Loisirs et culture

Clé de sol et clé des chants

Rencontre avec Maxime Mélon, agriculteur et musicien engagé

Musicien et agriculteur bio, Maxime Mélon a transmis passions et valeurs à ses enfants. Entre punk engagé, valeurs durables et conscience des inégalités sociales.

Sur scène, Maxime Mélon a le verbe haut et le poing levé. En face à face, l’expression est plus posée, mais la force de conviction reste intacte. Chanteur et guitariste du groupe La Marmite, il prend le micro pour partager des textes engagés sur un tempo rock électro-punkoïde. Que ce soit en Belgique, en France ou en Suisse.
À côté de ses échappées musicales, Maxime Mélon est aussi paysan. Il gère une ferme à Vierves-sur-Viroin, dans le sud de la province de Namur. Un profil atypique. « C’est vrai que ce n’est pas courant. Mais j’ai quand même rencontré quelqu’un qui est venu jouer l’année passée et qui avait laissé ses moutons dans le sud de la France. C’est sa femme et ses enfants qui s’occupaient des bêtes pendant qu’il faisait le saltimbanque ».
Les enfants. C’est une des raisons pour lesquelles on discute avec Maxime Mélon en ce jour de septembre. C’est qu’on l’a vu lors d’un festival de lutte paysanne (Farm Or Die) durant l’été. Quatre jours d’itinérance de ferme en ferme. Sur scène, La Marmite, son groupe, mais aussi, dans un tout autre genre, Koval.
« Koval, c’est le blaze de mon fils qui fait du rap. C’est la première fois qu’on fréquentait la même scène et on s’y est bien retrouvé. Chouette de faire cette tournée avec le fiston et son cousin qui lance des sons. Cela ajoutait une dimension intergénérationnelle, une diversité de genres musicaux. Ils ont même repris une de nos chansons. »

Transmissions

Koval, c’est Pierre, 19 ans. Il y a aussi Lucien, de trois ans son aîné. Lui aussi est tombé dans la marmite du son. « C’est d’ailleurs le plus musicien de nous trois. Il est fan de fanfare. Il joue de la trompette, du trombone. De la guitare aussi. Il interprète des chansons à textes, du Brassens. Je n’ai jamais mis mon nez dans ce qu'ils faisaient. Ils se sont débrouillés en explorant des horizons qu'ils ont choisis ».
La transmission s’est aussi opérée sur l’engagement politique. Toujours de façon naturelle. « Le plus grand est peut-être moins rock’n roll, mais il est très politisé dans sa façon de voir le monde, de le remettre en question. Il m’inspire beaucoup. Il intellectualise les choses plus que moi. Il est très affûté sur le plan des idées, sur le mot juste. Le cadet est dans une démarche plus proche de la mienne, entre slogans et montées aux barricades ».
Cette transmission-là, Maxime l’explique par le bouillon de culture propre à la ferme. Celle-ci est aussi le siège du Cheval Déchaîné où se produisent des groupes venus d’un peu partout. « On a ainsi hébergé des punks à grande crête, des groupes queer, des artistes transgenres… Des personnalités assez typées dans leur engagement. Des gens avec qui on avait établi des liens forts, parfois d’amitié, lors des tournées ».
Maxime Mélon affirme ne pas avoir voulu « matraquer » ses enfants par ses préoccupations. « Avec Sophie, leur maman, on a essayé de leur épargner nos anxiétés, nos angoisses. De les ouvrir à beaucoup de tolérance. On voulait juste qu’ils voient les choses avec des yeux intelligents, prêts à déconstruire les préjugés, les stéréotypes, le racisme, le sexisme. Après, c’est à eux de construire leur vie. On leur souhaite d’être heureux, et on est plutôt fiers qu’ils ne suivent pas aveuglément le troupeau ».

Ferme et lien de sang

Musique. Politique. Parlons à présent de la ferme où le mot transmission prend un autre sens, plus terre à terre. Maxime y vit depuis qu’il a 5 ans. Elle appartenait à son beau-père, puis il l’a reprise. « On y élève des vaches, des poules, des moutons sur 50 hectares. On est axé sur un modèle de paysannerie étroitement lié avec ce que la nature peut nous donner. Les bêtes sont essentiellement élevées à l'herbe de prairies. On essaye d'être un maximum émancipé des intrants et de la mécanisation. On s’inscrit dans quelque chose de durable. En fonction de nos valeurs. Conscients, notamment, des problèmes climatiques ».
Cette ferme sera-t-elle transmise aux enfants ? Là aussi, Maxime laisse venir. « Je n’ai pas envie de les contraindre. C'est un milieu où les enfants n'ont pas toujours le choix. Il y a une forte pression familiale, un gros enjeu patrimonial, etc. Je n'ai pas envie qu'ils se sentent coincés, redevables de quoi que ce soit. On n'a pas peur de le dire, le lien du sang n’a pas d'importance par rapport à ça. On a besoin de transmettre nos outils de travail et nos lieux de vie, de subsistance, mais sans mettre pour autant une pression sur la tête des enfants. Voilà, si un jour, ils ont envie… Et si ce n'est pas eux, on essaiera de transmettre intelligemment à quelqu'un d'autre pour que le modèle défendu au quotidien se perpétue, pour que l’outil ne soit pas englobé dans une ferme plus grosse ».
Maxime se réjouit de sa double vie lorsqu’il jette un œil sur le rétro du tracteur. « J’ai rencontré des gens, développé un réseau social tout à fait intéressant et une dynamique de lutte aussi. Pour dénoncer l’autoritarisme. Les centres fermés. La violence d’État… J'aurais pu totalement passer à côté de cet univers là si j'étais resté uniquement au cul de ma vache. En général, les agriculteurs sont enfermés dans une forme de solitude. Le fait de sortir de ces murs, d'aller à la rencontre de gens inspirants, de lieux atypiques, m’a permis d'ouvrir un horizon auquel je n'aurais pas eu accès si je n'avais pas mis le pied sur cette scène particulière ».

DISQUES ET CONCERTS

La Marmite a sorti quatre albums depuis 2008. Les trois derniers ont été édités par le label Aredje. Prochains concerts : le 28/11 à Matagne-la-Petite (petit Rustique)et le 12/12 à Charleroi (Rockerill), le 17/1/26 à Namur (Belvédère).