Crèche et école

École: les acteurs de terrain réagissent aux inquiétudes des parents

École: les acteurs de terrain réagissent aux inquiétudes des parents

Gratuité scolaire, organisation du tronc commun, hausse du minerval. Voilà le trio de tête de inquiétudes parentales. Coup de sonde auprès d’acteurs de terrain pour saisir les impacts des derniers décrets sur la rentrée scolaire.

« C’est l’incertitude complète », « On est le dernier jour de l’année et nous n’y voyons pas encore clair dans les projets d’attribution », « Il faut appeler un chat un chat, les parents devront mettre davantage la main au portefeuille », « Ceux qui rentrent en secondaire sont un peu les cobayes, ils doivent choisir leur école sans savoir les options qui y seront proposées en 3e ». Voilà en quelques phrases la teneur des propos des acteurs de terrain interrogés, début juillet.

Mouvement de grève, examens annulés ou ramenés à la portion congrue, la fin d’année a été chahutée. Ces préoccupations parentales, on les retrouve dans un coup de sonde organisé, en mai dernier par la FAPEO (Fédération des parents et associations de parents de l’enseignement officiel), l’UFAPEC (Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique) et le CEF (Comité des élèves francophones). Près de 2.300 parents et élèves sont sondés. L’enquête permet de mettre en lumière deux informations clés. Primo : 82% des parents déclarent soutenir (en partie ou totalement) le mouvement de grève, côté élèves cela grimpe même à 92%. Deuxio : trois sujets inquiétent les parents : l’augmentation des coûts scolaires, la modification du tronc commun avec une 3e année orientante et la hausse du minerval. À chaque niveau d’enseignement, son défi. Coup de sonde sur le terrain pour comprendre de quoi il en retourne. 

Lisez notre dossier : « École, les gros chantiers »
Classe de primaire
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ENSEIGNEMENT FONDAMENTAL : La gratuité

Vaste chantier que celui de la gratuité. De 2019 à 2024, le chantier est en cours de réalisation. Les écoles sont progressivement chargées de gérer et distribuer le matériel scolaire nécessaire aux apprentissages, sans frais à charge des parents avec une introduction progressive, en commençant par la 1re maternelle et en étendant à l’année suivante à chaque rentrée. Sur le terrain, une évaluation menée par le Service général de l’Inspection montre que les écoles jouent massivement le jeu et que le système apporte de nombreux bénéfices. Terminées les listes de rentrée, les parents ne doivent plus fournir que le cartable, le plumier non garni, et les vêtements et affaires de sport. Charge aux écoles d’équiper l’élève pour le reste. Pour ce faire, chaque école reçoit un montant de 77€ par élève en primaire et 63€ par élève en maternelle. Si elle n’utilise pas l’entièreté du budget, le solde peut être utilisé pour financer des activités et sorties culturelles renforçant la qualité de l’enseignement donné aux enfants.

Mais, en 2025, le train gratuité est coupé dans son élan et marque un arrêt à la 3e primaire. En 2026, après des annonces contradictoires du gouvernement sur la fin de la gratuité des fournitures scolaires pour tous les élèves et la mobilisation de la Ligue des familles, la Ministre Glatigny décide finalement d’étendre la gratuité jusqu’à la 6e primaire, mais plus dans les mêmes conditions. Terminée l’enveloppe gratuité dédiée. Ce sont désormais les dotations générales des écoles qui doivent servir à financer les fournitures scolaires, mais elles ne sont augmentées que d’un tiers du budget « fournitures » reçu jusque-là par élève. 

Gratuité : les avis des expert·es

ZOOM

Les repas chauds passent à la trappe

Depuis 2018, les écoles maternelles puis primaires concentrant les publics les plus défavorisés avaient la possibilité de déposer une candidature pour s’inscrire dans un projet financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles d’un service de repas chauds pour les enfants. En tout, 429 implantations scolaires et 55.300 enfants ont bénéficié de ce système. Les économies décidées ont supprimé les 21,4 millions d’euros dédiés à cette politique dans ces 429 implantations. En parallèle, et en compensation partielle, les moyens complémentaires de l’encadrement différencié de 760 implantations ont été augmentés de 8,2 millions d’euros en leur donnant la possibilité de financer des repas avec cette autre enveloppe, qui alloue des moyens financiers aux écoles qui accueillent des élèves en difficulté. Dorénavant, les écoles d’indice 1 à 5 ne devront plus soumettre de dossier et recevront automatiquement un budget.

