Loisirs et culture

Anima : le cinéma d’animation, cette expérience familiale

Le film d'animation, ce lien familial

Tous les ans, à Bruxelles, Anima transforme les vacances de Carnaval en terrain de jeu pour l’imaginaire. Cette année, le Festival International du Film d’Animation de Bruxelles célèbre sa 45ᵉ édition et confirme ce que de nombreuses familles savent déjà : l’animation ne s’adresse pas uniquement aux enfants au sein de la tribu, elle offre un véritable espace de partage entre générations.

Sortir du « chacun son écran »

Dans un quotidien dominé par l’individualisme des écrans, le festival Anima préfère jouer la carte du collectif et de l’interaction. Ici, pas de tablette ni de visionnage solitaire : on s’installe côte à côte, on réagit ensemble, on chuchote, on rit. Grands-parents, parents, enfants, adolescent·es, ami·es… tout le monde se croise. Ce public mélangé est le reflet d’une volonté du festival de se faire croiser les générations, pour susciter discussion et débat.
« Ici, on peut partager un moment ensemble et savoir vraiment ce qu’ils regardent, confie une maman. Ce n’est pas juste un écran pour les occuper ». Lors de la projection de La fabrique des monstres de Steve Hudson, les chuchotements enthousiastes, les éclats de rire et les commentaires à voix basse témoignent ainsi d’une attention partagée. Dans la salle, certains enfants sont déguisés, d’autres découvrent le cinéma pour la première fois.
« Pourquoi y’a des pubs ? », demande soudain un petit spectateur pendant les bandes annonces. Un instant presque banal, mais révélateur. Ici, le visionnage devient interaction. Les parents expliquent, les enfants observent, la séance devient vivante.

Le programme du festival

Les enfants, premiers interprètes des films

À la sortie de la salle, impossible de résister à l’odeur des crêpes. Autour du stand, les enfants refont déjà le film et discutent de leurs personnages préférés. « Moi, c’était Créature mon préféré, avec son gros œil et sa fourrure orange », explique un petit. « Moi, c’est celui avec plein de ressorts qui ressemblait à un crapaud… ou la chenille à deux têtes, il était drôle », réplique son frère.
Très vite, les discussions glissent vers ce qui a été ressenti. Certain·es évoquent l’humour, d’autres l’étrangeté des personnages. Choco au coin des lèvres, quelques-un·es cherchent les mots pour exprimer ce qu’ils ou elles ont retenu. À savoir que « les différences, c’est bien » ou que « peu importe comment on est, on peut nous aimer ». Ces mots simples renvoient à cette particularité du cinéma d’animation : il permet aux enfants d’aborder des thèmes complexes de façon naturelle. Ici, dans le cas de La fabrique des monstres, l’acceptation, la peur de l’autre ou encore la confiance en soi. L’image facilite l’identification, l’histoire ouvre la réflexion.
Ce constat est partagé par les adultes qui accompagnent, l’expérience dépasse largement la dimension récréative. Certains parents soulignent l’importance des valeurs véhiculées. « Je suis venue pour le côté divertissement. Mais oui, ça ouvre des débats et on en reparle à la maison », résume un papa.

La fabrique des monstres

Un langage commun entre générations

D’autres parents insistent sur la dimension culturelle du festival. Dans les escaliers, une maman tente de poursuivre la discussion tout en gardant un œil sur ses deux petits garçons, déjà occupés à transformer les marches en terrain d’aventure : « L’accès à la culture, c’est important. J’allais déjà à Anima quand j’étais petite, maintenant j’y emmène mes enfants ».
Et puis, avec un sourire complice, certains parents glissent à voix basse qu’ils reviendront peut-être plus tard… sans leurs enfants. Car, oui, le partage a parfois ses limites. Certaines œuvres projetées sont accessibles pour les petit·es, d’autres pas. En journée, les plus jeunes s’émerveillent, certain·es tentent même discrètement leur chance dans des séances prévues pour les 6+. En soirée, l’ambiance change et attire un public plus adulte. Une même passion, des générations différentes.
Au fil des témoignages, une évidence s’impose : l’animation dope le lien familial. Les enfants y trouvent émerveillement et humour, les parents y perçoivent émotions et sujets de discussion. Dans les salles d’Anima, on rit ensemble, on s’interroge ensemble, on partage une même histoire malgré des regards différents. Un rappel précieux, à l’ère des écrans individuels : regarder un film peut encore être une aventure à vivre ensemble.

C'est nouveau !

Un passeport pour la curiosité

Parmi les nouveautés marquantes de cette édition, le Passeport séances Kids permet aux jeunes festivaliers et festivalières de multiplier les découvertes. Il coûte 40 € et offre un accès illimité à toutes les séances « enfants » à Flagey et au Marni. Certaines familles en profitent pleinement. « On a un pass pour tout le festival, on voit presque deux films par jours », explique fièrement un enfant son passeport en main.