Crèche et école

Bilinguisme : privilégier l’immersion dès 5 ans

Le bilinguisme précoce n’a aucun impact négatif sur la maîtrise de la langue maternelle, ni sur les autres apprentissages scolaires. Bien au contraire.

L’apprentissage d’une seconde langue est conseillé dès l’âge de 5 ans, selon une étude de l’Université de Liège (ULg). « Plus les enfants sont jeunes, plus il est facile pour eux d’apprendre une autre langue. Lorsque l’enfant est en 3e maternelle, le langage est bien établi.
L’enfant maîtrise toutes les structures grammaticales de sa langue », affirme Martine Poncelet, responsable de l’Unité de neuropsychologie du langage et des apprentissages de l’ULg.

Pas d’atteinte aux autres apprentissages

Exit l’idée reçue selon laquelle le bilinguisme précoce porterait atteinte aux autres apprentissages de l’enfant. L’Ulg s’est notamment penchée sur la question de l'effet de l'immersion anglaise sur la maîtrise du français écrit. Les psychologues ont évalué systématiquement des enfants de la 2e à la 6e primaire qui apprenaient à lire en anglais, puis en français l’année suivante. Résultat : en 6e primaire, que ce soit pour la lecture ou l’orthographe, il n’y a, en moyenne, aucune différence de niveau entre les enfants placés en immersion bilingue et les enfants monolingues.
« Les enfants immergés en anglais atteignent, dès la 3e primaire, le même niveau que les monolingues à des tests très généraux de compréhension à la lecture (en français), mais également à des tests impliquant le déchiffrage en français d’items contenant des lettres qui ne se prononcent pas de la même manière en français et en anglais. Et les enfants immergés en anglais atteignent, en 3e primaire, un niveau général d’orthographe semblable à celui de leurs camarades monolingues et à la fin de la 5e primaire, ils maîtrisent tout aussi bien que leurs copains la transcription des graphèmes qui diffèrent le plus entre le français et l’anglais », a observé Martine Poncelet.

Les élèves bilingues apprennent mieux

Selon l’étude de l’ULg, l’immersion linguistique précoce pourrait même faciliter l’apprentissage. Après 5 ans d’immersion linguistique, les enfants bilingues, alors en 3e primaire, développent de meilleures capacités d’attention et de flexibilité mentale que leurs camarades non immergés, notamment des qualités de planification et la capacité de se servir des informations pertinentes au moment opportun. « On a observé ces avantages cognitifs, qui sont extrêmement importants dans l’apprentissage, ainsi que d’autres habiletés qui facilitent l’apprentissage et qu’on commence à étudier », précise la psychologue.

L’immersion pour les nuls

Bien sûr, ça ne veut pas dire qu’en enfant très tôt baigné dans une seconde langue va nécessairement réussir ses études. « Un élève qui est bon dans l’apprentissage scolaire en immersion le sera normalement aussi en apprentissage non immersif, mais un enfant dont les capacités au niveau de l’apprentissage scolaire sont faibles ne sera fatalement pas plus performant en immersion ». Quant aux enfants dont les capacités d’apprentissage sont limitées, selon Martine Poncelet, dans une école qui brasse tous les milieux socioculturels, l’immersion ne pénalise pas l’enfant en difficulté, ni ne le rend plus faible.



S. G.

En savoir +

Conditions idéales d’immersion

L’immersion linguistique d’un enfant doit se faire dans de bonnes conditions. L’idéal étant :

- que les parents parlent chacun une langue différente,
- l’immersion scolaire.
- que l’enfant passe suffisamment de temps dans la seconde langue : 50% du temps dans chaque langue,
- que l’enfant ait un bon modèle : un locuteur natif dans chacune des langues et un enseignant pour une langue,
- une structuration de l’enseignement pour donner des repères à l’enfant : telle matière en telle langue dans telle classe.

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