Droits et congés

[ Angleterre ] « Nous sommes fièrement pro-égalité »

Rencontre avec Alex Lloyd Hunter, un des papas fondateurs de la campagne britannique The Dad Shift

Rencontre avec Alex Lloyd Hunter, un des papas fondateurs de la campagne britannique The Dad Shift(1), qui se bat pour un meilleur congé de paternité.

Depuis un an et demi, Alex Lloyd Hunter met à profit son expérience professionnelle des campagnes de sensibilisation pour dénoncer les deux semaines de congé dont doivent se contenter les pères et co-parents au Royaume-Uni. Entre deux reels sur les réseaux sociaux, il nous en dit un peu plus sur l’esprit de cette mobilisation parentale.

Qu’est-ce qui vous a amené à lancer cette campagne ?
Alex Lloyd Hunter :
« J’ai deux enfants : l’un a 4 ans, l’autre 7 mois. J’ai toujours su que je voulais être un père très impliqué, parce que ma femme et moi voulons faire les choses de façon égale, mais aussi pour moi-même. Je ne voulais pas suivre la même voie que mon père, qui s’est peu occupé de nous et le regrette aujourd’hui. Mais quand tu deviens parent, tu te heurtes à des obstacles structurels. Le congé de paternité est le principal, parce qu’il donne le ton dès le départ. Il impose un modèle qui est très difficile à changer ensuite.
Quand je me suis mis à parler de l’idée de cette campagne autour de moi, George Gabriel venait de rentrer de congé de paternité et lui aussi voulait travailler là-dessus. Alors, une connaissance nous a mis en contact et on s’est lancés. C’est vraiment une initiative citoyenne. On a l’intention de mobiliser des dizaines de milliers de gens à travers le pays. »

L’égalité de genre est-elle une motivation importante pour vous ?
A. L. H. :
« Oui. Parmi nos soutiens, on a des papas, des mamans, des personnes qui voudraient être parents… La raison pour laquelle on est partis des papas, c’est qu’il y a déjà des organisations qui militent depuis la perspective des mères pour améliorer les congés de naissance. Et elles-mêmes nous disaient qu’à moins que des hommes ne se mobilisent, c’était compliqué pour elles de porter ces revendications. Parce qu’on leur rétorque facilement que les hommes ne veulent pas vraiment de changement, et que ce sont les femmes qui les poussent. Nous sommes des hommes qui disent, en collaboration avec des femmes, nous aussi, nous voulons un meilleur congé de paternité. À la fois parce que nous sommes fièrement pro-égalité, mais aussi parce que nous voulons être des pères actifs. Ça fait partie de l’idée que nous nous faisons d’une vie heureuse en tant qu’homme. En amenant des hommes et des femmes à faire cause commune, on sape l’idée – de plus en plus répandue aujourd’hui – que l’égalité de genre serait un jeu à somme nulle, où, quand les femmes gagnent, les hommes perdent. Et je pense que la parentalité est un des espaces les plus fertiles pour y arriver. »

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« En amenant des hommes et des femmes à faire cause commune, on sape l’idée – de plus en plus répandue aujourd’hui – que l’égalité de genre serait un jeu à somme nulle, où, quand les femmes gagnent, les hommes perdent »
Alex Lloyd Hunter

Savez-vous si votre campagne en inspire d’autres, à l’étranger ?
A. L. H. :
« Je pense, oui. En Irlande, où ce n’est pas beaucoup mieux qu’au Royaume-Uni, une campagne appelée 8 weeks for families (8 semaines pour les familles) vient d’être lancée, ce qui est génial. Une autre démarre en Australie, où la situation est encore pire. De manière générale, bien que ce soient des pays riches, les pays anglophones ont de très mauvais congés de paternité. Je pense que ça dit quelque chose de notre culture. Aux États-Unis, il n’y a rien. Au Canada, c’est assez bien… mais ils sont en partie francophones (rires). Nous avons aussi été contactés par des gens au Brésil, où ils viennent d’obtenir une avancée. Et par des personnes en Europe. L’action de lancement de la campagne, au cours de laquelle nous avons attaché des porte-bébé à des statues, en a par ailleurs inspiré d’autres en Allemagne, en Espagne, en Autriche… »

Est-ce que des Belges vous ont déjà contactés ?
A. L. H. :
« Non, mais n’hésitez pas à les renvoyer vers moi ! »

Au moment de se quitter, Alex Lloyd Hunter accepte de se faire photographier… mais devant un fond neutre. « J’ai promis de faire attention, soupire-t-il. Il y a des gens que ça met très en colère quand on dit que les pères devraient changer des langes ».

(1) Dad signifie « papa » et shift « changement », « transition