Crèche et école
« Une évaluation et une réforme s’imposent sans doute, mais pas dans la précipitation, en l’absence d’une réelle concertation sur le fond et sûrement pas avec le seul objectif de respecter un carcan budgétaire ». Ces phrases pourraient avoir été prononcées ces dernières semaines en marge de la crise qui secoue le monde de l’enseignement. Et pourtant non, c’est en 1986 qu’elles ont été publiées dans le Ligueur, à travers une Lettre de la Ligue. Déjà, c’est de l’école dont il est question, coincée entre des mesures prises à la hussarde et des préoccupations sonnantes et trébuchantes.
Il y a quarante ans, c’est la fin du rénové qui met le feu aux poudres. Ce projet pédagogique a vu son existence torpillée par des restrictions budgétaires jugées nécessaires. Le rénové n’avait pas que des défenseurs, le Ligueur de l’époque relève ainsi des effets pervers engendrés par une application « inégale » du système qui méritait d’être mise en débat. Mais au-delà de la disparition annoncée, votre magazine met l’accent sur les grèves des enseignants et enseignantes survenues avant l’été. Si ces hommes et ces femmes ont battu le pavé, « c’est parce que le bien-fondé de leur travail était contesté. C’est leur idéal – n’ayons pas peur des mots - qui était bafoué ». Pour nombre de ces profs, explique le Ligueur, le rénové était le projet d’une école qui « rénovait » le traditionnel pour s’engager vers moins d’élitisme et de compétitivité.
Parmi les blessures professorales, celle-ci, provoquée par « une mesure qui supprimait la subsidiation des heures de conseil de classe en suggérant que ces heures soient prestées bénévolement ». En conclusion de cet article intitulé Chaude, la rentrée scolaire ?, le dernier paragraphe invite au soutien des profs : « Puis-je vous demander en terminant, chers amis, de bien vouloir soutenir ceux qui parmi les enseignants, utiliseront à la rentrée leurs forces un peu restaurées afin de reprendre la lutte pour un enseignement de qualité pour tous ? ».
Un message royal
Comme en 2026, l’école s’est aussi invitée dans le discours royal estival. En ce milieu des années 80, c’est le roi Baudouin qui était monté au créneau pour rappeler l’importance de la fonction enseignante, la nécessité de réduire les échecs dans le fondamental, la stimulation de la collaboration école-parents et la construction d’une pédagogie « qui ne dissocie pas efficacité, sens de l’effort et solidarité ».
En commentant ce discours, considéré comme « une éclaircie royale », Jacques Zwick, secrétaire général de la Ligue des familles, émet ses craintes face à une société qui évolue, selon lui, « par petits coups et secousses successives » dans le mauvais sens. « Le critère de la rentabilité économique n’est-il pas démesurément surévalué au détriment des valeurs sociales et culturelles, tenues pour négligeables ? ».
Tout cela résonne incroyablement avec la période que nous traversons en 2026 tout comme ce paragraphe, écrit, on le rappelle, il y a quarante ans : « Si la famille demeure le terrain électif des croissances humaines, elle a besoin de l’aide sociétale pour redresser les injustices sociales et compenser les inégalités culturelles : dans cette mesure-là, nous ne sommes pas neutres quant au choix de la société qu’on prépare à nos enfants ».
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