Loisirs et culture
En résumé
- Le Red Star Line museum est situé à Anvers
- Il aborde la migration vers les États-Unis au XIXe siècle
- Un focus est aussi fait sur la réalité migratoire aujourd'hui
Coup de chapeau au Red Star Line Museum. À travers témoignages et objets, on y prend la mesure de la réalité migratoire, de ce que signifie tout quitter dans l’espoir d’une vie meilleure.
À l’occasion d’un week-end à Anvers, nous avons poussé une pointe jusqu’au Red Star Line Museum, dans l’ancien quartier portuaire. Le musée est situé dans les entrepôts d’embarquement d’origine de la compagnie maritime Red Star Line. Qui mieux que ce lieu chargé d’histoires pouvait raconter les trajectoires des presque deux millions de migrant·es qui ont transité par ces entrepôts avant d’embarquer vers le continent nouveau ?
D’entrée de jeu, on marche dans leurs pas. D’une salle à l’autre, on suit les étapes du parcours migratoire depuis le départ du pays d’origine vers le port d’Anvers jusqu’à la traversée en bateau, en passant par les contrôles de papier et les examens médicaux. Sur deux étages, installations immersives et traces du passé se répondent pour nous confronter à la réalité des passagers.
La migration sous un autre regard
Au-delà des histoires personnelles, le musée revient aussi sur les politiques migratoires de la fin du XIXe siècle. À cette époque, Canada et États-Unis rivalisent pour attirer les migrant·es sur leur sol. Le pays à la feuille d’érable développe même sa propre liaison maritime avec Anvers. Alors que l’industrie américaine s’échine à trouver de la main-d’œuvre bon marché, des régions entières du Canada cherchent des habitant·es pour grossir les rangs de leur population.
Mes enfants sont surpris de découvrir que l’immigration a été vivement souhaitée par ces deux pays et comparent avec ce qui s’est passé en Belgique quand il fallait trouver de la main-d’œuvre pour aller travailler dans les mines. Ici ou ailleurs, même combat... La pauvreté sévit et l’espoir d’une vie meilleure ailleurs poussent certain·es à tout quitter.
La traversée transatlantique n’est pas à la portée de toutes les bourses. Il faut compter 162,50 francs belges pour acheter un billet de 3e classe, soit l’équivalent de 1 000€ actuels (pour les enfants, c’est la moitié du prix). 162,50 francs belges, c’est, à l’époque, l’équivalent de septante-cinq jours de travail pour un ouvrier.
Célébrités ou inconnu·es au bataillon, même combat
Si le musée relate des destins hors du commun, comme ceux d’Albert Einstein ou du célèbre auteur-compositeur Israel Beilin, mieux connu sous le pseudonyme d’Irving Berlin, il raconte aussi et surtout les histoires et destinées d’inconnu·es. Tickets de train, valises, documents officiels, photos de famille, objets personnels, lettres… autant de traces du passé qui donnent de la consistance aux témoignages. Ici, une photo de famille en noir et blanc qui capte le regard ; là, un extrait de lettre posé sur une valise qui nous fait rentrer dans la peau d’Achiel, d’Ethel, d’Anastasia ou de Franc.
L’histoire de la famille Moël nous a particulièrement bouleversé·es. Nous sommes en 1922, la mère et ses quatre enfants prennent la route depuis la Pologne et Varsovie pour un long voyage à travers l’Europe jusqu’à Anvers. De l’autre côté de l’Atlantique, le paternel a envoyé de l’argent. Cela fait des années qu’ils et elles ne se sont pas vu·es. Arrivé·es à bon port, la petite Ita, 10 ans, se fait refouler par le service d’immigration américain à Ellis Island. Elle est atteinte d’un trachome, une affection oculaire contagieuse. Sa mère passe la douane avec ses trois autres enfants tandis qu’Ita repart seule vers Anvers où elle sera prise en charge par l’association humanitaire juive Ezra. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’elle retrouvera sa famille.
Pour donner encore plus de réalisme à l’histoire, mes enfants sont invité·es à se prêter au jeu de la rigueur des examens médicaux, le moindre virus ou maladie compromettant le projet migratoire. La visite se termine par un focus sur la migration aujourd’hui. Des dispositifs visuels et auditifs donnent vie et voix à des témoignages de migrant·es vivant à Anvers. Avant de repartir, visiteurs et visiteuses sont invité·es à laisser une trace de leur passage en écrivant sur une carte postale une anecdote ou une histoire de famille liée à la migration. Un exercice introspectif intéressant en guise de conclusion.
À SAVOIR
Testé et approuvé par les enfants
Le Red Star Line Museum a reçu le label « approuvé par et pour les enfants » dispensé par le MuseumPASSmusées qui salue le travail des musées qui adaptent leur offre aux enfants. Les 3-6 ans sont invité·es à aider la mouette Gup à déménager en cherchant valises et défis à relever. Les 6 ans et + partent sur les traces de Bessie, une petite fille de 9 ans qui effectue la traversée avec sa famille depuis Anvers jusqu’à New York.
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