Développement de l'enfant
« Que vas-tu faire de ta vie ? ». Voilà la question qui taraude un bon nombre de grands ados… et leurs parents avec. Un choix que l’on pense déterminant et qui peut donc s’avérer tétanisant. Pour les aider, des associations travaillent sur la connaissance et l’estime de soi. Des formations qui portent leurs fruits.
Ils sortent de rhéto et, pouf !, on leur demande ce qu’ils veulent faire de leur vie. Jusqu’ici, ils ont suivi les rails du parcours scolaire. Avec plus ou moins de réussite. On les a orientés dans certaines options en fonction de leur goût pour les maths, les sciences, le latin, des études techniques ou artistiques. Et là, on leur pose la question qui leur donne le vertige : « Que veux-tu faire de ta vie ? ».
Une réponse à trouver en quelques semaines, parce qu’en sortant des études secondaires, il faut s’inscrire dans une formation, un cursus ou commencer à travailler. Sinon, ils rejoignent le clan des « NEET », not in employement, in education or training. C’est le terme que l’OCDE a donné aux jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni travailleurs, ni en formation, ni scolarisés. En Belgique, en 2016, l’organisation de coopération et de développement économique estimait qu’il y en avait 273 000. Une perte économique pour le pays, puisque cela représente 1,4 % du PIB, soit 5 milliards d’euros. Rien que ça.
La honte de rater
Face à ce choix difficile, certains s’octroient une année sabbatique à l’étranger. C’est ce qu’a envisagé Alizée. Après des secondaires dans une branche artistique, cette jeune Brabançonne a voulu parcourir le monde. « Je pensais qu’avec 2 000 € en poche, je pourrais partir du jour au lendemain. J’ai très vite déchanté. Je me suis rendu compte que j’aurais dû préparer mon voyage un an plus tôt. Or, je n’avais pas envie de prendre deux années sabbatiques ».
Elle consacre alors son année à divers projets : Erasmus + proposé par le Bureau international de la jeunesse, petits boulots à Walibi et dans une ferme en permaculture. Puis elle s’inscrit à l’École de recherche graphique à Bruxelles. « Mais dès le premier jour, je n’y ai pas trouvé ma place ». Elle met ce sentiment de côté et fonce. Après un semestre, rien ne va plus. Appel à maman en pleurs.
« J’avais honte. Parce que mes parents avaient payé le minerval, le kot. Parce que j’avais l’impression de ne pas assumer mon choix. Parce que tout le monde me disait de m’accrocher pour terminer mon année, que je verrais bien après. Mais je ne m’y sentais pas à ma place. C’était l’échec. »
« Au lieu de me trouver un métier, je me suis construit un chemin de vie »
Un désarroi qui affecte aussi Anne, sa maman : « Je la voyais perdre sa joie de vivre. On a tellement peur de voir sa fille malheureuse. Je suis également professeure et j’ai l’impression que les jeunes sont démolis quand ils ratent une année. Mais qu’est-ce que c’est une année sur une vie ? Et puis, on n’existe pas que par ses études ».
Pas d’échec, mais des expériences
Ce sentiment d’échec a aussi traversé Olivia. Si elle a aujourd’hui déployé ses ailes en lançant son entreprise, cette habitante de Braine-l’Alleud est passée par la même galère.
« J’ai testé des études de stylisme après ma rhéto. J’ai été surprise négativement quand je suis arrivée dans le milieu. J’avais en plus des difficultés dans certaines branches. Bref, j’ai abandonné. »
Deux ans de petits boulots, une formation pour devenir éducatrice spécialisée, du bénévolat au Maroc… Olivia tente de se forger une expérience, mais se sent toujours terrorisée face au monde professionnel. « Mes parents me disaient qu’il fallait que je trouve un travail. En réalité, il fallait inverser la question. Plutôt que d’essayer de coller à une offre d’emploi ou à un cursus, il faut se demander : à quoi souhaites-tu consacrer ton temps ? ».
La piste de décollage
Ce qui a permis à nos deux Brabançonnes de mieux se connaître, ce ne sont ni l’école, ni leur famille (même si elle a été soutenante), mais une asbl destinée aux jeunes adultes en errance. IFF Europe pour Alizée, Youthstart pour Olivia. Ces deux organismes financés par des mécènes proposent des formations axées sur l’estime et la connaissance de soi.
