Développement de l'enfant
« En entrant à l’école, ton enfant pénètre dans un monde qui ne t’appartient pas. Mais tu as un rôle à jouer dans le fait que cela se passe bien », dit justement une jeune maman. Si votre enfant est allé à la crèche, une chose à soigner est la transition crèche-école. Que pouvez-vous mettre en place avec les puéricultrices de la crèche et les professionnels de l’école pour qu’il la vive de façon sécurisante ? Petit tour d’horizon (non exhaustif)…
« La transition crèche-école, c’est une transition dans la durée, lance d’emblée Mireille Pauluis, psychologue clinicienne. Elle se prépare à la crèche, elle se vit au moment de l’entrée à l’école et elle se travaille après, au moins le temps de la classe d’accueil. » Cela vaut aussi si votre petit a été gardé par une accueillante d’enfants ou qu’il est resté avec vous. Autre précision : « Le petit enfant ayant besoin de continuité, cette transition doit se vivre comme une continuité, pas comme une rupture. » Concrètement, comment faire ?
Prendre l’enfant par la main…
- Avant le jour J, cela vaut la peine d’emmener votre bambin découvrir l’école « en vrai ». Et pas qu’une fois ! Cela crée du sens pour lui. Si un grand frère ou une grande sœur la fréquente, elle n’est déjà pas si inconnue que ça. Une visite de l’école est parfois organisée par les puéricultrices de la crèche, si les deux lieux sont proches.
- Votre enfant quitte la crèche, mais celle-ci continue d’exister. Vous pouvez y retourner faire un coucou de temps à autre. Si elle existe toujours, lui aussi existe toujours, peut-il se dire.
- Lire avec lui des histoires sur l’école l’aide à mieux appréhender la nouveauté. Nos coups de cœur dans l’encadré ci-dessous.
- Pour une plongée en douceur, de plus en plus d’écoles mettent en place un temps de familiarisation. Si ce n’est pas le cas pour vous, pourquoi ne pas en initier un ? Passer quelques heures ou quelques demi-journées, votre enfant et vous, dans la classe ou la garderie, c’est tout bénef pour tout le monde ! « La familiarisation, ce n’est pas un simple ON/OFF. On prend l’enfant par la main, on lui explique comment cela marche ("Tu sais, à l’école, il va se passer ceci et cela. Tu vas avoir Madame Machin, tu vas te faire de nouveaux copains"). Petit à petit, ce nouvel univers va lui devenir familier, il va y trouver sa place », assure Mireille Pauluis.
Doudou, tétine et compagnie
- À ne pas négliger : tous ces objets faisant lien avec ce qui fait sécurité pour votre « grand bébé ». Comme le doudou et la tétine. Dans certaines écoles, le doudou est laissé dans le cartable ; dans d’autres, il rejoint chaque matin le bac ad hoc ou le casier de l’enfant. Souvent, il est réservé à des moments précis, comme la sieste. Il arrive aussi qu’il ne soit pas autorisé : dommage ! Si votre enfant en a un, le doudou fait bien « trait d’union » entre la maison (maman, papa, le connu) et l’école, il le rassure lors des moments un peu difficiles. C’est important qu’il puisse l’avoir à portée de main. Si ce n’est pas le cas, n’hésitez pas à en discuter avec l’institutrice pour voir ce qui est négociable. Idem pour la tétine – certes, pas idéale pour parler. « L’enfant doit pouvoir garder l’objet qui le rassure, insiste Mireille Pauluis. Il va peut-être régresser et l’utiliser beaucoup plus qu’avant, jusqu’à ce que, tout à coup, il n’en ait plus besoin. »
Autre objet qui fait lien et qui est, lui, nouveau : son cartable qu’il choisit avec vous. Optez pour un petit sac à dos léger, facile à ouvrir et fermer : il le portera en gardant un bon maintien du corps. « Il peut déjà l’emporter à la crèche », suggère Mireille Pauluis. Dans son cartable, son doudou, sa gourde et sa boîte à tartines, ainsi que ses autres indispensables – un mouchoir plein de bisous de maman dans lequel puiser en cas de chagrin, un caillou souvenir d’une balade et, peut-être les tout premiers jours d’école, un petit album avec les photos de son ancienne puéricultrice et de ses copains de crèche… Oui, les liens qui comptent pour lui sont déjà variés. Autre moyen de le sécuriser : marquer ses affaires d’un signe distinctif qu’il reconnaît seul. - Important aussi, « faciliter la prise d’autonomie de votre enfant, autonomie qu’il va de toute façon devoir prendre, ce qui facilitera aussi la vie de l’instit », conseillent des parents. Une check-list : « Une boîte à tartines facile à ouvrir et fermer, une gourde facile à utiliser, des vêtements faciles à enlever et mettre tout seul, des chaussures à scratch, des cheveux coiffés de sorte qu’ils ne tombent pas devant les yeux… »
- « L’étiquette collée à l’école, c’est "Les enfants deviennent des élèves, ils vont apprendre des choses". Mais, à 2 ans et demi-3 ans, il faut d’abord les laisser jouer et expérimenter librement, tout en les soutenant dans leurs découvertes, ce qui va leur permettre de comprendre un tas de choses par eux-mêmes », proclame Mireille Pauluis.
