Droits et congés

[ Espagne ] ¡ Les pères le prennent !

Analyse de l’utilisation par les pères de leur congé de naissance par une économiste

Rencontre avec Lìdia Farré, économiste à l’Institut d’anàlisi econòmica (IAE-CISC) et co-autrice d’une analyse récente de l’utilisation par les pères de leur congé de naissance, basée sur les chiffres de la Sécurité sociale espagnole.

Vous écrivez que la réforme a été un « succès ». Pourquoi ?
Lìdia Farré :
« En termes de recours au congé, c’est clairement un succès. Avant le début des réformes en 2017, à peu près 46 % des pères éligibles prenaient leur congé. En 2023, ils étaient plus de 75 %. Le changement le plus significatif a eu lieu en 2019, lorsqu’une partie du congé est devenue obligatoire. À elle seule, cette mesure a fait grimper le taux d’utilisation d’environ 20%. Mais les pères ne sont pas seulement plus nombreux à prendre leur congé, ils utilisent aussi la majeure partie de leurs droits. À chaque allongement de la durée du congé de paternité, les pères ont utilisé presque toutes les semaines supplémentaires, et pas uniquement celles qui leur étaient imposées ».

Quels sont selon vous les principaux ingrédients de ce succès ?
L. F. :
« L’approche espagnole montre à quel point le policy design, la manière dont est conçue une politique publique, peut faire la différence. Le fait de rendre le congé en partie obligatoire, de le réserver exclusivement à chaque parent et de le rémunérer intégralement a joué un rôle décisif dans l’augmentation du taux d’utilisation. Et ces trois éléments fonctionnent ensemble. Dans les pays où le congé de paternité est facultatif, moins bien rémunéré ou transférable aux mères, les pères y recourent nettement moins. La durée égale des congés est un autre élément important si on veut vraiment promouvoir l’égalité de traitement, tant sur le marché du travail qu’au‑delà. Si le congé de paternité est plus court que le congé de maternité, leurs effets ne sont pas symétriques. »

« Je ne pense pas que les mères s’occupent mieux des enfants que les pères, et je ne pense pas que les hommes travaillent mieux que les femmes »
Lìdia Farré,

Économiste à l’Institut d’anàlisi econòmica (IAE-CISC) à Barcelone

Comment voyez-vous l’avenir du congé de naissance à l’espagnole ?
L. F. :
« Je ne sais pas ce qui se passerait si la droite arrivait au pouvoir, comme c’est le cas ailleurs en Europe… Ces partis ont tendance à soutenir une répartition plus traditionnelle des rôles, et une vision des femmes comme principales pourvoyeuses des soins. En même temps, j’ai l’espoir que les nouvelles générations seront plus égalitaires. Je suis pour l’égalité des genres : je ne pense pas que les mères s’occupent mieux des enfants que les pères, et je ne pense pas que les hommes travaillent mieux que les femmes. Par ailleurs, d’un point de vue économique, vu le vieillissement de la population et le taux de fertilité très bas, nous ne pouvons pas nous passer des femmes sur le marché du travail. Il faut donc poursuivre cette politique et la rendre encore plus opérationnelle. »

L’enjeu, explique-t-elle, est non seulement de donner le temps à ces mesures de déployer leurs effets sur le long terme, mais aussi d’encourager les pères à fractionner leur congé et à ne pas l’envisager comme des « vacances ».

Graphique utilisation congé de paternité en Espagne
Derrière le succès des chiffres du congé de naissance et de soins espagnol, une réalité plus nuancée

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