Société

[Infantisme] Du flow et des droits : quand les jeunes s’emparent du pouvoir par la parole

Former les jeunes à l’art oratoire, consolider la parole et élaborer un plaidoyer participatif

Si le terme d’infantisme est tout récent dans notre constellation, les initiatives en sa faveur, elles, existent depuis longtemps. Notamment chez les ados et les grands ados.

Nous avons suivi, par exemple, la joyeuse clique de Tak-Tik, constituée par Bruxelles Laïque, qui proposait aux jeunes de monter tout un tas d’actions pour lutter contre les formes de hiérarchie à l’école selon leur rythme et leurs capacités. La bande est allée jusqu’à interpeller la ministre de l’Éducation de l’époque, Caroline Désir. Autre contexte, même mouvement, cette initiative que l’on adore, portée par le Service Droit des Jeunes de Bruxelles (SDJ), « Du flow et des droits ». Non, on ne l’aime pas que pour son nom, promis.

« Je ne pensais pas être capable de faire ça »

Pierre-Yves Rosset, directeur du SDJ Bruxelles, prend ses fonctions, il y a quatre ans, en voulant mettre l’accent sur la participation des jeunes, d’en faire son cheval de bataille et le fil rouge éducatif de cette structure qui accompagne les jeunes dans toutes les démarches pour pallier le mieux les diverses incapacités juridiques. Un vrai service d’aide de première ligne socio-juridique, accessible sans rendez-vous, sans condition.
C’est fort de cette démarche résolument ancrée terrain que nait l’envie d’outiller les jeunes. Comment ? Entre autres, en rendant le langage accessible. Pierre-Yves Rosset revient sur le fondement de sa démarche. « Dans mes missions précédentes, j’ai travaillé dans l’équipe du Directeur Général aux Droits de l’Enfant (DGDE). J’ai donné des conférences et des formations partout dans le monde. Je transmettais des infos sur les droits de l’enfant aux professionnel·les. En arrivant au SDJ, je me suis dit qu’il fallait une approche plus complète. Trouver une formule, une démarche participative qui englobe toutes les tranches d’âges. Alors, on sillonne la FWB et on part de ce que les jeunes veulent traiter ». L’idée ? Former les jeunes à l’art oratoire. Consolider la parole et élaborer un plaidoyer participatif.

Des conférences inversées

Fort de ce succès, le projet porté par Loïc Rossens décide d’aller plus loin et d’organiser des rencontres avec les politiques. La première idée consiste à créer des conférences avec pour principe d’inverser les rôles. Ici, les jeunes animent ces conférences. Les représentants politiques viennent et répondent à leurs préoccupations.
L’autre idée consiste – en amont des élections – à réunir les jeunes pour les faire discuter des enjeux sociétaux pour confronter les politiques à leur programme dans un podcast. L’enjeu primordial pour Pierre-Yves Rosset, outre que les 12-22 prennent le pouvoir par la parole ? Celui de ne pas donner l’image de jeunes qui procèdent par imitation. Soit, des gamin·es qui s’expriment comme des adultes pour des adultes. Ici, le langage est authentique, il sert des idées construites sur un fond qu’il l’est tout autant. L’initiative existe depuis mars 2023, a permis à 1 800 jeunes de s’investir, à part égale, entre les jeunes hommes et les jeunes femmes. Les retours ? Des jeunes qui regardent vite fait le chemin accompli et qui se disent « Une conférence à 16 ans ? Je ne pensais pas être capable de faire ça ». Il en ressort que ces jeunes sont plus sûr·es d’eux, d’elles et conscientisent un angle d’analyse dans la visée de leurs droits, mais, plus que tout, se disent qu’ils et elles peuvent être entendu·es.

Le futur, c’est aujourd’hui

Pierre-Yves Rosset est convaincu : « Il faut sortir de l’acception néo-libérale de l’enfant. Arrêter de parler des enfants et des jeunes comme un retour sur investissement pour l’avenir de la société. Ils et elles sont titulaires de droits à part entière, acteurs et actrices de la société d’aujourd’hui. C’est maintenant que se jouent les choses. Maintenant qu’ils et elles nous permettent de voir les choses différemment et pointent les angles morts. Il me semble primordial de les considérer au quotidien. C’est aujourd’hui qu’il faut les faire participer sur les questions qui les concernent. Maintenant qu’il faut les outiller. Maintenant qu’il faut développer leurs capacités à s’adapter à différents contextes ».
Le rôle des parents dans tout cela ? Participer le plus possible à l’activation de ces droits. Vous pouvez commencer par lui poser la question : « Tu sais que tu as des droits ? Tu peux me les citer. Tu veux qu’on les lise ensemble ». Cela, à n’importe quel âge. Et le début, à coup sûr, d’une discussion passionnante.

Retrouvez ici l'intégralité du dossier « Infantisme : repenser la place de l'enfant »