Développement de l'enfant

Il comprend les « non »

Pour votre bébé de 9 mois, un non n'est pas l'autre

« On dirait que Naila comprend les non en fonction de l’intonation qu’on y met, observe, à peine étonnée, Souad, sa maman. Il y a notre non pour rire quand elle veut casser la tour de son grand frère, par exemple, et il y a notre non quand elle essaie de mettre ses doigts dans la prise électrique. Selon notre intonation de voix, elle fait la différence entre tous nos non. Naila va maintenant à quatre pattes. Elle court plus de risques qu’avant. Il suffit d’une seconde d’inattention de notre part pour qu’elle se mette en danger. On commence à lui expliquer les choses. Elle comprend ce qu’elle comprend, mais autant lui expliquer les choses dès maintenant ! »

Votre petit, vous le décrivez comme un joyeux « ver de terre » qui file sur le sol à toute allure. Votre petite, vous la surnommez « miss mille bosses », vu son côté ultra-fonceur. Le temps est-il venu pour vous de devenir « plus sévère », comme le suggère une maman ? Alors que vous pensiez peut-être avoir atteint une vitesse de croisière avec votre bébé, sa mobilité récente vous pousse à vous rappeler que rien n’est vraiment acquis avec un enfant. C’est fatigant, un bébé qui bouge ! Votre vigilance est permanente. À vous les réadaptations. Les questionnements aussi.
Vous commencez à inculquer le non à votre bébé. En y associant un mouvement de la tête, reconnaissable entre tous. En fait, vous les multipliez, les non, et ce, sur tous les tons. C’est qu’un non n’est pas l’autre. S’ils étaient tous pareils, ce serait trop simple ! Pour tout le monde.

Variations sur le même non

Comme parents, vous vous rendez compte que, selon les situations, vos non ne sont pas émis avec la même intonation et « avec la même intensité émotionnelle, la même intensité dramatique », précise Reine Vander Linden, psychologue clinicienne. Vous pouvez dire non à votre petit qui trouve intéressant de mettre ses doigts dans la terre de la plante, mais cela ne sera pas un non effrayé comme lorsqu’il tente de toucher la prise de courant. Voir le parquet jonché de terre ne vous est sans doute pas agréable, mais ce n’est pas grave ! « Il y a d’abord les non protecteurs, car l’enfant est véritablement en danger : l’adulte éprouve un stress et ce stress passe dans l’expressivité de son non. Il y a ensuite les non plus mitigés, parce qu’effectivement, c’est plutôt amusant de voir l’enfant chipoter la terre du pot de fleurs, même si c’est embêtant vu le nettoyage qui s’ensuit. Enfin, il y a les non qui relèvent carrément du jeu. Le grand frère ou la grande sœur construit une tour que le bébé veut casser. On lui dit : "Non, tu ne peux pas !" À un moment, il la casse quand même… et tout le monde rit. À la limite, l’aîné(e) érige spécialement une tour pour que le petit puisse la démolir. On sent bien que ce non-là est un non pour jouer. »
Comme le remarque la maman de Naila, les bébés de 9 mois comprennent déjà bien qu’il y a des variations dans les non de leurs parents. Et donc, si vous n’appréciez pas que votre petit bout malaxe la terre de la plante, vous avez tout intérêt à lui lancer un non strict, même s’il n’est pas du tout question ici d’un danger à éviter. « Je ne pense pas qu’un enfant à qui on oppose un non très ferme et empreint d’un certain stress, parce qu’il se met en danger, réagira de la même façon que si on lui lance un non plus mou, commente la psychologue. Il va sentir une intonation plus indéfinie avec le non plus mou et, à la limite, il va rejouer la scène pour savoir ce qui se cache derrière ce non. Il va faire un test : est-ce un non sérieux ou un non pas sérieux ? Et s’il teste, ce n’est pas pour s’opposer, mais pour explorer. »
À souligner encore : « Le bébé de 9-10 mois comprend les non, mais il ne comprend évidemment pas leur sens, leur raison d’être. Si on lui dit fermement non face à une prise électrique, il ne fait pas le lien entre les doigts dans la prise et le risque d’électrocution, mais il comprend que c’est un objet dont il ne peut pas s’approcher. C’est pour cela qu’il ne faut pas voir son attitude comme une attitude d’opposition. Il est en pleine exploration. "Tiens, le non d’il y a cinq secondes n’a pas la même teneur que le non de maintenant…" : les fluctuations qu’il perçoit chez son parent, il tente de les comprendre, justement en refaisant ce qu’il n’est plus censé faire. »

Vous dites une fois oui, une fois non ?

