Grossesse
Suite à la publication d’un article dans nos pages, les sages-femmes ont réagi pour réaffirmer leur rôle essentiel aux côtés des mamans. Avant, pendant et après l’accouchement. Ces professionnelles sont en demande de plus de reconnaissance.
C’est un article sur les doulas qui a incité l’AFSFC (association francophone des sages-femmes catholiques) à envoyer un mail à la rédaction. Pour ces sages-femmes, le sujet faisait « l’éloge de la doula (sans être concurrentielle avec la sage-femme) dans le paysage de la périnatalité, alors qu’une forme d’invisibilité de la/du sage-femme, professionnel de santé formé en quatre ans bachelier, agréé et exerçant dans un cadre légal bien défini avec un profil de compétences étayé, est bien présente dans notre société et système de santé ».
Pour rappel, la doula, c’est une « accompagnatrice de naissance » centrée autour du non-médical. Elle peut donner des conseils en lactation, se livrer à des massages. Par contre, pas question de prescrire des examens ou de poser des diagnostics. L’AFSFC précise donc les rôles : « Doula n’est pas un nouveau métier dans le paysage de la périnatalité. Mais elle pratique un accompagnement en périnatalité sans formation reconnue, sans aucun cadre légal ni profil professionnel. Elle propose, tout comme la sage-femme, une panoplie de services souvent méconnus et la différence notable citée dans l’article, entre doulas et sages-femmes est que les prestations de la doula ne sont pas remboursées par les mutuelles en Belgique ».
Reconnaissance
Au bout du fil, Anne Niset, qui nous a envoyé le mail. Elle est présidente de l’AFSFC. Pour elle, le métier de sage-femme doit être mieux reconnu, plus visible. « Du désir de grossesse jusqu’au postpartum, nous devons avoir notre rôle clairement identifié dans le trajet périnatal. Il faut reconnaître l’importance qu’on a, effectivement, sur le terrain. Il faut remettre la sage-femme au centre et la refinancer ».
Cette question du refinancement revient systématiquement lorsque l’on contacte les sages-femmes. « C’est normal, pointe Anne Niset, quand je lis ou entends qu’une doula peut réclamer jusqu’à 70€ par entretien ! De notre côté, c’est 30€ bruts pour les premières consultations, 15 €bruts pour les suivantes. Alors qu’on a fait quatre ans d’études, qu’on a une vraie responsabilité engagée ».
Vanessa Wittvrouw est sur la même longue d’onde. Elle préside l’UPSFB, l’union professionnelle des sages-femmes de Belgique. « Je me refuse de parler de professionnelles pour les doulas. On ne devient pas professionnelles en trois week-ends ou dix-huit jours de formation. Il faut pouvoir identifier ce qui est professionnel et ce qui ne l’est pas. Après, les femmes choisissent, je n’ai pas de problème avec ça. Attention, il n’est pas question pour moi de dire que les doulas ne doivent pas exister. Si elles sont là, c’est que, quelque part, il y a une place à prendre. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des sages-femmes. Il ne faut pas qu’il y ait confusion dans les rôles ».
La question du prix à payer suscite des réflexions plus larges sur la société, sur la façon dont fonctionnent les soins de santé où pointerait le phénomène des « deux vitesses ». Que ce soit pour Vanessa Wittvrouw ou Anne Niset, les sages-femmes sont là pour aider toutes les mamans, dans toutes les couches sociales. Elles avancent les arguments du tarif « accessible », du remboursement par la mutuelle. Elles estiment ainsi pouvoir épauler toutes les mamans, même celles qui sont plus défavorisées.
Aider les mamans
En toile de fond, une autre tendance se dessine. Celle de la pression sur les mamans, celle de la parentalité parfaite… Pour les associations qui défendent les sages-femmes, il y a là un terreau pour que se développent des initiatives, parfois mercantiles, pour soutenir la parentalité.
Mais pourquoi multiplier les intervenants, alors que les sages-femmes peuvent endosser plusieurs rôles ? C’est la question que se pose Anne Niset : « Nous, nous pouvons détecter des choses dans notre travail, travailler en interdisciplinarité avec les gynécos. Nous pouvons être les intermédiaires avec nos aptitudes médicales, sociales, psychologiques. La sage-femme, c’est la meilleure coordinatrice. C’est dans ce sens-là qu’il faut valoriser notre rôle de sage-femme ».
