiver. Il s’agit de lutter contre les mécanismes qui viennent scléroser le groupe qui tombe facilement dans le travers des rôles assignés : le ou la leader légitimé·e, le bouc émissaire, etc. Ces rôles sont autant de facteurs qui peuvent gangréner le groupe et anéantir la dynamique.
La solution pour entretenir la dynamique, c’est de faire appel à une personne extérieure qui vient voir ce groupe, juste une heure par semaine. On fait un point. On apporte un éclairage. On se parle. On apprend à fonctionner. On décortique la dynamique. Parfois, on la réajuste. Parfois, il ne se passe rien. Mais on prend soin du groupe, juste une fois par semaine. Une petite heure. Si on prend ce temps, énormément de choses peuvent changer à l’école et donc dans la société qui en découlera plus tard.
Se former à la collectivité, se former à la moralité du groupe, voilà qui permet d’éviter le pire (le harcèlement, la destruction de l’autre…). De cette saine démarche, peut émerger une façon de se soutenir, de se sauver même.
Dans le cadre scolaire, c’est une charge difficile à gérer pour un adulte seul, en l’occurrence un ou une prof. Imaginez l’impossible mission d’enseigner et de prendre le pouls du groupe classe, cela exige un recul qui ajoute à leur charge déjà bien lourde. On devrait d’ailleurs, dans le même ordre d’idée, attacher le même soin au « groupe prof ». L’idéal serait une heure par semaine pour le groupe classe, une heure par mois pour le groupe prof.
Pourquoi ne pas essayer ?

ados et son gsm

► LUCIDITÉ

« Pour moi, c’est le contrat social qui change quand on devient ado. Enfin, oui, il y a les hormones, le corps qui change et tout, ça, on sait. Mais ce qui change surtout, c’est la confiance qu’on me donne. On me donne plus de responsabilités. Plus d’autonomie. J’ai le droit de sortir. De me déplacer seul. Je me sens plus grand. Et aussi, je tiens à dire qu’il y a un vrai changement entre la 1re et la 2e secondaire. On est vraiment plus conscient de ce qu’il faut faire ou pas. Comment se comporter. Pour moi, la vraie difficulté, c’est ça. Passer entre les balles en 1re. Après, le reste, ça va aller tout seul ! »
Edgar, 13 ans

« J’adorerais qu’on porte un vrai regard sur l’adolescence. Dans les séries, quand on parle de cette période, on sent trop que c’est mixé avec le point de vue des adultes. Quand on parle d’amour, d’amitié, ça sonne toujours faux. On dirait qu’on veut pas nous regarder comme nous sommes. Dans cette société, c’est pareil. On ressemble à la façon dont les adultes nous voient. Nous ne sommes pas Greta Thunberg, une héroïne militante qui veut sauver le monde. Nous ne sommes pas Jamie Miller de la série Adolescence, un monstre aux apparences d’un gentil petit garçon. Nous sommes exactement ce que vous avez été. Des enfants qui essayons de grandir. »
Kaitlyn, 16 ans

Répétons aux parents que les références de leur monde ne sont plus celles du monde de leurs ados. Tout diffère. Insistons, vos enfants sont hyper adaptés. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas en souffrance. Ils luttent. Pour rester en bonne santé. Pour ne pas péter les plombs. Des ados qui vont mal sont des ados lucides sur les enjeux du monde.
Nous devons apprendre collectivement à poser de nouveaux regards. Ils ne grandiront jamais sereinement dans un monde qui prône l’individualisme à tous les niveaux. Comment s’épanouir dans un tel univers qui, par exemple, du fait de son état, incite des jeunes à ne pas vouloir d’enfants ?
Aidons-les à résister. Encourageons-les à s’exprimer de quelque manière que ce soit. Répercutons l’idée de construire le collectif, de multiplier les groupes sains. La rapidité est valorisée, n’engendrant que de la frustration. Montrez aux jeunes, aux ados qu’il y a d’autres voies possibles. On n’en veut pas de la pizza livrée en deux minutes. On n’en veut pas de la réponse immédiate. Prenons soin du temps. « Tu me laisses un jour pour te répondre ». « Laisse-moi réfléchir et on en reparle ».
Éloignons-nous, éloignons-les, le plus possible de cette société de l’immédiateté.

