Crèche et école

[Harcèlement scolaire] Oser mettre l’école face à ses responsabilités

Exemple de l'inertie dans une affaire de harcèlement scolaire

Il aura fallu six mois pour que l’école bouge. Une inertie qui a coûté cher à Tao. Tao n’a rien dit. Pour protéger les siens. Pour ne pas ressasser. L’alerte, Nina l’a reçue d’une autre maman. « J’ai découvert qu’un groupe de garçons interdisait l’accès aux toilettes à mon fils ». Tao ne rentre pas dans les cases. Il a beau être né garçon, il aime les sandales à paillettes et les robes de princesse. De quoi donner de l’eau au moulin à plusieurs élèves qui lui mènent la vie dure.
Une bousculade dans les rangs. Un méchant mot soufflé à l’oreille. Un groupe de filles mené par une leadeuse qui l’exclut à la récré. Ça fait beaucoup. Tao est à bout. Si les autres ne veulent pas jouer avec lui, autant mal se comporter. Tao justifie ainsi le rejet dont il fait l’objet. Nina sonde son fiston. Tao lui répond. « Mais, maman, je ne vais pas te raconter tout ce qu’il se passe, tu serais beaucoup trop triste sinon ». Le cœur de Nina craque. À la maison, les signaux sont au rouge. Tao recommence à faire pipi au lit alors qu’il entame sa 3e primaire.
Les parents réclament une réunion avec l’institutrice. Elle ne voit pas ce qu’elle peut faire. Tout ce qu’on lui rapporte se passe à la récré ou pendant l’extrascolaire. Antoine et Nina repartent dépités. Leur fils est suivi par une psychologue et une pédopsychiatre qui confiment : Tao présente des signes de souffrance aiguë.
Une réunion est organisée en décembre avec le PMS, la thérapeute, l’enseignante, la direction et le personnel de l’accueil extrascolaire. L’état de Tao est préoccupant, il faut mettre tout le monde dans le coup.

La légitimité de l'action des parents vs l'inertie de l'école

Les mois passent et très peu de choses bougent. En avril, Tao arrive à un stade où il ne se sent plus capable d’aller à l’école chaque jour. Il a besoin de répit. La maman qui avait donné l’alerte s’insurge de la tournure des événements et de l’inertie de l’école. Celle-ci conforte les parents dans leur légitimité à mettre l’établissement face à ses responsabilités.
Gonflé à bloc, Antoine sollicite une réunion avec la directrice. « Je lui ai dit qu’elle était responsable du bien-être de mon fils à l’école. Que j’attendais qu’elle agisse immédiatement en m’exposant ce qu’elle comptait mettre en place et quand ». Antoine ne s’arrête pas là. « Je l’ai aussi prévenue que si rien ne bougeait dans le mois, nous irions frapper à la porte du PO ».
Mise face à ses responsabilités, la direction intervient. Elle reçoit Tao qui témoigne. Elle convoque la leadeuse, rappelle le cadre, fixe des limites. Elle organise ensuite une réunion avec les deux enfants pour expliquer qu’elle prend la situation au sérieux et suivra l’évolution. Nous sommes en mai, la situation est réglée.
« Il aura fallu six mois pour que la direction intervienne. Qu’est-ce qui fait peur dans ce mot harcèlement ? À quel moment est-ce qu’on a le droit de le dire ? On m’a fait douter. L’école a mis beaucoup d’énergie à minimiser plutôt qu’à solutionner alors que notre fils s’écroulait ». Nina garde un goût amer et reste en état de vigilance.

L’AVIS DE L’EXPERTE

Esther Alcala de l’Université de Paix

« Dans le cas de Tao, aucun travail n’a été entrepris au niveau de la dynamique de groupe, que ce soit pour changer la norme, rappeler le cadre ou développer des compétences socio-relationnelles. Les témoins peuvent aussi proposer des solutions pour changer la situation. C’est un risque que le harcèlement revienne. La méthode de résolution de conflits entre pairs choisie par la direction est fortement déconseillée dans les cas de harcèlement. »  

EN PRATIQUE

Conseils aux parents d’enfants harcelés

  • Demandez la procédure de signalement de l’école (obligatoire depuis août 2024).
  • Misez en première intention sur la collaboration avec l’enseignant·e puis le ou la délégué·e au climat scolaire si l’école en a un·e.
  • Vos autres interlocuteurs en cas de harcèlement : la direction, le centre PMS, le pouvoir organisateur, le numéro 103 pour les enfants, la ligne écoute école pour les 18 ans et + (0800/95580), la Direction générale de l’enseignement obligatoire (formulaire de réclamation), le médiateur de la FWB (Marc Bertrand).
  • S’il y a mise en danger de votre enfant, contactez immédiatement les services d’aide à la jeunesse (SAJ).
  • Une ressource ? Parents : mon enfant est harcelé à l’école : que faire ?, une feuille de route mise à disposition du Réseau Prévention Harcèlement.