Loisirs et culture

Harcèlement scolaire, retour de l’avant-première du film TKT au FIFF

Harcèlement scolaire, TKT, un film belge pour les ados

Ce jeudi 3 octobre, le Ligueur a assisté à l’avant-première du film TKT dans le cadre du Festival International du Film Francophone (FIFF) à Namur. L’occasion d’échanger avec la réalisatrice sur ses intentions et espoirs. De prendre aussi le pouls auprès des jeunes sur la manière dont ils ont reçu ce long métrage efficace dans son rôle de prévention.

TKT, trois lettres qu’Emma, 16 ans, répète à l’envi pour rassurer ses parents qui la voient sombrer. TKT, le titre d’un film qui dissèque la dimension systémique du harcèlement.
Ils sont cinq cents dans la salle du Delta de Namur à avoir répondu à l’invitation du FIFF. Cinq cents élèves du secondaire prêtes et prêts à découvrir le film TKT (T’inquiète) de Solange Cicurel. 9h30, le film commence. La salle est plongée dans l’obscurité et les ados visionnent, en silence. Le film les capte. Celui-ci touche visiblement son cœur de cible. Seules quelques scènes intimes auront raison de leur silence.
1h22 plus tard, le générique défile. Solange Cicurel monte sur scène pour échanger avec l’assemblée et expliquer ses intentions. « Je voulais montrer que le phénomène de harcèlement peut arriver chez une jeune bien dans sa peau et bien entourée comme Emma. Qu’on a beau être belle, populaire, avoir des parents aimants et présents et être quand même harcelée ».

Auteurs, témoins, victimes, même combat : parlez !

Sur scène, aussi, Elena Tenace, l’autrice du livre Tout ira bien, dont le film est librement inspiré. En tant que mère de trois enfants et ancienne enseignante, Elena a été bouleversée par le suicide de Maëlle en 2020. L’ado n’a que 14 ans quand elle met fin à ses jours. Elle aussi, comme Emma à l’écran, a été victime de cyberharcèlement. L’autrice prend la parole pour diffuser un message qui lui tient à cœur. « Quand on est ado, on se sent démuni, isolé. On ressent de la honte d’être harcelé. C’est important de ne pas rester seul.e, d’oser en parler à un adulte de confiance ». Elle s’adresse aussi aux témoins, avec le même message : parlez. Et ajoute : « Je m’adresse aussi aux auteurs, parlez. Ne restez pas seul·e, demandez de l’aide, car harceler quelqu’un est aussi un signe de mal être ». Un message qu’on a moins l’habitude d’entendre.
Michel Meulenijzer, président de l’asbl Millenials à l’origine de la méthode « Sors de ta bulle » a aussi un message pour les jeunes dans l’assemblée. Il explique qu’il existe plusieurs types de harcèlement, mais que tout n’est pas harcèlement. « On peut vivre des conflits, se faire agresser sans que ce ne soit pour autant du harcèlement ». Pour qu’il y ait harcèlement, il faut deux composantes, complète l’orateur : la répétition dans le temps et le déséquilibre de pouvoir. « Vous pouvez tous être témoin, un élève sur trois est concerné par le harcèlement dans sa vie. Mais si vous restez un témoin passif, si vous ne dites rien, vous êtes du côté du harceleur. Montaigne disait : nous sommes nés pour agir ».

Montaigne disait : « Nous sommes nés pour agir »

Sur ces mots, une capsule vidéo est lancée. Elle démarre avec un message fort : « Vous avez le pouvoir ». En six minutes, elle revient sur les scènes clés du film. Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer cet outil dont l’impact dépend de l’effet de surprise qu’il déclenche chez le spectateur et la spectatrice.
La vidéo terminée, Solange et Elena remontent sur scène pour un échange avec le public. Les questions fusent, toutes portent sur le processus de création du film. Les élèves veulent en savoir plus. Comment se déroule un casting ? Le film a-t-il été tourné en Belgique ? Quel budget cela représente-t-il ? Comment les deux femmes ont-elles collaboré pour l’adaptation du livre au cinéma et avec quelle liberté ?
La matinée touche déjà à sa fin. La foule se disperse. Le Ligueur se faufile parmi les élèves de l’institut Félicien Rops. Ils sont une quinzaine, âgés entre 15 et 20 ans de la classe de 4e année de technique en agent éducateur. L’occasion d’opérer un petit coup de sonde en mode plus confidentiel.

Retours à chaud des élèves

Qui veut réagir à chaud ? Alexis, 20 ans, se lance. « C’est un film rempli d’émotions qui passe un message profond ». Si le jeune homme n’a pas réellement appris quelque chose de nouveau et s’estime conscient de la problématique, il a en revanche pris la mesure de l’impact que peut avoir un simple message ou une vidéo. « Le film a confirmé mes pensées sur les conséquences dramatiques sur la vie de quelqu’un ».
Clara est aussi convaincue de l’importance de faire passer ce genre de message aux jeunes de sa génération. « On ne se rend pas toujours compte de l’impact de nos paroles ou de nos actes, le film est une bonne piqure de rappel ». Clara n’est pas dupe. « Il y aura toujours du harcèlement, l’être humain n’est pas toujours bon, le film n’empêchera pas le harcèlement de se produire ». La jeune fille sait de quoi elle parle. Sa petite sœur en a fait les frais en primaire. Ce qu’elle retient de cette expérience ? « Qu’il faut en parler, qu’il ne faut pas rester seul·e avec son problème, il y a toujours quelqu’un à qui parler ».
Célina et Noémie ont aussi envie de réagir. Leur enseignante nous avaient prévenus. Si les ados sont parfois timides pour s’exprimer sur un tel sujet face à une grande assemblée, ils ou elles seront plus loquaces en petit groupe. Cela se confirme. Célina est choquée, elle se demande comment est-ce possible que l’amie d’Emma ne la défende pas et suive l’effet de groupe ? Noémie est aussi très touchée par la scène du passage à l’acte d’Emma. Toutes deux sont marquées par l’ampleur et l’emballement du harcèlement avec les réseaux sociaux. En quelques heures, toute l’école est au courant.

Affiche du film TKT

Espoir de la réalisatrice

Le film, la capsule, la rencontre avec la réalisatrice, c’est une première étape pour tou·tes ces étudiant·es du secondaire. Le travail de sensibilisation continuera prochainement au sein de chaque classe pour revenir sur le phénomène et permettre un échange plus qualitatif avec chaque groupe classe. 
Après cette prise de température auprès des élèves, nous retrouvons Solange Cicurel, qui en est déjà à sa sixième avant-première avant la sortie du film le 9 octobre. La réalisatrice se réjouit des retours du public. « Le film permet de libérer une parole autour du harcèlement, des jeunes se lèvent et témoignent, que ce soit en tant que victime, témoin ou auteur ». Pour elle, pas de doute, les jeunes veulent changer les choses. Ils sont preneurs de solutions et cela passe nécessairement par cette prise de conscience sur leur pouvoir d’agir pour changer la donne. « Le film est une première graine. Il permet une distanciation qui libère la parole. Grâce à la capsule, nous allons un pas plus loin avec des pistes pour leur démontrer qu’ils ont le pouvoir ».

EN SAVOIR +

  • TKT (T'inquiète), Sortie du film dans les salles mercredi 9 octobre.
  • Tout ira bien d'Elena Tenace, paru aux Livr's éditions en 2022.
  • La méthode « Sors de ta bulle »