Bien soigner la communication
- « Si les parents s’informent, visitent l’école, discutent avec les personnes qui y travaillent, bref, s’ils se familiarisent eux-mêmes avec l’école et sont rassurés, l’enfant sera plus facilement rassuré », dit Mireille Pauluis. Laquelle précise : « Les parents sont une corde de continuité. C’est important qu’ils connaissent la dame de la garderie, l’institutrice, la dame du réfectoire, celle qui surveille la sieste… et qu’ils montrent à l’enfant qu’ils les connaissent. »
- Au quotidien, une bonne communication entre l’école (et donc, l’instit, mais pas seulement) et vous, c’est précieux. Il y a les réunions formelles et les échanges informels. Un premier sujet de discussion : votre bambin bien sûr, comment vous le voyez, comment les puéricultrices de la crèche le perçoivent – « sans le coincer dans un rôle, sans figer son portrait », nuance Reine Vander Linden, psychologue clinicienne. « D’une façon générale, si vous voulez traduire quelque chose de votre enfant à son instit, parlez de ses besoins plutôt que de ses traits de personnalité, poursuit-elle. Par exemple : "Il est vite fatigable, il a besoin de repos" et pas "Il est difficile", ou "Il a besoin par moments qu’on s’intéresse plus spécifiquement à lui" et pas "C’est un peureux". » « Mieux vaut décrire les niveaux de compétence que l’enfant a déjà atteints que pointer ce qu’il ne sait pas encore faire », enchaîne Mireille Pauluis. Autre sujet : la vie à l’école, en classe, à la garderie. Connaître la journée type ou la semaine type de votre enfant vous aide, lui comme vous, à vous repérer. Un carnet de liaison ou une farde d’avis facilite les échanges. Les mails aussi…
- On le voit, tout ce qui crée de la prévisibilité et aide à anticiper a du bon. Votre enfant a besoin d’un cadre clair : « Qui va me conduire ? Qui vient me chercher ? » Reine Vander Linden : « Même s’il ne retient pas tout, savoir de quoi sa journée sera faite lui permet de réduire son stress. » Et savoir qu’aujourd’hui, c’est sa Mamilou qui vient le rechercher compte autant pour lui que de savoir que c’est jour de cuisine !
Pas mal de parents prennent congé pour accompagner leur petit le premier jour d’école. « Il faut pouvoir se dire que les pleurs des premiers jours d’école sont permis, conclut Reine Vander Linden. Après, cette étape n’est pas simple pour le parent – de vieux souvenirs sont réveillés. Elle n’est pas simple pour l’institutrice qui a à essuyer des larmes de tous côtés. Elle n’est pas simple pour l’enfant qui se retrouve dans une ambiance stressante. Il faut pouvoir accepter cette étape sans paniquer : elle est incontournable ! » C’est un cap à passer. L’histoire de quelques jours.
EN PRATIQUE
À lire et relire avec lui
Parmi les nombreux livres jeunesse racontant l’école, douze coups de cœur, dont pas mal de classiques.
- À l’école de Bénédicte Guettier, Casterman.
- Calinours va à l’école d’Alain Broutin et Frédéric Stehr, L’école des loisirs.
- Non, non et non ! de Mireille d’Allancé, L’école des loisirs.
- Le train des souris de Haruo Yamashita et Kazuo Iwamura, L’école des loisirs.
- Timothée va à l’école de Rosemary Wells, L’école des loisirs.
- L’école de Léon de Serge Bloch, Albin Michel Jeunesse.
- Henri est en retard d’Adrien Albert, L’école des loisirs.
- Même pas en rêve ! de Beatrice Alemagna, L’école des loisirs.
- À l’école, Léon ! d’Émile Jadoul, Pastel/L’école des loisirs.
- Le pigeon doit aller à l’école ! de Mo Willems, Kaléidoscope.
- Mon premier jour d’école de Soledad Bravi, L’école des loisirs.
- Crocus et l’école de Sophie Guerrive, Éditions 2024, collection 4048.
PENSEZ-Y
Ne filez pas en douce !
En laissant votre enfant à l’école, n’oubliez pas de lui dire au revoir, insistent les instits. C’est important, même si c’est un drame pour lui ! Il faut qu’il comprenne que papa ou maman est parti(e) et qu’il ou elle reviendra plus tard. Sans quoi, il passera sa journée à vous chercher partout.
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