Développement de l'enfant
AVANT-PROPOS
En collaboration avec le média d’investigation paysan et citoyen Tchak !, le Ligueur s’est intéressé à la question de l’allaitement et des laits de suite. Dans une série en trois épisodes, nous vous proposons en ouverture un état des lieux de l’allaitement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans le prochain numéro, nous nous intéresserons à la reprise du travail avec, comme question centrale, sa compatibilité avec un projet d’allaitement. Un article qui donne la voix à dix mamans. Enfin, en février, nous nous pencherons sur les laits de suite et leur composition pour savoir ce qui différencie une marque d’une autre.
Grâce aux données récoltées par l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE), nous disposons de chiffres à la sortie de la maternité et lors du bilan de santé des 9 mois. Archives, évolution des trente dernières années, comparaison géographique, on vous plonge dans les chiffres commentés par Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE, et Emmanuelle Kadz, conseillère pédiatre à l’ONE.
► « On constate une augmentation constante de l’allaitement jusqu’à 2010, année charnière où les taux d’allaitement sont les plus hauts, que ce soit à la sortie de la maternité, à 3 mois et 6 mois de vie », note Sylvie Anzalone.
« Jusque dans les années 40, l’allaitement maternel était prôné. Entre les années 40 et 80, il y a eu une chute de l’allaitement avec le développement des laits en poudre et surtout la publicité qui en était faite. Dans les années 70, les mères tournaient le dos à l’allaitement, je suis un bébé de cette période et je peux vous dire que je n’ai pas reçu une goutte de lait maternel. C’est à partir des années 80 et 90, avec les recommandations de l’OMS, que l’allaitement maternel a de nouveau eu le vent en poupe. Aujourd’hui, on a la chance de pouvoir compter sur des initiatives comme le label Hôpital Amis des Bébés (IHAB) et les consultantes en lactation. Des aides qui soutiennent aussi bien la mise en route que la poursuite des projets d’allaitement », explique Emmanuelle Kadz.
► « L’allaitement dépend de plusieurs facteurs. Au niveau familial, le fait d’être en couple et soutenu par la famille aura une incidence positive. Si on prend les bébés de 3 mois, ils sont 45% à être allaités quand les parents sont en couple et 36% pour les bébés dont les parents sont séparés », explique Sylvie Anzalone.
Autres facteurs individuels identifiés comme impactants : le niveau d’études de la maman, son âge et le fait qu’elle fume ou non. Les mamans qui ont plus de 20 ans et ne fument pas sont plus nombreuses à allaiter. À 3 mois, le taux d’allaitement exclusif est de 55% chez les mères qui disposent d’un diplôme de l’enseignement supérieur et de 32% chez celles qui ont obtenu un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur.
Au niveau social, l’allaitement dépend aussi du discours porté par la famille, les proches, les professionnel·les de la santé et d’autres facteurs environnementaux, comme l’aménagement des espaces publics et des lieux de travail et, bien sûr, la durée du congé de maternité et la possibilité de prendre ou non des congés parentaux.
► Le taux d’allaitement varie en fonction du lieu de résidence. C’est en Région bruxelloise et dans le Brabant wallon que les taux sont les plus élevés. C’est dans la province du Hainaut que le taux est le plus faible. « Les raisons de ces disparités sont différentes d’une région à l’autre, observe Sylvie Anzalone. À Bruxelles, on observe une plus grande mixité avec une population plus importante d’origine étrangère qui a culturellement plus l’habitude d’allaiter ses bébés, tandis qu’en Brabant wallon, c’est le niveau d’études plus élevé des mamans qui explique notamment le fait qu’elles sont plus nombreuses à allaiter. Dans la province du Hainaut, le niveau socio-économique plus faible influence un taux d’allaitement plus bas ».
► « Les congés de maternité, de paternité et parentaux sont des leviers si on veut que l’allaitement puisse se maintenir dans le temps. On le voit bien avec les chiffres des pays scandinaves qui ont des congés parentaux nettement plus longs qu’en Belgique », explique Emmanuelle Kadz.
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