Développement de l'enfant
Alice a 16 ans, bientôt 17. Elle a des potes, joue au volleyball et entrera en 6e secondaire fin août . Une vie normale d’ado, en somme. À quelques détails près.
Des bracelets brésiliens aux poignets, un T-shirt aussi rouge que ses chaussures, un pantalon baggy et un grand sourire aux lèvres. Voilà comment se présente Alice lors de notre rencontre. Elle a 16 ans, elle a des copines et des copains, elle joue au volley et entraîne une équipe de jeunes, elle est en 5e secondaire. Comme ça, elle ressemble tout à fait à une ado comme les autres. À ce détail près qu’elle trimballe dans son cartable un joli petit paquet d’« accessoires » bien à elle.
« Je suis dyslexique, dyscalculique, dysorthographique, légèrement dyspraxique et TDAH, énumère-t-elle en gardant son grand sourire. Je crois que je peux dire que dans mon parcours scolaire, jusque-là, j’ai trimé. Mais ça va, hein, je le vis assez bien pour pouvoir faire des blagues sur le sujet. »
Si Alice prend les choses avec philosophie et maturité, c’est surtout qu’elle a appris à faire avec ses troubles de l’apprentissage. De sa première fois avec une logopède en 2e primaire à la neuropsy aujourd’hui, de bilan en bilan, l’ado s’est donné les moyens de mettre en place toutes ces petites choses qui lui permettent de suivre les cours « presque » normalement.
Pleine de ressources
« Ce qui est compliqué dans tout cela, c’est que personne ne peut se mettre à ma place, souligne Alice. Même si j’ai eu la chance de rencontrer des personnes géniales qui m’ont soutenue, comme Manuela, ma prof de maths particulière, ou Isabelle, ma logopède, même si je suis dans une école à pédagogie active qui me correspond – dans un athénée classique, je n’aurais pas survécu ! –, au quotidien, ça reste parfois la galère. Un exemple ? Un devoir en français à faire à la maison, par exemple. Quand les autres vont mettre une heure à le faire, moi, ça va être une heure quarante-cinq. Je donne beaucoup, mais il y a des moments où c’est difficile de gérer la charge de travail. C’est frustrant, parfois, parce qu’il y a une vie en dehors de l’école que je ne peux pas toujours vivre. »
Heureusement, Alice peut compter sur les copains et copines pour passer le cap : « une vraie ressource pour moi. Cette année, on peut vraiment compter les un·es sur les autres ! ». Un peu moins sur les profs, ce qu’elle déplore. « Ils et elles sont compatissant·es, c’est sûr, mais, finalement, il y en a peu qui s’adaptent. Peut-être juste parce qu’ils et elles ne sont pas assez sensibilisé·es. Généralement, les aménagements raisonnables pour les dys sont connus, mais ils sont un peu oubliés par certain·es. D’autres en ont carrément rien à faire, c’est franchement nul ».
Retrouvant son grand sourire, Alice pondère sa réponse et met aussi en avant ces profs qui font bien plus que ce qu’on leur demande. « Mon prof de 1re primaire qui prenait le temps d’expliquer et de réexpliquer. Ma prof de néerlandais du début de secondaire, hyper à l’écoute, qui m’avait permis de finir ma 3e sans échec. Et puis tous ceux et toutes celles qui font des activités ludopédagogiques, qui poussent en nous soutenant, ça, c’est top ».
Vivre aujourd’hui, garder un œil sur demain
Des soutiens comme cela, Alice en espère autant pour la suite de ses études. L’objectif n°1 ? Finir son secondaire, tout simplement. Ensuite, s’attaquer au projet professionnel qu’elle fait doucement mûrir : devenir kiné. « J’ai toujours voulu faire quelque chose comme ça, un métier où on aide les autres, raconte Alice. Je me vois bien pouvoir le faire dans un home. Ça, ça vient d’un jour où j’ai vu la kiné de mon grand-père au travail. Ses gestes, ses paroles, tout ça, ça a un impact direct et ça m’a marquée. Même si je sais que ça ne va pas être facile, je vais faire une prépa et je vais me donner à fond. Et si ça ne marche pas ? Bah, je ferai autre chose ! ».
Même si elle est avant tout l’ado insouciante et pleine de vie qu’elle doit être, Alice montre une étonnante maturité et une certaine sérénité qu’on envierait presque. « Du coup », pour reprendre ce tic de langage très adolescent, on finit par lui demander ce qu’elle dirait à des parents qui ont un enfant dys qui s’apprête à entrer à l’école…
« Je leur dirais de bien se renseigner sur l’école, de voir si les profs sont attentifs à ça. Mais surtout, je leur dirais de dire à leur enfant que ce n’est pas une maladie, juste un trouble de l’apprentissage. Qu’il y a des solutions et qu’on peut même en faire une force. Et puis surtout, ce n’est pas ça qui définit quelqu’un, ni les notes, ni comment tu écris ». Définitivement mâture et pleine de bon sens, cette Alice.
PAROLES
Les petites phrases d’Alice
- « Ma mère est aussi dyslexique. Quand elle écrit, même moi, ça me fait mal aux yeux »
- « Sans Manuela, les maths m’auraient tuée »
- « Être en équipe, créer du lien ensemble, ça me structure. Toute seule, j’ai toujours des difficultés à me canaliser »
- « L’école, j’aime bien quand ça ressemble à un centre d’activités et qu’on travaille en groupe »
EXTRA
Alice vue par ses copines
Énergique, hyperlaxe, extravertie, compréhensive, courageuse, créative, à l’écoute, attentionnée, impulsive, démonstrative, drôle, toujours présente, peu sûre d’elle.
À LIRE AUSSI