Crèche et école

[Harcèlement scolaire] L’école est en marche

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le problème du harcèlement scolaire est pris en compte, les choses avancent peu à peu

Pas de doute, l’école a bougé en matière de harcèlement scolaire. Des politiques plus cohérentes ont été mises en place. Un Observatoire du climat scolaire a été lancé. Plus de 200 écoles se sont impliquées dans un programme de lutte. Voilà les pierres angulaires d’une mise en action qui doit encore se renforcer.

Harcèlement scolaire. Lâchez ces mots, vous verrez l’effet. Des mots qui font peur, autant aux élèves, aux parents qu’aux directions et aux enseignant·es. Il y a quelques années, il y avait même une forme de tabou. Les écoles minimisaient. « Ce ne sont que des chamailleries d’enfants, pas de quoi s’alarmer ». Ou niaient. « Pas de ça chez nous. On a la chance d’être préservé ». Ou cachaient sous le tapis. « Surtout ne pas ébruiter, ça pourrait faire peur à d’autres élèves ».
Mais la pression a fait son œuvre, le temps de la tolérance est terminé. Parce que les signaux sont là. Parce que certaines victimes portent de douloureux stigmates. Parce que d’autres ne sont plus là pour en parler. Des enfants osent s’exprimer, des témoins rapportent, des parents interpellent, des acteurs de terrain se forment et se positionnent, des médias relayent. Bref, les lignes bougent.
« À l’échelle de la société, on observe une évolution de fond, le harcèlement n’est plus mis sous cloche. C’est un sujet sur lequel des personnalités politiques se positionnent, que ce soit suivi ou non d’actions. Le regard sociétal sur le phénomène a changé, c’est une problématique dont on ne peut plus faire l’économie », souligne David Plisnier, coordinateur du CRIH (Centre de référence et d’intervention harcèlement).

Une politique de prévention et de lutte

À notre tour, regardons le harcèlement scolaire en face et épinglons ce qui a changé depuis notre dernier dossier sur le sujet publié il y a trois ans. L’avancée se décline en trois mots : politique, Observatoire, programme. En 2023, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) avance d’un premier pas en fixant un cadre légal. Une première.
« Jusque-là, il y avait des actions ponctuelles et disparates d’une école à l’autre, avec une inégalité d’accès entre les élèves », constate Malvina Govaert, cheffe du chantier Démocratie scolaire et Bien-être à l’école du Pacte pour un enseignement d’excellence. Face à ce constat, la FWB décide d’élaborer une politique commune cohérente.
Pour la mettre en œuvre, un nouveau département est créé : l’Observatoire du climat scolaire (OCS). Il a pour mission de suivre la recherche scientifique sur le sujet, de mettre en réseau les acteurs, de mettre des outils à la disposition de toutes les écoles.
En août 2024, une nouvelle étape est franchie. Tous les établissements scolaires sont désormais dans l’obligation de définir une procédure de signalement. Ils doivent aussi formaliser la manière dont ils vont prendre en charge toute situation de harcèlement. Il revient aux directions d’élaborer cette procédure, de la communiquer aux élèves, aux parents et de l’intégrer dans leur règlement d’ordre intérieur.

235 écoles se mettent en action

Autre mission de l’Observatoire, accompagner les écoles qui participent de façon volontariste au programme de lutte contre le harcèlement. En 2024 et 2025, les écoles primaires et secondaires ont pu poser leur candidature pour rentrer dans ce projet. En tout, 235 écoles sont impliquées, ce qui représente 9% des écoles de la FWB. Pour les accompagner, vingt-neuf opérateurs aux profils très variés (AMO, planning familial, asbl, centre d’information des jeunes, service de prévention…) ont été reconnus par une commission d’agrément.
Le programme se déploie sur quatre ans. La première année est surtout centrée sur le diagnostic pour identifier les besoins. Les écoles doivent au minimum être formées et sensibilisées au phénomène de harcèlement, se doter d’outils de gestion de conflit avec, au moins, la mise en place des espaces régulés de parole. Elles doivent organiser une séance d’information sur la participation au programme et le cyberharcèlement à l’attention des membres du personnel, des élèves et des parents.
Les écoles peuvent choisir des actions complémentaires : mettre en place une cellule d’intervention ou des actions de prévention parmi plusieurs propositions (justice réparatrice, cadre réglementaire, régulation des espaces, médiation par les pairs, jeunes ambassadeurs, méthode de préoccupation partagée, renforcement de l’élève victime, groupe de soutien…). Libre à l’école et à l’opérateur de choisir une autre approche qui ferait plus sens.
« On sait que les situations de harcèlement sont diverses et variées. On sait aussi qu’il n’existe pas de recette miracle, c’est pour cette raison que nous avons investi dans une boîte à outils qui panache méthodes et outils », explique Simona Lastrego, directrice de l’Observatoire du climat scolaire.
Pendant le programme, les écoles participantes bénéficient de plusieurs appuis. Elles reçoivent une période supplémentaire, sont accompagnées par un opérateur agréé, se voient proposer des formations, forums, colloques organisés par l’Observatoire et ont accès à la boîte à outils. La dernière année, l’accompagnement se réduit pour que les écoles prennent progressivement leur envol.
Autre nouveauté, la FWB a acheté les droits du programme KiVa pour cinq ans. « À ce jour, c’est le programme qui a le plus d’effets scientifiquement prouvés. La plupart des opérateurs ont été formés à cette approche par l’Université de Paix. Ils pourront par ricochet accompagner les écoles qui souhaitent le mettre en place », explique Malvina Govaert.
L’école a donc bougé au niveau harcèlement. Elle y consacre même des moyens importants. Jusqu’en 2021, la FWB finançait des appels à projets à hauteur de 410 000€. Depuis 2024, le budget a été multiplié par six, soit 2 641 000€. « La FWB a fait un sacré bond qualitatif, mais il reste encore beaucoup à faire », conclut Malvina Govaert.

BON À SAVOIR

Procédure de signalement : que dit le cadre légal ?*

Le chef ou la cheffe d’établissement et l’équipe éducative établissent une procédure de signalement interne à l’école. Cette procédure vise à détecter les situations de harcèlement, orienter les élèves concernéꞏes et gérer les cas. Elle doit préciser :

  • les modalités d’enregistrement du signalement ;
  • les étapes de la procédure, du signalement jusqu’au traitement ;
  • les délais maximum de traitement du signalement ;
  • l’identification des personnes relais.

Cette procédure est approuvée par le pouvoir organisateur et figure dans le règlement d’ordre intérieur de l’école.
Le guide La procédure de détection, signalement et traitement des situations de (cyber)harcèlement scolaire – disponible sur defenseurdesenefants.be – livre tous les éléments qui permettent d’élaborer un document adapté.

*Décret du 27-04-2023, Article 1.7.10-4