Droits et congés
Chez nous aussi, des parents se mobilisent pour des congés de naissance plus égalitaires. Quelques repères avec Céline Cocq, spécialiste de ces questions au sein du service Études et Action politique de la Ligue des familles.
« Coresponsables ». Un terme venu d’Espagne, où corresponsabilidad désigne l’égalité parentale, favorisée par le nouveau congé de naissance égalitaire. Un terme que des parents membres de la Ligue des familles, inspirés par l’exemple espagnol, ont choisi de mettre en avant lors de la Marche mondiale des femmes. Le 8 mars, à Bruxelles, ils et elles défilaient pour revendiquer plus d’égalité, dès l’arrivée d’un bébé.
Pour rappel, en Belgique, le congé de maternité des salariées dure quinze semaines, dont neuf obligatoires. Bonne nouvelle : celui des indépendantes, qui se limitait jusqu’ici à douze semaines, sera porté à la même durée en juillet 2026. Quant au congé de naissance des pères et co-parents, il est presque quatre fois plus court – vingt jours ouvrables, soit quatre semaines – et est entièrement facultatif. À sa création, en 2002, ce congé durait dix jours ouvrables. Depuis, il a subi plusieurs évolutions. Étendu aux co-parents en 2011 et aux indépendant·es en 2019, il est passé à quinze, puis vingt jours ouvrables en 2022 et 2023.
Un cadre international à respecter
« En tant que membre de l’Union européenne, notre pays doit se conformer à des directives, signale Céline Cocq, chargée d’études à la Ligue des familles. Une directive de 1992 impose un congé de maternité d’au moins quatorze semaines continues, dont deux obligatoires. Bien qu’il respecte cette directive, le congé de maternité belge est l’un des plus courts d’Europe et de l’OCDE. »
Concernant les pères et co-parents, c’est la directive européenne dite Work-Life Balance de 2019 qui s’applique, poursuit Céline Cocq : « Ils et elles doivent avoir droit à au moins dix jours ouvrables de congés de naissance, rémunérés au minimum au niveau des indemnités de maladie, et non transférables à la mère ».
La Belgique respecte donc ses obligations internationales en matière de congés de naissance. Mais cette seconde directive précise bien qu’elle ne fixe que des « exigences minimales », ajoute la chargée d’études : « Les respecter, c’est vraiment le b.a.-ba, ça ne devrait pas empêcher les États de penser des politiques plus ambitieuses. Dans une note récente, l’Organisation internationale du travail (OIT) rappelle d’ailleurs que ‘des droits à des congés égaux, non transférables, financés publiquement et soutenus par des systèmes de protection sociale sont essentiels pour un changement réel’ ».
81% des parents d’enfants de 0 à 3 ans se disent favorables à un congé de naissance pour les pères et co-parents de même durée que le congé de maternité
Pour des congés égaux et mieux rémunérés
À travers son travail de plaidoyer, la Ligue des familles pousse depuis de longues années le monde politique belge à adopter des politiques familiales plus ambitieuses et plus égalitaires. « Nous plaidons aujourd’hui pour des congés de naissance qui soient égaux pour tous les parents, quels que soient leur genre, leur statut professionnel ou leur lien à l’enfant, affirme Céline Cocq. Mais aussi mieux rémunérés, pour éviter d’avoir un impact sur le budget des ménages. Et suffisamment longs pour permettre à chaque parent de créer un lien avec son enfant, aux couples de prendre de bonnes habitudes dans la répartition des tâches et aux mères de se remettre de leur accouchement. Il y a de bonnes pratiques à l’étranger dont on peut s’inspirer, comme celle de l’Espagne, où chaque parent dispose désormais de dix-neuf semaines de congé rémunéré à 100% » (à lire, notre de mars 2026 : « L’Espagne, pionnière du congé de naissance égalitaire »).
Pour formuler ces revendications, la Ligue des familles se base sur les souhaits exprimés par les parents. Un sondage mené à sa demande par l’Institut Dedicated (2025) a montré que, pour près de sept parents sur dix, la mesure prioritaire en cas de réforme des congés de naissance serait de mieux les rémunérer. Il ressort par ailleurs du dernier Baromètre des parents (2024) que 76% des parents interrogés veulent un congé de naissance pour les pères et co-parents de même durée que le congé de maternité. Cette proportion est particulièrement élevée chez les nouveaux parents : 81% des parents d’enfants de 0 à 3 ans se disent en effet favorables à un congé de quinze semaines pour tou·tes.
Éviter un retour en arrière
Ces demandes sont-elles entendues à l’heure où le gouvernement fédéral prévoit une réforme des congés familiaux ? « Il y a des choses intéressantes qui sont sur la table, estime Céline Cocq, notamment l’idée d’uniformiser les congés entre les parents. À condition que cette uniformisation se fasse à la hausse et pas à la baisse, et que certains parents n’y perdent pas ! En revanche, la Ligue des familles s’oppose au principe du rassemblement des différents congés familiaux (congés de maternité et de naissance, congé parental…) en un ‘crédit familial’ lié à l’enfant, et non plus à chaque parent ».
La chargée d’études avertit : « Ce projet, annoncé dans l’accord de gouvernement, risque de renforcer les inégalités de genre. L’écart salarial et les stéréotypes de genre sont malheureusement encore trop ancrés pour qu’un système de congés de naissance transférables entre les parents puisse être vecteur d’égalité ». Et d’ajouter qu’ici encore, « les expériences étrangères sont instructives. Celle des pays scandinaves, notamment, où les parents peuvent se répartir une partie des congés de naissance. Ces pays font le constat que, lorsque les parents peuvent se partager ces congés, ce sont les mères qui prennent la très grande majorité ». Une mise en garde également formulée par la plupart des expert·es interviewé·es dans le cadre de cette double enquête au-delà de nos frontières.
BON À SAVOIR
Les pères s’investissent
Selon les chiffres officiels, la grande majorité des pères qui prennent leur congé de naissance le prennent dans sa totalité. Et cette proportion est restée assez stable lors de l’allongement de leur congé au fil des années. Ainsi, parmi les pères et co-parents salarié·es qui ont pris leur congé de naissance en 2022, 88% ont utilisé les quinze jours disponibles. Et en 2023, 85% ont utilisé les vingt jours disponibles.
Source : INAMI
ALLER + LOIN
Pour en savoir plus sur le travail de plaidoyer mené par la Ligue des familles et sur les attentes exprimées par les parents au sujet des congés familiaux, rendez-vous sur le site liguedesfamilles.be
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