Droits et congés

[ Espagne ] ¿ Proxima estaciòn, igualdad ?

Quand des parents espagnols ouvrent la porte sur leur quotidien

Ils et elles s’appellent Dìdac, Ivan, Alexandra, Sergio, Camille, Vincent, Paloma, Hugo, Gerard, Dani, Miguel… Le temps d’une interview ou d’une conversation informelle, ces parents m’ont ouvert la porte de leur quotidien.

Lors de ces rencontres, un point commun m’a frappée : si toutes et tous se montraient enthousiastes au sujet du congé de naissance égalitaire, peu savaient qu’il faisait de l’Espagne une pionnière.
« On a tendance à croire que c’est partout pareil », réfléchissait un papa. Au Ligueur, on est assez d’accord avec lui. C’est d’ailleurs ce constat qui nous a donné envie d’aller voir comment ça se passait à l’étranger, en termes de congé de naissance et d’égalité... Pour stimuler la curiosité, nourrir la réflexion, aiguiser l’esprit critique et peut-être même inspirer, au moment où une réforme des congés familiaux se dessine en Belgique.
Plutôt que de se risquer à comparer le système espagnol à notre réalité, ces pages vous ont proposé de le découvrir dans ses nuances et son contexte particulier. Un dispositif ambitieux. Des chiffres éloquents. Des défis, aussi, car de tels changements nécessitent du temps, des encouragements et toute une palette d’efforts complémentaires.

« Quand les congés sont transférables, ce sont les mères qui les prennent »

Mais certains enseignements s’imposent, comme l’écrivent l’économiste Lìdia Farré et ses co-autrices : « Pour les autres pays qui cherchent à promouvoir le partage des responsabilités familiales et l’égalité de genre, l’expérience espagnole délivre un message clair : design matters, la manière dont sont conçues les politiques compte ».
Parmi les ingrédients clés de ce design à l’espagnole figure l’intransférabilité du droit au congé. Le fait qu’il soit attribué individuellement à chaque parent et que les pères n’aient d’autre choix que celui de le prendre… ou de le perdre. Take it or lose it, comme on dit dans le jargon. Car le système espagnol est lui-même inspiré des essais et erreurs des pays scandinaves, où la transférabilité d’une partie des congés entre les parents limite leur utilisation par les pères et freine les avancées vers l’égalité, précisent-elles.
En Espagne, un groupe de mères (PETRA, pour permisos transferibles) milite pour que les pères puissent transférer une partie de leur congé de naissance aux mères, afin de permettre à ces dernières de disposer de plus de temps. Mais les économistes interviewées dans ce dossier sont formelles : la transférabilité met à mal l’égalité. « Quand les congés sont transférables, ce sont les mères qui les prennent, insiste Cristina Castellanos Serrano. C’est quelque chose qui est largement démontré au niveau international. Si on veut l’égalité, il faut des droits individuels et intransférables ».

À suivre…

Son avertissement doit résonner à nos oreilles, à l’heure où le gouvernement belge a l’intention de créer des congés liés à l’enfant et de laisser les parents choisir qui les prend. Une « liberté de choix » qui a déjà été testée dans d’autres pays proches du nôtre, avec des résultats plus que mitigés en termes d’égalité...