Avis d’expert·es

  • Cédric Thomas, échevin de l’enseignement à la ville de Charleroi : « En fait, le budget disponible pour des repas passe de 21 à 8,2 millions. Le décret stipule que les écoles peuvent toujours organiser le service de repas gratuits, mais ce n’est plus tenable financièrement. On a dû se résoudre à les arrêter. Cela concerne 24 implantations maternelles et 1223 enfants.
  • Merlin Gevers chargé d’études à la Ligue des familles : « Non seulement ce budget a été compressé, mais en plus il est dilué puisqu’il est réparti dorénavant dans deux fois plus d’écoles qu’avant. Nous avons fait le calcul, toutes choses égales par ailleurs, au lieu de recevoir en moyenne 3.7€ par repas, les écoles recevront 0.43€ en moyenne. Théoriquement, les écoles peuvent décider d’utiliser davantage de budget, en rognant alors sur le soutien pédagogique, matériel ou financier aux élèves en difficulté qu’elles organisaient jusqu’à présent pour financer des repas. Mais nous avons calculé que même si elles utilisent la totalité de cette possibilité et sacrifient tout leur budget de l’encadrement différencié pour les repas chauds, cela reviendrait en moyenne à 1.35€ par repas par élève, ce qui reste insuffisant. »
  • Marie-Rose Laevars, secrétaire communale à Saint-Josse : « Jusqu’ici, le subside permettait de proposer une soupe et un repas chaud grâce au partenariat avec les cuisines bruxelloises. Il faut compter 1.59€ le litre de soupe et 4.21€ le repas chaud pour un élève de primaire. Une réunion est prévue entre le bourgmestre, l’échevine et le département instruction publique pour décider du devenir des repas chauds. Il y a deux options sur la table : stopper le service faute de budget ou décider de dégager une enveloppe pour le financer en partie par la commune. »

DÉBAT

Fournitures scolaires ou repas chauds, pourquoi la gratuité ?

Certaines personnes estiment que ce n’est pas à l’école de fournir du matériel et encore moins de servir des repas chauds. Merlin Gevers partage la position de la Ligue des familles à ce propos.

« La gratuité scolaire est inscrite dans notre Constitution. C’est un principe économique de financement intégral de l’enseignement obligatoire par nos contributions fiscales. Dès lors que les parents paient déjà une première fois à proportion de leurs capacités, au moment de payer leurs impôts, cela n’a pas de sens de leur demander de repayer une seconde fois. Ce financement collectif permet ainsi à chaque enfant, quel que soit son milieu, d’accéder aux mêmes possibilités dans l’enseignement. Et l’idée, c’est que l’école doit pouvoir fournir ce qui est nécessaire pour remplir son obligation scolaire, c’est pour ça que le matériel scolaire en fait partie. Ainsi, si l’école définit qu’il y a besoin d’un manuel pour faire le travail scolaire, elle doit pouvoir le fournir.

En ce qui concerne les repas chauds, ce n’est pas de la gratuité scolaire puisqu’il n’y a pas de repas chauds offerts dans chaque école. L’idée de fournir des repas chauds aux enfants dans les écoles les plus défavorisées vient de la volonté d’assurer l’égalité des chances et les conditions propices aux apprentissages pour nos enfants, même ceux venus des familles les plus en difficulté. Si la mission de l’école est bien d’assurer l’égalité des chances, un enfant ne peut pas apprendre correctement le ventre vide. La décision du gouvernement Degryse a été une des décisions les plus contestées par l’ensemble des acteurs. Société civile, écoles, organisations syndicales, mutualités, secteur de la santé, même monde agricole wallon et acteurs de l’alimentation saine… des dizaines d’organisations de tous bords se sont mobilisées depuis novembre pour préserver ce service. »

ENSEIGNEMENT SECONDAIRE : le tronc commun

Classe de secondaire
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Cette rentrée scolaire correspond à l’arrivée du tronc commun en secondaire. Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