Souvent, vous commencez par dire non avec fermeté, puis vous vous lassez et, à un moment, vous laissez faire. Parfois, c’est juste le contraire : vos non se durcissent au fur et à mesure que vous les répétez.
Un exemple, encore. Si, à la maison, les prises sont chacune munies d’un cache-prise, il n’y a plus de raison de s’inquiéter. Mais, par principe, vous continuez à dire non quand votre bébé tente de les toucher. Vos non seront sans doute moins convaincants… « Mais ils restent importants pour le jour où il se retrouvera face à une prise dépourvue de cache-prise. »

Reine Vander Linden - Psychologue
« Le bébé de 9-10 mois comprend les non, mais il ne comprend évidemment pas leur sens, leur raison d’être »
Reine Vander Linden

Psychologue

Les choses se compliquent quand, pour une même situation, vous manquez de cohérence… avec vous. C’est le constat de Jeanne : « Pour tout ce qui est dangereux, c’est un non ferme, catégorique. Mais ce n’est pas toujours aussi clair. Quand Max met sa main dans la purée, ce qu’il fait régulièrement, par exemple : des fois, je le lui interdis, des fois, je l’accepte (même s’il est tout cracra). Ce n’est pas évident pour lui de suivre nos réactions. Idem quand il joue avec la tétine de son biberon et que le lait gicle partout, quand il vide le contenu d’un tiroir de la commode ou quand il dérange une pile de bouquins par terre. Parfois, je dis non ou stop parce que je n’ai pas envie de passer derrière lui pour nettoyer ou ranger ; parfois, je m’en fous, je le laisse faire. On devient incohérents, son papa et moi. Je me demande ce qu’il comprend de nos règles. C’est sûr, je ne veux pas qu’il joue avec la litière du chat, mais j’accepte qu’il joue avec les cailloux dans le jardin : pour lui, c’est à n’y plus rien comprendre… »

Quand un parent crie et l’autre rit…

Entre parents (mais aussi avec un grand-parent), des variations de non peuvent apparaître. « On a commencé à dire non à Sara à partir du moment où elle s’est mise à ramper partout, raconte Jérôme, son papa. "Non, Sara, tu ne peux pas mettre les mains dans la terre de la plante !" Elle, elle se bidonne. Bon, bien sûr, avec un parent qui crie et l’autre qui rit, elle ne reçoit pas de message clair. » D’où de nouveaux essais de sa part pour comprendre…
« Impossible d’avoir toujours le même non, porteur de la même intensité, impossible parce que la vie n’est qu’un jeu de variations, rassure Reine Vander Linden. Inévitablement, il y a des variations chez chaque parent et il y a des variations au sein du couple. "Tu es trop sévère… – Toi, tu ne l’es pas assez…" Entre parents, ne vous faites pas le reproche mutuel d’être peu ou trop sévère, acceptez ces variations. L’enfant les comprend et s’adapte au style de chacun de ses parents. » Et la psychologue de conclure : « Beaucoup de parents ont peur de ne pas être sur la même longueur d’onde pour éduquer leur enfant. Cette peur est logique, légitime, mais ce n’est pas parce qu’un parent est plus ferme que l’autre qu’ils ont des positions diamétralement opposées en éducation ! »

AUTANT SAVOIR

Votre bébé ne s’oppose pas à vous… pas encore !

On ne peut pas encore parler d’opposition. Même si ce que fait l’enfant en donne terriblement l’impression parce qu’il teste en permanence les différentes tonalités de non qu’on lui impose.
« Ce qu’il vit est davantage de l’ordre de l’expérimentation, précise Reine Vander Linden, psychologue en périnatalité : "Tiens, la première fois, c’était un non adouci, maintenant, maman dit non plus fermement…" Il essaie véritablement de trouver ses repères dans les signaux qu’on lui envoie. Il n’a nullement le souci d’empiéter sur le territoire de l’autre ou d’ennuyer l’autre. Il fait ses tests, il fait ses expériences. »
À savoir aussi : il y a des enfants qui sont moins explorateurs, moins casse-cou que d’autres – c’est une affaire de tempérament –, et donc moins à risque de se mettre en danger. « Et, dans une même famille, on peut avoir des manières différentes de fonctionner selon les enfants : avec certains, plusieurs non très affirmés seront nécessaires, alors qu’avec d’autres, un seul non calme suffira pour qu’ils comprennent. »

LES PARENTS EN PARLENT…

Le parc, toujours précieux
« Le parc reste précieux, même si Alban préfère de plus grands espaces. Je dirais même qu’il a plus que jamais sa raison d’être. Maintenant que notre castard se déplace de mieux en mieux, on a intérêt à ne pas le laisser gambader partout quand on s’absente deux minutes ! »
Mathieu, papa d’Alban