Crèche et école

Entrée à l’école et propreté : dédramatisons !

Un enfant sur le petit pot, observé par sa mère

L’entrée en maternelle, c’est un cap dans la vie d’un enfant. L’acquisition de la propreté en est un autre. Lorsque les deux événements se superposent et mobilisent les énergies, le stress des parents peut être à son comble. Mais l’enthousiasme est aussi bien présent : l’enfant grandit.

Il approche des 2 ans et demi ou des 3 ans. Pour lui, l’école (la classe d’accueil ou, directement, la 1re maternelle) se profile à l’horizon. Il y fera ses premiers pas en septembre ou plus tard, en cours d’année scolaire. Pour ses parents, la propreté est une des questions, voire LA question, du moment.
Si l’enfant est déjà propre, cela facilitera forcément les choses. Si ce n’est pas encore le cas, cette préoccupation peut devenir obsédante. Nourrie par l’angoisse qu’on laisse des heures l’enfant dans son pipi ou son caca. Ou par la peur qu’on se plaigne de lui ou qu’on le culpabilise.

Pas un motif de non-inscription ou d’exclusion

Il n’y a pas si longtemps, de nombreuses écoles réclamaient que les enfants soient propres dès leur arrivée. Aujourd’hui, les consignes se sont souvent assouplies. Reste que beaucoup de parents ressentent une pression. « On nous a dit quelque chose du style ‘Ce serait bien que votre fille soit propre’ », se rappelle ce papa, qui a pris les choses à la cool car « c’était le bon moment » pour elle.
« On n’exige pas que l’enfant soit propre. Mais l’inquiétude des parents est palpable et je dois vite l’apaiser », confie cette directrice d’une petite école maternelle rurale de Wallonie. Autre ambiance : « On demande que les enfants soient propres ou quasi propres. Et s’ils ne le sont pas, on prône les langes-culottes », témoigne une institutrice bruxelloise. Ailleurs, dans cette école brabançonne, les enfants munis de couches sont invités à ne plus en porter, quitte à ce qu’il y ait des petits accidents. Aux parents de prévoir assez d’habits de rechange.
« Franchement, cela marche, se réjouit une de ses instits. En deux ou trois semaines, les enfants deviennent propres. Certains parents se montrent réticents devant la méthode. On leur dit de faire confiance à leur enfant. Maintenant, il faut que les enseignant·es soient partant·es, parce que c’est du boulot pour elles, pour eux. »
En soutien aux instits, des puéricultrices ou des aides maternelles sont « octroyées » aux écoles depuis la fin des années 90. « Cela soulage de les avoir », assure-t-on sur le terrain.
À chaque école, sa façon d’opérer. À chaque instit aussi. Voilà ce que note - avec regret - cette psychomotricienne active dans plusieurs écoles de Wallonie. « Il y a celle qui refuse de changer les enfants (car, pour elle, cette tâche revient à la puéricultrice), celle qui n’hésite pas à mener chaque enfant à la toilette… En peu de temps, une même classe peut voir se succéder des instits aux styles très différents. Or, les jeunes enfants ont besoin de repères et de stabilité pour avancer sur le chemin de la propreté ».
Face à la pression ambiante, un élément à garder en tête : une école ne peut pas refuser d’inscrire un enfant - et, après son inscription, elle ne peut pas l’exclure - pour le motif qu’il n’est pas propre. Fréquenter l’école est un droit pour tout enfant dès ses 2 ans et demi. À savoir aussi : « Aller aux toilettes » est un des attendus de fin de 2e maternelle, selon le référentiel des compétences initiales en application depuis septembre 2020. Signe que cela n’est pas un prérequis à l’entrée en maternelle.

Accompagner l’enfant, c’est d’abord l’observer

L’acquisition de la propreté est un processus naturel propre à l’enfant. Une affaire de maturité neurophysiologique et psychique. Il doit maîtriser ses sphincters et comprendre quand et comment laisser les urines et les selles sortir de son corps. Impossible de l’obliger à faire pipi ou caca ! Il est maître à bord.
« Physiologiquement, donc de manière naturelle, l’enfant va avoir le désir de faire comme les grands, parce que son corps est prêt, résume Liliane Gilbert, pédiatre à Bruxelles. Cela correspond au moment où il commence à pouvoir alterner les pieds en montant un escalier. »
Mireille Pauluis, psychologue clinicienne et formatrice pour le Fraje (centre de formation permanente et de recherche dans les milieux d’accueil du jeune enfant), insiste, elle aussi, sur cette notion d’acquisition. « On n’apprend pas à un enfant à être propre, on l’aide à acquérir la propreté. L’apprentissage, c’est du conditionnement et ce n’est pas ancré, cela peut disparaître. Alors que ce qui est acquis ne disparaît pas ».

Liliane Gilbert - Pédiatre
« Faire dans le petit pot, c’est grandir »
Liliane Gilbert

Pédiatre

L’acquisition de la propreté, tel un passage. « Et, comme pour tout passage, être gentiment accompagné est précieux pour le vivre au mieux », précise Liliane Gilbert. On familiarise l’enfant avec la propreté. On lui lit des histoires sur le thème. Il observe ses parents, un frère, une sœur aller aux toilettes. On lui propose régulièrement le petit pot. « Tout cela, en douceur, sans pression ni chantage, mais en le félicitant pour ses avancées, car faire dans le petit pot, c’est grandir ».
« Accompagner son enfant, c’est d’abord l’observer avec bienveillance, prolonge Mireille Pauluis. Et donc, s’appuyer sur ce qui l’intéresse et l’encourager s’il ne parvient pas à faire quelque chose. C’est le soutenir dans ses acquisitions sans le forcer : ‘Ta copine Léa fait pipi dans le petit pot, tu y arriveras aussi’. C’est ne pas intervenir à tout-va, mais être là quand il en éprouve le besoin : un enfant gagne en autonomie lorsqu’on lui permet de demander l’aide dont il a besoin ». Bref, c’est respecter son rythme de développement.