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Parlez d’Éros et Thanatos à vos ados... L’ombre et la lumière chez Jung. Éros et Thanatos, deux divinités du monde Antique, liées par Freud. L’amour et la mort. Le bien et le mal. À chaque fois, deux archétypes vieux comme le monde qui peuvent rassurer nos jeunes pousses et leur donner quelques clés d’explications. Les deux pans existent chez chacun·e de nous. Pas d’ombre sans lumière et inversement. La libération de soi passe par la faculté à repérer le mal, à le rendre conscient pour mieux le contenir et le sublimer. Plus on le dénigre, plus il prend de la place. Alors, à chacun, chacune, sa façon de chasser l’ombre. Faites vous-même l’exercice. Traquez l’ombre. Irradiez-la. C’est peut-être comme ça qu’on réussira à rendre le monde meilleur ? Ou tout simplement… moins obscur.

ZOOM

L’ado change, mais son parent, au fait ?

Beaucoup d’ados nous ont fait remarquer que les adultes se mettent à changer, là où elles, eux, ont l’impression de rester les mêmes. Que se passe-t-il chez le parent au moment où il devient parent d’ado ? Nous avons posé la question à Maité Poncelet, psychothérapeute spécialisée dans la prise en charge d’adolescent·es.

« L’adolescence, on le sait, est une période pleine de bouleversements, dans un monde qui ne l’est pas moins. Je pense qu’il n’y en a jamais eu de simple. C’est surtout le moment où l’on se dissocie du monde parental. Est-ce que l’adolescence est une crise ? Oui. Mais une double crise. Chez les parents, c’est la crise de la maturescence. Le rôle change, la parentalité évolue. Finis, le cadre et l’apprentissage. Ici s’invitent les négociations, les failles. Si le parent n’arrive pas à se remettre en question, ça s’entrechoque. L’enjeu consiste à se réajuster. Ce qui n’est pas facile, car à cette période, tout renvoie à sa propre histoire. L’adolescence est le miroir de la jeunesse du parent. Par exemple, un enfant veut sortir avec les copains/copines, mais, subitement, voilà que ça renvoie l’adulte à ses propres traumas. Que faire ? Plutôt que d’expédier la question et d’affirmer ‘Hors de question’, mieux vaut expliquer comment on fonctionne. Ne surtout pas hésiter à se raconter. Renforcer la compréhension de soi. ‘J’agis comme ça parce que ça vient de là'.
Par exemple, on peut dire : ‘J’ai souffert que mon père soit strict. Malheureusement,  je fonctionne comme lui’. L’ado comprend d’où vient son parent. De là les choses peuvent bouger. Chacun peut faire son cheminement. Ce n’est évidemment pas facile. L’adolescence vient remuer beaucoup de blessures pas toujours refermées.
Plus l’ado grandit, plus il aime que les choses soient co-construites. La structure, oui, à condition qu’elle puisse bouger et se modifier. Dans notre servie hospitalier neuro-psychiatrique Siant-Martin, à Dave, on parle de ‘cadre de bienveillance’. On peut sortir avec ses potes jusqu’à telle heure. Sauf exception, mais l’exception se négocie toujours et doit toujours se faire par un point de vue affirmé.
Bien sûr, ces négociations ne vont pas sans leur lot de révolte. Elle est normale. Ils et elles disent quelque part que nos règles d’adultes sont foireuses. Ce qui est tout à fait acceptable. Rappelez-vous simplement qu’un·e ado ne se comprend pas forcément. Ils et elles sont submergé·es et n’arrivent pas toujours à penser. D’ailleurs, nous disons souvent que nous mettons à disposition notre psychisme, nous prêtons notre ‘appareil à penser les pensées‘. Rappelons également que l’importance pour elles, pour eux ne consiste pas à ce que vous les compreniez. Les jeunes veulent d’abord être compris·es par leurs potes. Ils ne diront jamais ‘Merci papa, merci maman’. Ce qui rend le métier de parent d’ado si dur et si ingrat.
Le meilleur outil ? La patience. Encore. Pour vous en doter, replongez-vous dans votre propre adolescence. Réécoutez vos chansons de l’époque. Replongez-vous dans vos chagrins d’amour. Et dites-vous bien que la majorité des adultes aime ses enfants et fait en sorte qu’ils soient bien. Et ça, déjà, c’est super. »

À LIRE

Que se passe t-il dans la tête d’un ado ?

Maxime, notre ado qui dit de si belles choses, est l’auteur d’un recueil de poésie disponible dans toutes les bonnes librairies du pays. Son livre, c’est lui qui en parle le mieux. « C’est une plongée sincère dans l’âme d’un ado. Enfin, d’un futur adulte et d’un ancien enfant. Je l’ai écrit quand j’avais 16 ans. J’y raconte donc mes joies, mes peines, mes blessures. Je pense que tout le monde peut s’y reconnaître. Parent comme enfant ». La poésie adolescente, on n’en lit pas tous les jours, pas vrai ?

  • Éclats d’adolescence, Maxime Petit (Verone édition).