Au fil des discussions, un constat. Si le terme de sage-femme est bien connu du grand public, la fonction, telle que vécue aujourd’hui, n’est pas forcément bien identifiée. « La majorité des parents pensent que nous ne sommes sages-femmes que dans la salle d’accouchement. C’est tellement vrai que c’est le nom que les mamans nous donnent lorsque nous y sommes. Lorsqu’on les croise dans le couloir ou qu’on apporte des soins en chambre, on devient infirmière ».
Vanessa Wittvrouw renchérit : « Il est grand temps que tou·te·s les professionnel·le·s de la santé et le grand public connaissent les compétences des sages-femmes, ce qu’elles font, comment on les contacte. Que finalement la sage-femme soit la professionnelle de choix, de contact, quand on est enceinte ».
En clair, la sage-femme (nous l’avons déjà expliqué précédemment dans le Ligueur) n’a pas son territoire limité à la salle d’accouchement. « Nous accompagnons l’enfant durant toute la première année de sa vie, explique Anne Niset. Nous pouvons prendre en charge globalement la maman, avec ses angoisses, ses questionnements, du test de grossesse jusqu’au premier anniversaire. Inquiétude au sujet du sommeil de bébé, impression de ne pas être une bonne mère… on peut répondre à tout ça. Nous pouvons soutenir les mamans dans leurs moments de doutes, de besoin de réassurance ».
Le femme enceinte au centre
Si ces professionnelles de la périnatalité sont à fleur de peau, c’est que les politiques des soins de santé changent. Les maternités n’échappent pas à la règle. « Nous sommes confrontées à la limitation des séjours en maternité, détaille Vanessa Wittvrouw. On diminue les services, on diminue le personnel. On ferme des maternités, on veut des grandes structures de naissance. Si on ne revoit pas les normes d’encadrement, on va perdre en qualité ». Les sages-femmes en hôpital sont donc en période de turbulences.
Outre une revalorisation salariale, les sages-femmes plaident pour que la femme enceinte fasse l’objet d’une attention particulière au cœur des politiques de santé. Pour Vanessa Wittvrouw, il y a tout un trajet de soins autour de la naissance qui doit se mettre en place avec une vision plus globale, moins axée sur la rentabilité immédiate . « On sait que toute la prévention qu’on va faire auprès des femmes en matière d’alimentation, d’arrêt du tabac, d’assuétudes va porter. En général, les mamans gardent les bonnes habitudes. La grossesse est un moment privilégié d’éducation à la santé, de changements des habitudes. Là, à cet instant précis, on investit dans la santé, pour plus tard. Un exemple ? Soutenir les femmes qui, par exemple, souhaitent allaiter. On a plein d’études qui nous montrent que les bébés allaités feront plus tard moins d’allergies, seront moins sensibles à certaines maladies. On demande à avoir une réflexion plus large en matière de santé plutôt que de l’instantané, du court terme ».
EN SAVOIR +
Sage-femme, qui es-tu ?
- La sage-femme a suivi une formation, scientifique notamment, pour s’occuper des grossesses normales. Elle est la gardienne des grossesses et des accouchements physiologiques, c’est-à-dire ceux qui se passent dans des conditions naturelles, sans une intervention médicale. Elle accorde une importance toute particulière à l’information - et donc à l’écoute -, ainsi qu’à la préparation à la naissance, histoire d’être au plus près des attentes des futures mamans. Juste après la naissance, elle continue de prendre soin des mamans… et de leur bébé.
- Les sages-femmes peuvent être hospitalières ou libérales. Les sages-femmes hospitalières, c’est-à-dire employées par l’hôpital, exercent dans différents services : consultations prénatales, service de grossesses à risque, médecine fœtale, salle d’accouchement, maternité, service néonatal, etc. Les sages-femmes libérales, qui ont un statut d’indépendante, travaillent en privé, au sein d’une association de sages-femmes, en maison de naissance, etc. Il y a celles qui proposent un suivi global, complet - grossesse, accouchement, retour à la maison ; les accouchements ont alors lieu dans un hôpital qui leur donne accès à son plateau technique, en maison de naissance ou à domicile. Il y a celles qui sont spécialisées dans une ou plusieurs préparations à la naissance. Celles qui s’occupent tout particulièrement des mamans et des bébés au retour à la maison. Celles qui sont spécialisées en allaitement. Etc.
- Toutes les infos relatives aux sages-femmes sont sur le site de l’Union professionnelle des sages-femmes belges, sage-femme.be. Pour en trouver une, en fonction de ses spécificités, cliquez sur « Trouver une sage-femme ».
M. G.
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