Développement de l'enfant

Comment les dessins animés scotchent-ils vos enfants ?

Yeux écarquillés, bouche grande ouverte… Vous reconnaissez votre enfant devant un dessin animé Pixar ? Les scénaristes ont un secret : les mettre directement « on board ». Michael Arndt, scénariste de Toy Story 3 et Little Miss Sunshine, livrait sa formule magique lors d’une masterclass au festival Anima. Le Ligueur vous l'a rapportée.

Dans la construction d’un scénario, Michael Arndt considère que le premier des trois actes est le plus important. Celui sur lequel la réussite de l’histoire repose. Or, l’objectif de ce premier acte est simple : impliquer son audience, et le plus rapidement possible !
« Le début d’une histoire est la partie la plus poétique, la plus lyrique et la plus créative, explique Michael Arndt. On bénéficie de plus ou moins dix minutes où l’attention du spectateur est totale : on peut lui raconter ce qu’on veut comme on veut ». Pensez au début de Wall-E : on vous fait découvrir un nouveau monde par le biais d’un petit robot… qui ne parle pas.
« Mais l’impératif du premier acte, c’est qu’il doit être beaucoup plus que juste ‘distrayant’. Il doit introduire le héros, son monde, établir les différents enjeux, développer la philosophie du personnage, introduire un élément déclencheur, souligner l’objectif final et engager la première étape pour y accéder… La fin du premier acte démarre lorsque le héros se lance dans sa quête ». Le problème, c’est que vous pouvez répondre à tous ces points et pourtant obtenir une histoire ennuyeuse, prévisible ou dont tout le monde se fiche !

Montagnes Russes

Le truc de Michael Arndt pour rendre l’histoire captivante ? « Je vais utiliser une métaphore. Imaginez un wagon de montagnes russes. Si le public est dans le wagon, vous lui procurez de l’émotion. S’il est simple spectateur, il ne sera pas concerné de la même manière. Mon objectif est que le public soit assis dans le wagon, à côté de mon héros ». Selon lui, l’erreur récurrente des scénaristes débutant·es est de présumer de la sympathie du public pour leur personnage principal. « Il faut gagner la sympathie par le biais d’une parole ou d’une action du héros ».
Pour construire son héros ou son héroïne, il existe bien sûr un guide standard avec des points à respecter : avoir de grands rêves, être compétent·e, mais humble, gentil·le, altruiste et aussi un brin rebelle. Michael Arndt propose d’y ajouter le détail qui fera mouche : le ou la rendre différent·e.
« Il y a des millions d’histoires. Tous les héros respectent la même trame, alors comment faire pour que le vôtre se démarque ? C’est comme lorsqu’on tombe amoureux : c’est parce que cette personne est différente des autres. C’est pareil pour le héros, il faut qu’il soit suffisamment différent de la foule pour que le public l’adore. »
Pour rendre son héros ou son héroïne différent·e, le scénariste a sa recette : le/la faire nager à contre-courant et lui accoler un faire-valoir, une personne ordinaire, représentative du monde imaginé. « En parallèle de cet être ordinaire, le héros sera également défini par les forces antagonistes dressées contre lui. Le vilain, le méchant, en est la quintessence. Lors du face-à-face, on a généralement un clash : celui des points de vue différents sur le monde ». Enfin, pour terminer votre personnage en beauté, « rendez-le drôle et stoïque ». Malgré tous les problèmes rencontrés, il ne doit pas se plaindre.

Une seule façon de réaliser son rêve

Là aussi, Michael Arndt a repéré une manière d’opérer qui implique le public dans l’histoire et lui donne envie d’en savoir plus. Et, chose amusante, cette méthode est commune à Cendrillon et… au Parrain !
Concrètement, ça donne ceci : on montre que le héros, l’héroïne a un grand rêve inaccompli (dans le cas de Cendrillon, elle chante Le rêve d’une vie, c’est l’Amour), on augmente l’espoir de réaliser ce rêve (les animaux lui ont confectionné une robe), on brise le rêve de façon injustifiée et on ajoute des insultes ou des blessures (les belles-sœurs lui déchirent sa robe violemment en la traitant de tous les noms), on donne l’impression de fermer la porte du rêve à tout jamais (Cendrillon se cache dans les bois pour pleurer son désespoir). Et, enfin, vous présentez une seule et unique façon de rendre le rêve possible (la fée la transforme en princesse, mais elle doit être rentrée avant minuit !).
« À partir de cet instant, le public est accro, affirme Michael Arndt. Si, à ce moment, vous dites ‘À table’ à vos enfants, vous n’obtiendrez qu’un ‘Noooooon’, parce que vos enfants veulent voir le bal, le prince et la réaction des belles-sœurs. Ils aiment le personnage et veulent connaître la suite tout de suite ! »
Mais, tout de suite après avoir élaboré cette méthode, Michael Arndt confie qu’il ne l’utilise pas forcément : « L’histoire est un mystère. Et le pouvoir incroyable de raconter des histoires est fascinant : on peut changer la vie des gens ! Les histoires peuvent avoir un impact politique, culturel, religieux… ». C’est ce qui peut rendre une histoire si bouleversante : quand le scénariste se l’est appropriée pour trouver la meilleure façon de la raconter.

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