Une histoire de désir

Des signes montrent que l’enfant est prêt. « Certains petits se cachent derrière un fauteuil ou disent ‘pipi’ ou ‘caca’, car ils ont conscience qu’ils font dans leur lange, illustre Liliane Gilbert. D’autres rechignent soudain à porter un lange et lui préfèrent une culotte. C’est aussi important que l’enfant ait le désir d’aller sur le pot quand il pense devoir faire pipi ou caca ».
Et la pédiatre de poursuivre : « Ce désir-là ne devrait pas venir trop tard, pas au-delà de 2 ans et demi. Et donc, être attentif à ce que l’enfant vit permet de ne pas rater le bon moment pour lui. Mais ça ne signifie pas qu’il faut le forcer ». Tout cela est décidément subtil.
« Des parents me racontent : ‘Je vois bien quand mon enfant doit faire pipi ou caca, il se tortille, se cache, mais il ne veut pas aller sur le pot’ ». Pourquoi ? « Des fois, c’est parce qu’il ne se sent pas prêt. Des fois, c’est une question d’opposition ou, plus souvent, de peur : peur de ce qui va se passer, du bruit de la chasse d’eau, de lâcher prise, de perdre une partie de lui-même, de ne plus capter l’attention familiale… Parfois, il veut rester un bébé. Beaucoup de peurs sont possibles, et l’enfant dit : ‘Non, je n’ai pas envie’ ». Que faire ? « Le rassurer, lui montrer qu’avec le petit pot ou les toilettes, il ne se passe rien de grave ».
La dimension plaisir est essentielle. « Je parle à l’enfant du plaisir d’aller aux toilettes et de ne pas rester mouillé, du plaisir de porter une jolie culotte… J’essaie de lui montrer les côtés positifs du changement », plaide la pédiatre.
L’imitation joue aussi à plein rendement. « L’enfant est un scientifique, il est curieux, rappelle Mireille Pauluis. Voyez le nombre de petits qui entrent en maternelle avec des langes et qui, au bout de quinze jours, sont propres parce qu’ils ont observé ceux qui utilisaient les toilettes ».

Et la propreté… des toilettes ?

Riche d’une longue expérience, Liliane Gilbert relève une évolution dans les comportements… parentaux. « Autant, au début de ma carrière, je devais me battre pour que les parents n’imposent rien à leur enfant, autant, aujourd’hui, j’observe l’excès inverse chez certains : ils laissent les langes plus longtemps que de raison. C’est plus confortable pour tout le monde ! Des parents me disent : ‘On va commencer à enlever le lange à notre enfant parce qu’il entre bientôt à l’école’. Je demande si le lange est mouillé. ‘Non, il est sec’. Vous voyez, on a pris le risque de passer à côté du bon moment pour cet enfant-là ».
Conclusion globale : « L’enfant ‘acquiert’ la propreté, et il s’agit bien d’encadrer cette acquisition de tolérance et de patience. Mais, parfois, il est utile d’insister auprès de l’enfant : ‘Maintenant, on va essayer le petit pot’. ‘Je n’ai pas envie’. ‘On va quand même essayer, assieds-toi avec ton doudou, je vais te lire une histoire’. Parfois, l’enfant déclare : ‘J’aime mieux jouer, alors j’attends’, et c’est trop tard. Il faut alors lui ‘apprendre’ qu’aller aux toilettes, ce n’est pas perdre son temps », dit tout en nuances la pédiatre.
Un point capital encore du côté de l’apprentissage : « Les écoles devraient veiller à la propreté de leurs toilettes. Les parents devraient montrer aux enfants comment les garder propres, les respecter ».

VÉCU

Des parents racontent

D’un enfant à l’autre, au sein d’une même fratrie, l’expérience de la propreté peut être différente. Affaire de tempérament, notamment. « Avec mon aîné, je m’étais mis une pression folle, dès ses 2 ans, relate Amélie. Mon objectif : qu’il soit propre à son entrée en maternelle – une attente de l’école. On s’appliquait… trop. Lui ne demandait rien, il faisait les choses à son rythme. Pour mon deuxième qui a 2 ans, je ne stresse plus. Lui est demandeur : à la crèche, il voit les grands qui vont sur le petit pot, il fait pareil. On a vite ressorti le pot à la maison. Il fait pipi dedans… ou à côté. Pour lui, c’est de la découverte, du jeu ».
« Notre grande a ‘décidé’ de devenir propre, il nous a suffi de l’aider à y aller, dit en écho Dan. Son plaisir était flagrant, celui de ne plus être un bébé. Et nous, on était allégés de la corvée ‘change’. Notre deuxième hésitait entre les ‘Je veux’ et les ‘Je m’en fous’. On a mis en place un petit système de bonbons pour récompenser ses efforts, ses essais (pas le résultat). Notre façon de l’encourager. »

POUR ALLER + LOIN

Aujourd’hui, on ne parle plus d’apprentissage de la propreté, mais d’acquisition du contrôle des sphincters

Développement de l'enfant

Au revoir les langes, bonjour le pot