Loisirs et culture

Chez Mémé, de Catherine Le Goff (CFC éditions) Prix Espiègle de la première œuvre belge

Chez Mémé de Catherine Le Goff (CFC)

La Fédération Wallonie-Bruxelles a remis ce 1er décembre ses prix littéraires annuels, joliment baptisés les Espiègles. Chez Mémé, de Catherine Le Goff (Maison CFC éditions) a reçu le Prix Espiègle de la première œuvre en littérature jeunesse. Un nouveau talent à suivre. Son livre est une magnifique évocation de sa grand-mère bretonne. L’artiste française installée à Bruxelles a puisé dans ses souvenirs de vacances des moments de partage révélateurs d’une forte personnalité. Magnifique, l’album l’est également à travers les portraits de l’aïeule et de sa petite-fille réalisés selon une technique originale : la gravure à l’eau forte et à l’aquatinte. 

Ce 1er décembre, au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, la Fédération Wallonie-Bruxelles a remis ses prix littéraires « les Espiègles ». Neuf auteurs et autrices belges ont été distingué∙es en littérature générale, en langue régionale, en bande dessinée et en littérature de jeunesse. Depuis 1924, ces prix, rebaptisés « les Espiègles » en 2023, couvrent un large champ de pratiques et s’adressent à différents stades de carrière. Leur nouvelle appellation renvoie à La légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster et à son personnage-phare, Thyl Ulenspiegel.

Chez Mémé

Deux prix ont été remis en littérature de jeunesse. Le grand prix a été remis à une autrice-illustratrice dont nous parlons régulièrement et à qui nous avions consacré un portrait dans le Ligueur : Marie Colot. Elle remporte ce prix pour Mori : graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawaki (Cotcotcot éditions), co-signé avec Noémie Marsily. Nous avions présenté ce beau livre, entre récit graphique et approche documentaire, qui explore la création de forêts urbaines au Japon selon la méthode Miyawaki dans notre chronique Lire, ça m’dit.

Le prix de la première œuvre en littérature de jeunesse a quant à lui été attribué à Catherine Le Goff pour Chez Mémé (CFC éditions), album qui reprend certains de ses souvenirs d’enfance dans la maison de sa grand-mère paternelle à la fin des années 1970. Nichée dans le Morbihan, cette maison est le reflet de la vie rude d’une dame âgée, avec ses deux pièces dont celle servant de cuisine, salle à manger, chambre ou ses toilettes installées dans une petite cahute au fond du jardin ou encore l’évier pour se laver. L’été, on sort un baquet pour un bain digne de ce nom. Ces conditions spartiates d’une existence à la campagne forgent le caractère. Cette mémé est capable de colère quand un enfant explose sa fleur de poireau ou d’humour facétieux quand elle fait chanter la poule qu’elle plume en appuyant sur le larynx ! Car cette vie à la campagne, ce sont aussi ces poules, ces lapins, ces légumes qu’on soigne avec amour tout en sachant qu’ils finiront dans l’assiette familiale. Les souvenirs de l’autrice petite fille se nourrissent de détails parlants comme les ventrées de châtaignes, les mains de l’ancêtre quand elle coupe le pain ou les odeurs qui la dérangent en son jeune âge. Toutes ces saynètes sont une ode aux plaisirs simples. Une des grandes forces de cet album tient à la technique choisie par l’artiste qui a opté pour des gravures réalisées à l’eau-forte et à l’aquatinte. Les teintes sépias traduisent à merveille la nostalgie d’un passé, d’une enfance, d’une relation forte. Ce procédé de grainage sur des plaques de métal et le choix de couleurs monochromes, légèrement passées, donnent aux illustrations l’impression de photographies d’époque. Il s’en dégage des sensations de douceur, empreintes dans la mémoire et dans le métal, reflets d’un lien intergénérationnel qui perdurera. (à partir de 5 ans)

Chez Mémé, de Catherine Le Goff (CFC éditions)