« Nous ne sommes pas un centre d’orientation, explique Nicolas Gazon, coordinateur pédagogique chez IFF Europe, mais nous travaillons sur la créativité, la confiance en soi, la vie relationnelle pour ensuite s’ouvrir sur le monde du travail. Nous poussons les jeunes à s’accepter dans leurs fragilités, à accepter leurs limites et à considérer que ce qu’on appelle des échecs, ce sont plutôt des expériences de vie. »
Alizée en est sortie ressuscitée. « J’ai découvert le concept d’intelligences multiples. Cela m’a permis de trouver des qualités chez moi que je n’imaginais pas. Au lieu de me trouver un métier, je me suis construit un chemin de vie ».
Même cheminement chez Youthstart. En trois mois de formation, l’association propose de créer son entreprise. Pas forcément pour devenir entrepreneur, mais pour comprendre ce qui nous fait vibrer. Une étude de la VUB prouve que la démarche porte ses fruits. 84 % des jeunes retrouvent une activité professionnelle après leur formation, dont 38 % qui reprennent des études, 43 % qui décrochent un job et 3 % qui deviennent entrepreneurs.
La preuve s’il en fallait une que ces jeunes ont le moteur en eux, mais ont besoin de trouver la bonne piste pour prendre leur envol. Le nouveau souffle d’Alizée la pousse vers une formation en ligne d’éducatrice pour chiens. Son rêve : ouvrir ou travailler dans un refuge.
► Une étape aussi pour les parents
À la Fondation Benoit, à Bruxelles, des psychologues s’occupent également de jeunes adultes « en panne » à la sortie des études secondaires ou après plusieurs échecs.
Quand on interroge Annick D’Ursel, coordinatrice de la Fondation Benoit, et Donatienne Fourez, psychologue en thérapie systémique et familiale, leur réponse est très claire : il n’y a pas de solution miracle, c’est à chacun de trouver sa voie. Une réponse que certains parents ont parfois du mal à envisager au regard de leur principale inquiétude, voir leur enfant stagner, ne pas construire son avenir.
« Certains d’entre eux ont des idées assez précises pour leur enfant, constate Donatienne Fourez. Et le jeune adulte n’y adhère pas toujours. On essaye alors de voir comment il peut se différencier ». Annick D’Ursel de compléter : « Le rôle des parents change à cette étape de vie et il faut pouvoir l’accepter. Certains ont encore des réflexes de contrôle qui sont parfois difficiles à remettre en question. C’est aussi un stade de vie pour les parents ».
Une coupure qui n’est pas toujours aussi claire que prévu. Dans cet entre-deux, 92 % des Belges de 18 à 24 ans vivent encore chez leurs parents. C’est en moyenne à 25 ans que les jeunes quittent le nid. Après cet âge et jusqu’à 29 ans, un tiers d’entre eux reste encore au domicile familial. Une proportion toujours plus élevée : il y a dix ans, seulement un quart des 25-29 ans habitait encore chez papa et maman.
SE DONNER DU TEMPS, MAIS RESTER ACTIF
Pour sortir de l’ornière, Donatienne Fourez conseille la technique des petits pas. « Il m’arrive de donner des tâches aux jeunes qui peuvent paraître anodines, mais qui sont en fait une première petite étape. Par exemple, aller s’informer sur un site internet. Et si la personne ne l’a pas fait pour la séance suivante, on essaye de voir les freins qui l’en ont empêché ».
Se donner du temps tout en étant dans l’action, c’est un credo à la Fondation Benoit. Mais gare au piège de l’année sabbatique. « Certains prennent quelques mois pour se donner du temps. Pourquoi pas si cette année est en lien avec un projet. Si ce n’est pas le cas, on ne fait que reporter le problème », souligne Annick D’Ursel.
Composée de quatre psychologues, l’équipe rassure aussi les jeunes sur l’aspect non définitif de leur orientation. « Les carrières dans une seule et même fonction, c’est terminé. On bouge davantage qu’auparavant. Nous aidons donc les jeunes à mieux se connaître pour trouver leur place dans l’ici et maintenant. On leur fait comprendre qu’un choix n’est pas définitif », remarque Donatienne Fourez. Un prérequis qui permet aussi de relativiser en cas d’échec. « On a le droit à l’erreur. Il faut s’autoriser la prise de risque. L’inconnu fait partie de ce monde », conclut la coordinatrice.
EN SAVOIR +
- Youthstart : reveurs.be (formation gratuite).
- Tremplin : iffeurope.be (prix de la formation adapté en fonction du revenu des parents).
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