  •  Nouveau cours FMTTN (formation manuelle, technique, technologique et numérique)
  •  Création d’un PECA (Parcours d’éducation culturelle et artistique)
  •  Prolongement du DAccE (Dossier d’Accompagnement de l’Élève) du primaire au secondaire
  •  Organisation de deux journées d’orientation découverte métier
  •  Suppression du premier degré différencié
  •  Suppression du latin en 1ère année
  •  Mise en place d’un AP (accompagnement personnalisé) pour tous les élèves
  •  Mise en place d’un AR (accompagnement renforcé) pour les élèves qui n’ont pas obtenu le CEB

Une organisation complexe

Beaucoup de pain sur la planche pour les équipes du secondaire. Il faut être de bon compte, il s’agit de mesures prévues de longue date, mais ce n’est pas pour autant qu’elles se feront sans mal. D’autant que cette évolution planifiée depuis longtemps a été soudainement remise en cause et bousculée par des décisions de dernière minute de la Ministre Glatigny – le décret qui a modifié la 1re secondaire n’a ainsi été adopté par le Parlement que le 26 mai passé, un mois avant la fin de l’année scolaire. Par exemple, les formations qui étaient prévues à la rentrée passée pour préparer les enseignant·es de 1re secondaire à l’arrivée du tronc commun ont été brusquement suspendues. Ils et elles ont navigué dans l’incertitude l’an passé, en ayant des informations parcellaires, tardives et parfois contradictoires, et en ne disposant plus des outils qui étaient prévus pour se préparer. Bernard Hubien de l’UFAPEC illustre la situation avec cet exemple. « On nous explique qu’un prof de technique ou de latin qui perd son cours pourra être réaffecté ailleurs pour l’accompagnement renforcé ou personnalisé. Comment ces profs vont-ils faire si on leur demande un accompagnement qui est hors du périmètre de leurs compétences ? ».

« Les directions ont rédigé un courrier commun réclamant du respect, de la confiance et de la considération pour le travail entrepris. Imaginez le casse-tête de toute rentrée pour accorder attributions, locaux, horaires et ressources humaines mais cette année, c’est le sommet ! », partage également Bernard Hubien.

Quelles sont les nouvelles mesure ou modifications mises en place par le gouvernement ?

Auditoire dans une université
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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : la hausse du minerval

Cette rentrée 2026, le minerval de l’enseignement supérieur se décline en quatre tarifs.

L’avis de Merlin Gervers, chargé d’études à la Ligue des familles : « La plupart du temps, on relativise l’augmentation du minerval en prenant comme référence le prix du minerval à l’université, qui passe de 835 à 1194€. Mais la hausse est surtout vertigineuse en ce qui concerne de nombreux étudiants en haute école ou en école supérieure des arts. Pour certaines hautes écoles, pour des études en trois ans, le minerval s’élevait à 175€, et il passe à 1194 €, ce qui multiplie le prix par 6,8. Or ces hautes écoles qui pratiquaient des frais d’inscription bas avaient aussi un profil plus social. »    

Ce que la Ligue des familles conteste

La hausse du minerval risque de rendre le coût des études supérieures inaccessible à de nombreuses familles et obligera un plus grand nombre de jeunes à cumuler avec un job étudiant. Du côté de la Ligue, on conteste les modalités de calcul. « La Ministre Degryse a décidé que pour calculer dans quelle tranche de minerval on serait situé, on prendrait en compte les revenus de toutes les personnes domiciliées à la même adresse (à quelques exceptions près). Cette modalité de calcul ne tient pas compte de la réalité des familles recomposées puisqu’elle prend en compte le revenu d’un beau-parent vivant sous le même toit pour déterminer le prix du minerval, mais pas le revenu du parent séparé. Et deuxième écueil : dans les familles précaires qui hébergent un grand-parent en perte d’autonomie sous le même toit parce que les ressources ne permettent pas à la personne âgée de financer les soins nécessaires ou de payer un loyer seule, la pension du grand-parent va être considérée comme montant disponible pour la prise en charge du jeune, et va donc probablement amener le jeune (pourtant précaire) à payer un minerval au taux le plus élevé… ». Dernière inquiétude : le minerval maximum sera la règle, et les réductions n’auront lieu que si le jeune fait correctement la demande. Cela entraîne un risque de non-recours aux droits, mais aussi, cela veut dire que le jeune sera obligé de s’inscrire à l’aveugle, sans savoir quel minerval il devra in fine payer, puisque le délai de traitement des dossiers prendra certainement des semaines… si pas des mois.