Vie pratique

IA : vers une coparentalité numérique ?

Quelle place pour l'IA dans les tribus ?

L’intelligence artificielle est entrée dans les familles avec une force soudaine. Sans surprise, car l’IA investit tous les aspects de nos vies. Se déclinant sur nos écrans, modifiant nos rapports sociaux. Dans ce monde numérique, la littérature jeunesse s’offre tel un îlot préservé et rassurant. Du concret. Du papier. Des doigts qui tournent les pages. Une relation qui se construit dans la lecture. Parfois à voix haute entre un lecteur, une lectrice et des petites oreilles attentives.

Îlot préservé ? Hum, pas si sûr. Aux derniers jours d’août, la responsable d’une maison d’édition, très appréciée au Ligueur, s’est fendue d’un message pas piqué des hannetons. En cause, un projet dont texte et illustrations avaient été réalisés à l’aide de l’IA. Le fond du message adressé (publiquement, mais anonymement) à l’autrice responsable ? « L’IA n’est rien de plus qu’un pillage systématique et répugnant de la création humaine. Je ne toucherai certainement pas à cette matière fécale, dégoulinante de clichés, qui ne suscite chez moi absolument aucun intérêt, aucune émotion ». Excédée, cette éditrice ! Fâchée d’avoir perdu son temps ! Inquiète aussi de l’avenir de la créativité.

Les initiatives de l'IA

Il y a trois ans, nous publiions un article au titre provocateur : L’IA remplacera-t-elle les parents ? Un papa convaincu y exposait les opportunités de cet environnement numérique nouveau : « Si je pense à toutes les situations difficiles où j’ai eu à discuter avec mes enfants et que j’ai interrogé ChatGPT, il a souvent été une aide et même meilleur que moi en étant plus logique, plus calme, moins influencé par des biais cognitifs qui empêchent de prendre des décisions rationnelles ».
 

Trois ans plus tard, où en est-on ? On dira que l’IA a fait son chemin. Qu’elle est de plus en plus bluffante. Qu’on voit sur les réseaux sociaux des personnes demander ce qu’elles doivent penser en questionnant une IA. Ne dites plus intelligence artificielle, mais pensée artificielle. On est monté d’un cran dans la délégation.

IA

En lisant ces lignes, vous vous dites : « Voilà encore un vieux bougon anti-progrès, anti-technologie ». Conscient de ma méfiance, j’ai demandé à l’intelligence artificielle de me convaincre de sa nécessité au sein des tribus. Elle a déroulé une série d’impacts positifs familiaux. Elle peut alléger la charge mentale et libérer du temps. Stimuler la créativité partagée en préparant une chasse au trésor. Et même soutenir la scolarité en sachant que l’IA « ne remplace pas l’enseignant ». Hum, prenons ce dernier argument. En déambulant sur les réseaux sociaux, je suis tombé sur une IA qui se targue d’aider les profs pour leurs cours en fournissant réflexions, présentations adaptées aux élèves et découpages pédagogiques. L’IA est partout et son maillage est impressionnant.

Sans que je lui demande, l’intelligence artificielle m’a « proposé » un édito, comme ça, en toute bonté numérique. L’IA écrit : « l’enjeu n’est pas de choisir entre enthousiasme aveugle et rejet absolu ». Cette position médiane est louable, mais vient percuter une réalité. L’expansion ultra rapide, mercantile et technique, de l’intelligence artificielle empêche toute réflexion posée sur le sujet. Les tenants du progrès, « solution miracle à tous nos problèmes », se gardant bien de lever un frein à main nécessaire.

Reste cette question, le jour où l’humanité asservie par son outil sera confrontée à un immense black-out numérique ou énergétique, accidentel ou malveillant, comment réagiront les humains et les humaines privé·es de cette IA qui pensait, réfléchissait, créait à leur place ? Poser cette question en famille, c’est déjà amener un cadre de discussion où l’esprit et la réflexion humaine restent en éveil. C’est regarder avec circonspection les « applications familiales IA » qui commencent à pulluler sur le marché. Certaines génèrent le planning complet de la tribu, les repas de la semaine, la répartition de la charge mentale... Tout cela fera l’objet d’un dossier en décembre. Envie de partager votre ressenti, votre vécu, votre expérience face à l’IA ? Contactez-nous sur à redaction@leligueur.be (ce n’est pas un robot qui vous répondra ! 😊).

Intelligence artificielle
Getty