Société

Février 1976 : réflexion majeure en mode mineur

En février 1976, le Ligueur vient à deux reprises avec des articles consacrés à la majorité civile

L’ARCHIVE DU LIGUEUR

En février 1976, le Ligueur vient à deux reprises avec des articles consacrés à la majorité civile. C’est que, l’année précédente, un projet de loi a été déposé, « tendant à fixer la majorité civile à 18 ans ». En ce mitan des seventies, la Commission de la Justice du Sénat phosphore sur le sujet. Le Ligueur constate : « On eut l’impression que tout irait très vite. (…) Les mois ont passé sans que le projet de loi fût voté. (…) La réflexion a repris le pas sur la précipitation et l’on ne peut que s’en réjouir ». Ces mots sont écrits par Gaston Jacqmin qui, malgré son appel à la temporisation, est loin de faire de la résistance, il l’affirme : « Je suis nettement POUR l’abaissement ».

L’auteur de l’article justifie sa position. « Il est évident que les jeunes de 18 ans d’aujourd’hui sont pour la plupart plus mûrs que ceux qui avaient 20 ans il n’y a qu’une génération. Par leur niveau intellectuel, leur connaissance du monde, leur jugement, leur désir de s’assumer, leur générosité même, ils en remontreraient à bien des adultes ».
Et pour rassurer les tribus, Gaston Jacqmin prône l’accompagnement. « Ce qui me parait vraiment primordial, c’est que la réponse des familles soit une réponse de confiance et d’amour. (…) Pour que les familles gagnent vraiment en valeur affective, en collaboration, en disponibilité, en accueil et en générosité ce qu’elles sembleront perdre en autorité ».

Concrétisation tardive

Dans sa prose, le rédacteur semble répondre point par point aux arguments « contre » exposés quelques jours auparavant dans les pages du Ligueur. Il y était question du manque d’expérience, d’une majorité un peu factice pour des jeunes sans revenus, des risques de mariages « ratés » parce que trop précoces, de la disparition d’une protection légale pour les jeunes trop fragiles, d’une déresponsabilisation des parents. Tous ces éléments venaient en contrepoint des arguments « pour » et du constat d’un paradoxe, les jeunes avant 21 ans sont toujours mineurs, mais assez mûrs pour rentrer à l’armée.

En lisant ces articles, on ne peut s’empêcher de penser aux répercussions de Mai 68. La jeunesse a été entendue. Et une révolution est en marche. « Le temps de la famille autoritaire est révolu. Il faut promouvoir une famille plus égalitaire, plus démocratique où les parents cessent de considérer de grands adolescents de 18 ans comme des enfants. Dans cette perspective, la majorité à 18 ans valorisera les jeunes et accroîtra leur sens des responsabilités ».

Alors, tout était plié pour cet abaissement de l’âge de la majorité ? Eh bien, disons que le temps de la réflexion sera encore assez long : en Belgique, la loi consacrant la chose ne sera publiée qu’en janvier 1990 pour entrer en vigueur le 1er mai. Alors qu’en France, elle avait été votée dès 1974, raison pour laquelle le sujet était notamment brûlant d’actualité en Belgique au milieu des années 70.  

Concrétisation tardive