Loisirs et culture
L’ARCHIVE DU MOIS
C’est un beau cadeau de Noël pour les lecteurs et lectrices du Ligueur. Le 20 décembre 1985, Daniel Fano leur offre une interview de Franquin, dessinateur de Spirou, père de Gaston Lagaffe. Cela n’a l’air de rien, mais, à l’époque, Franquin se fait très rare dans les médias. Et obtenir une interview du célèbre dessinateur relève de l’exploit. Il faut dire que l’homme sort d’une longue dépression qui a laissé des traces. Il s’expose et se livre peu. D’ailleurs, Daniel Fano le souligne, la conversation a été « courte ». Qu’à cela ne tienne, la culture générale et l’érudition du journaliste offrent un article condensé, riche d’enseignements.
Au centre de la discussion, Gaston. Cet hiver-là, c’est l’événement, un « nouvel » album de Gaston s’invite chez les libraires. Il s’agit de Gaffes et Gadgets qui « reprend le contenu intégral d’un ouvrage introuvable depuis un quart de siècle, explique Daniel Fano. S’y ajoutent nombre de cartoons accessibles seulement à ceux qui possédaient les journaux Spirou de la période considérée ».
Dans le Ligueur, Franquin explique pourquoi il a abandonné le personnage de Spirou au profit de Gaston à la fin des années soixante. « Je l’ai largué parce que Gaston me plaisait, me satisfaisait, me correspondait mieux. Gaston est alors passé d’une demi-planche à une planche complète ».
Ce changement de format va participer au succès de Gaston, comme l’avait prophétisé Peyo, le dessinateur des Schtroumpfs, qui lui avait dit que « tant que Gaston ne paraîtrait pas sous le format courant des albums de bande dessinée, il ne connaîtrait que des ventes médiocres ». Il faut dire que les albums du gaffeur le plus célèbre de la BD, plus petits et allongés, étaient, selon Franquin, détestés par les libraires. Vu leur petit format, « ils étaient extrêmement faciles à voler, et donc on le volait plus souvent qu’on ne l’achetait ».
Interrogé par Daniel Fano, Franquin se montre volontariste. Prêt à relancer Gaston pour de bon. « Début 86, je me remets au travail. Je veux atteindre les mille gags ! Il m’en reste cent quatre à faire ». Cette promesse, le dessinateur ne pourra pas la tenir. C’est qu’en 1987, il se lance dans les aventures du Marsupilami, puis dans un dessin animé, Les Tifous, qui lui pompera une énergie inversement proportionnelle au succès de la série. La dernière gaffe de Gaston, numérotée 909, paraît dans le magazine Spirou en juin 1991. Franquin, lui, s’éteindra six années après l’ultime aventure de son héros fétiche à l’âge de 73 ans.
De l’interview réalisée par Daniel Fano, on retiendra notamment la conclusion liée à l’enfance. Ils parlent des souvenirs qui l’inspirent. « Très importants, les souvenirs d’enfance, on vit toute sa vie là-dessus. Il faut absolument avoir une enfance pittoresque ».
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