Crèche et école
En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignement (au sens large) pèse plus de 68% du budget. Ce qui le met en première ligne lorsqu’il s’agit de faire des économies. Mais, au-delà du simple exercice comptable, est-ce que mener une politique d’austérité sur le dos de l’école a vraiment un sens ?
Moritz Lennert de ChanGements pour l’Égalité (CGé) résume l’enjeu qui selon lui est sur la table. : « Le postulat qui justifie les actions de cette majorité, c’est qu’il y a un problème de déficit. Donc, on doit agir dans l’urgence. Pour y faire face, il faut donc asseoir toute une politique sur des chiffres et des analyses, le gouvernement se focalisant sur toutes les possibilités de réduction de dépenses. Seulement, dans un contre-rapport, des économistes mandatés par la Centrale Nationale des Employés (CNE) expliquent que le déficit de la FWB ne découle pas d’un excès de dépenses, mais d’un problème structurel de financement, marqué par une diminution progressive de la part de ses recettes dans la richesse nationale ».
La régionalisation est-elle la solution ?
Attaquer la question du déficit par une façon de financer plutôt que par un train d’économies pour endiguer un déraillement budgétaire ? Cela veut dire qu’il faut trouver d’autres idées que celles de secouer l’enveloppe salariale des profs qui représente environ 80% des dépenses. Ce que fait la Communauté française aujourd’hui. Elle rallonge le temps de travail de 2 heures supplémentaires, adapte les fins de carrière des enseignant·es ; réduit le nombre de professeur·rs non-présent·es en classe ; met en place un régime maladie moins avantageux... Par ailleurs, il y a toutes les autres mesures qui font mal comme la hausse du minerval dans le supérieur.
La question est donc de savoir s’il n’y a pas d’autres moyens de changer la donne au niveau du financement de l’enseignement. Première grande idée qui va dans ce sens, celle de jouer sur l’articulation Région-Communauté pour répondre au sous-financement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est du moins ce qu’appuie Philipe Defeyt qui fait partie de la guilde d’économistes constitués par la ministre en charge du budget, Élisabeth Degryse. Pour l’expert, une partie de la solution devrait venir de la Région wallonne – dont la majorité politique est la même que celle de la FWB, ce qui facilite les opérations – au travers d’une évolution des réformes fiscales. Et pourquoi pas une décision parallèle des Régions qui pourraient mettre en place une solidarité financière en transférant des fonds structurellement à la FWB ?
Rassembler Région et Communauté, comme l’a fait la Flandre, semble positif selon plusieurs de nos interlocuteurs et interlocutrices. Pour beaucoup, ce n’est pas une baguette magique, mais peut-être une partie de la solution. Parce qu’en l’état, la Communauté française n’a pas de solutions pour trouver des financements ailleurs, phagocytée par la loi de financement, extrêmement complexe (politiquement parlant) à modifier. Il faudrait mettre tous les partis autour de la table et procéder à une grande réforme de l’État. Mais cela ne répond pas réellement à la question. Est-ce aux profs, aux élèves et aux parents de faire le sacrifice d’une institution sous-financée ? Cela a-t-il pesé dans les discussions du groupe de réflexion sur le budget ?
Le gap entre les idées et leur application
Justement comment les débats se sont-ils déroulés au sein du groupe ? Philipe Defeyt y loue une certaine forme de liberté, de pluralisme. Un moment propice pour formuler, en toute transparence, une série de propositions. L’objectif annoncé était de « limiter la casse ». Parce que oui, selon l’économiste, il faut agir : « L’entité FWB doit sortir de la logique de dépenser de l’argent pour finir par payer des banques ». Au final, il y a un fossé entre les conclusions du rapport et son application. La gratuité ? « On en a discuté, oui. Mais il n’a jamais été question de faire quoi que ce soit qui va dans ce sens. De même que nous n’avons jamais demandé la fin des nominations des enseignants. À titre personnel, je suis également très préoccupé par le fait que le Pacte d’Excellence soit à ce point détricoté, encore plus quand on sait ce qu’il a coûté à mettre en place. Ce n’était pas non plus une proposition ».
Quant aux mesures fortes et décisives, certaines n’ont pas été prises dans leur globalité. « Le passage de 20 à 22 heures de cours dans l’enseignement secondaire supérieur, soit 10% de travail supplémentaire non rémunéré, nous dit Philipe Defeyt, est une pièce d’un ensemble plus large sur l’aménagement d’un plan de travail qui s’accompagne d’un plan de retraite et/ou de pré-retraite progressive. Notre idée consistait à mettre en place toute une série d’activités en soulageant les autres enseignants. Ces mesures allaient de pair avec d’autres. Jamais nous n’avons proposé de passer à 22 heures et basta ! ».
Cela dit, Philippe Defeyt n’a pas honte du rapport rendu. Il déplore ce qu’en a fait le gouvernement de la Communauté française et la façon calamiteuse dont il a communiqué. « Malheureusement, je ne pense pas que beaucoup de gens l’aient lu. Je ne pense pas non plus que ce soit une mauvaise chose de repenser la façon dont on répartit les budgets. Si on ouvre le débat et qu’on arrive à le mener sereinement, en bonne intelligence, on peut dépasser le cadre de l’enseignement ». La loi spéciale de financement repose sur une sorte de grand équilibre. Certains dépensent plus que d’autres, on essaie de trouver ce qui fait Belgique dans un pays fédéral avec des paiements très organisés. C’est un grand puzzle à voir dans son ensemble. Il y a une différence entre ce qui doit être réformé pour faire des économies et ce qu’est la mécanique financière de la FWB. Finalement, ce que nous apprennent, rapports et contre-rapports, c’est que la vraie question porte sur l’importance des choix politiques. Des choix qui, dans le futur, seront considérés ou pas comme des investissements à long terme. Ce que Philipe Defeyt résume ainsi, « on ne peut pas noyer les moyens au détriment du bien commun ». Cela ne devrait-il pas être la base lorsque l’on pense à l’école ?
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