Développement de l'enfant
Pour parler des ados, il fallait bien revenir à la source : les parents. Nous avons croisé leur route tout au long de nos pérégrinations. Et recueilli constats, questionnements et parfois états d’âme.
► La paix !
« Ça me hérisse le poil quand j’entends ce truc de crise d’adolescence. On dirait que c’est un passage obligatoire, que ça doit systématiquement se faire dans la douleur. J’ai des ados de 13 et 17 ans, un garçon et une fille, je suis donc en plein dans cette adolescence. Il y a des frictions, des tensions, des moments où j’ai envie de leur arracher les yeux (rires) et eux diraient sans doute la même chose. Mais ce que je vois, ce n’est pas une crise, ce sont des enfants qui grandissent, qui évoluent, qui cherchent à comprendre qui ils sont et le monde dans lequel ils vivent. Rien que pour cette dernière partie, on devrait largement leur foutre la paix ! »
Arnaud, 42 ans, papa de John et Lucinda
► La valeur des valeurs
« Je suis maman solo avec un garçon de 16 ans à la maison. Est-ce que c’est facile ? Non, clairement pas. Son père est parti très tôt dans l’enfance, il est fils unique avec une mère qui travaille dans l’HoReCa, donc avec des horaires pas faciles. Il est hyper autonome depuis longtemps, il m’aide dans les tâches ménagères, il a une scolarité normale. Mais il y a aussi le revers de la médaille. Il fait des conneries avec ses copains, il sait par exemple ce que c’est de passer une nuit au commissariat. Il se prend parfois pour le chef de la maison, parce qu’il est ‘l’homme de la famille’ selon ses dires et qu’il mesure 1m85, quand moi je ne fais même pas 1m60. Il se joue entre nous une bataille des territoires, des idées. Parfois il recule, parfois c’est moi qui abandonne pour telle ou telle raison et je suis O.K. avec ça. En revanche, je ne céderai jamais un pouce sur le terrain des valeurs de base, comme la tolérance, le respect, la simplicité, l’humilité. Je veux qu’il continue à grandir avec ces repères-là, que ce soit ancré en lui. À quoi ça sert ? À demander pardon et à réparer ses erreurs. Je vous promets que c’est essentiel dans le monde dans lequel on vit. »
Samantha, 41 ans, maman de L.
► Pas du cinéma
« Ahhhhhhhhhhhhh, oui, crise. Et sévère en plus. Sa mère et moi, on ne sait plus quoi faire avec Célia. Depuis qu’elle a décrété, à 15 ans, qu’elle était assez grande pour vivre sa vie, elle rend la nôtre infernale. Elle ne respecte plus rien de ce qu’on lui dit ou demande. Le seul truc qui l’intéresse, c’est de faire des vidéos pour les poster sur n’importe quel machin social, là. École, activités, famille… tout passe après son petit cinéma. Quand, par malheur, on lui demande de lâcher un peu son gsm pour passer à table ou venir saluer quelqu’un de passage, alors là, c’est le pompon. Elle hurle qu’on la prive de liberté, que c’est une atteinte à ses droits fondamentaux, qu’on ne la respecte pas… Tout ça prend des proportions inouïes, parce que ni sa mère, ni moi, ne voulons lâcher l’affaire. Quand elle sera autonome financièrement, elle pourra partir vivre sa vie ailleurs si elle le veut. En attendant, elle vit encore chez ses parents et elle doit se plier à nos choix. »
Claudio, 52 ans, papa de Célia, 16 ans
► Effet yoyo
« J’ai souvent vu dans le Ligueur le terme ‘juste distance’. Je crois que c’est ça le truc avec les ados quand on est parent ou prof, comme moi. Ni trop loin, ni trop près. Un peu comme un élastique, en somme. Et l’adaptation doit principalement provenir des adultes, pas des ados. »
Mounia, 37 ans, enseignante et maman d’un ado
► Demain est un autre jour
« Crise. Galère. Tsunami. Tout est dit en trois mots. Valables pour mes enfants comme pour nous, leurs parents. On fait le dos rond, on essaye d’être le plus juste possible. Il faut se dire que ce n’est qu’une étape. »
Anna, 51 ans, maman de S., 12 ans, T., 14 ans, et H., 17 ans
CE QU'EN DISENT LES JOURNALISTES
Prenons un peu de recul...
Après les premiers échanges avec les ados, les psys et les parents, une première réflexion a commencé à doucement mûrir : et si ce que certains parents appellent « la crise d’adolescence » était en fait « la crise des parents qui perdent peu à peu la mainmise sur leur enfant » ? Ce qui nous renvoie aux réflexions de Maité Poncelet, sur l’idée d’une crise de la maturescence. La parentalité mue – comme toujours – avec des secousses plus vives à cette étape de la vie.
Dans les échanges avec les parents est apparu quelque chose d’un peu manichéen. D’un côté, ceux plutôt sereins face aux expérimentations adolescentes. Confiants dans les capacités de leur enfant à trouver sa voie. De l’autre, des parents hyper stressés autant à court terme qu’à long terme et compensant leurs peurs par une volonté d’encore plus de contrôle. Deux extrêmes. Et pourtant, une seule et même place : celle d’attendre. L’ado s’essaie dans le monde. S’éloigne. Revient. Puis bifurque de nouveau avant de ressurgir. Le rôle du parent ? Celui de phare.
Autre constat : le vécu de l’adolescence des parents n’aurait pas systématiquement d’incidence sur celui de leurs enfants. On a aussi bien croisé des parents à l’adolescence tumultueuse ayant des ados hyper calmes que des parents à l’adolescence tranquille avec des ados qui partent en vrille. Entre les deux, plein de nuances. Toujours. « Nuances » est un mot qui est d’ailleurs souvent revenu en bouche et on ne peut que s’en réjouir dans ce monde qui en manque tant.
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